Sobriété énergétique : le guide pour survivre cet hiver

L’efficacité énergétique, c’était allumer autant d’ampoules que d’habitude, mais en les remplaçant par des bulbes économiques. Cela ne suffira plus, il faudra en éteindre quelques-unes.

diminuer le chauffage n'est plus suffisant face à la crise de l'énergie
Un degré de moins? La sobriété énergétique, ce sera bien plus que ça. © Adobe Stock

Dans notre contexte actuel de guerre et de crise économique, diminuer son utilisation d’électricité, gaz et/ou mazout n’est plus qu’une question environnementale. Pour beaucoup de ménages, l’enjeu est aujourd’hui économique. La hausse colossale du prix des énergies plombe fortement le budget de nombreuses familles, des revenus précaires jusqu’à la classe moyenne, pas épargnée. La maîtrise de sa consommation n’est plus une question de choix de certains mais la préoccupation de tous. D’autant que l’hiver sera vite là et que le ­risque de pénurie plane sur l’Europe. Face à ce ­contexte, une solution sous forme d’expression revient régulièrement: la “sobriété énergétique”. Dans beaucoup d’esprits, cela signifie diminuer la température de son logement d’un degré. Mais c’est bien plus que ça.

Efficace mais pas sobre

Auparavant, lorsque le sujet des énergies était abordé, on parlait avant tout d’efficacité énergé­tique. L’idée était de garder nos habitudes (chauffer sa maison, se déplacer en voiture, éclairer une pièce…) en utilisant le moins d’énergie possible. Les aides gouvernementales, contribuant à la pose de panneaux solaires ou à l’isolation des habitations, sont toujours allées dans ce sens. La sobriété énergétique diffère puisque sa finalité est, elle, la diminution de la consommation énergé­tique. Celle-ci peut être atteinte par une modification de nos habitudes, de nos comportements, mais également par l’adaptation et la modification de nos logements. L’efficacité énergétique des bâtiments peut donc y contribuer.

La sobriété est la réflexion de ce dont nous avons réellement besoin, la redéfinition de ces besoins et la réponse qu’on y apporte, définit Geoffrey Van Moeseke, ­professeur en physique du bâtiment à l’UCLouvain. Chacun doit comprendre où part l’énergie qu’il ­consomme afin de pouvoir agir où c’est pertinent. On n’a pas tous le même profil, les mêmes besoins d’eau chaude, la même sensibilité à la chaleur.” Chaque ménage peut donc contribuer à cet effort énergé­tique à sa mesure et selon sa façon de vivre. “La priorité est celle de la remise en question, poursuit l’universitaire. Certains ont besoin de 20° pour leur confort, notamment les seniors ou les malades par exemple. Mais ce n’est pas le cas de tous. Cette chaleur n’est pas nécessaire à tout le monde et pas tout le temps. On peut être à l’aise dans des ambiances un peu plus fraîches. Idem pour les repas chauds ou la longueur des douches.

Nos réflexes ne sont jamais que des habitudes, qu’il faut pouvoir cerner afin d’agir en conséquence. Si on veut modifier son comportement d’ici cet hiver, seule l’accumulation de petits gestes fera la ­différence, comme retarder autant que possible le chauffage de la maison avec pulls, couvertures ou panneaux rayonnants, utiliser des multiprises à interrupteurs, placer des rideaux thermiques, des coussins en bas des fenêtres… Pour diminuer votre consommation électrique, cela vaut parfois la peine de changer de vieilles ampoules ou certains gros ­électroménagers. Si votre frigo principal et votre machine à laver sont anciens, s’en procurer un nouveau est un bon geste. Idem pour les sèche-linge, même si là, l’idéal est de ne plus s’en servir du tout.

Rénover ou… déménager

Sur le plus long terme, il faut évidemment penser à passer en revue son habitation: isolation de la ­toiture, châssis, système de chauffage, panneaux solaires… Et là encore, tout changer n’est pas ­forcément nécessaire. L’important est de cerner les besoins réels du logement. Parfois, remplacer les fenêtres du séjour fait une grosse différence. Si le but est de faire des économies, et par la même occasion de préserver l’environnement, des rénovations d’une ampleur inutile n’aident en rien. “Une pompe à chaleur dans un logement mal isolé, par exemple, nécessitera un appoint et ce n’est pas intéressant ni économiquement ni écologiquement, indique Arnaud Collignon, expert Énergie pour l’ASBL Canopea (anciennement Inter-Environnement Wallonie). Idem pour une surface de ­panneau surdimensionnée par rapport à ses besoins.

sobriété énergétique

© Kanar

En Wallonie et à Bruxelles, vous pouvez demander une analyse énergétique de votre habitation par un auditeur agréé par la Région. Ce spécialiste pourra pointer quels postes sont prioritaires selon votre bâtiment et vos habitudes. “C’est une très bonne chose”, poursuit Arnaud Collignon. Malheureusement, l’expérience varie fortement au cas par cas. “Selon le service et la personne face à vous, ça peut dépendre très fortement. On nous a rapporté de très bons rendez-vous mais aussi des expériences calami­teuses.” Une fois les points d’attention détectés par l’auditeur, il existe différentes primes et aides en Wallonie pour alléger un peu le coût des factures, notamment pour les toitures, les nouveaux systèmes de chauffage (jusqu’à 6.000 € pour une pompe à chaleur), les compteurs double flux (pour les producteurs d’électricité) mais aussi pour les installations domotiques, qui permettent de mieux analyser sa consommation. Dans le cas où vous construisez au lieu de rénover, les habitations “passives” ou “zéro énergie” bénéficient de déductions fiscales.

À Bruxelles, les différentes aides concernant les rénovations et l’énergie ont été regroupées en ­janvier derrière la bannière “Rénolution”. On y retrouve également des primes pour les rénovations de toiture, l’isolation de façade, des sols, ­différents systèmes de chauffage plus économiques ainsi que certains bonus financiers en cas d’utilisation de matériaux durables ou si vous vous débarrassez d’une chaudière à mazout. Outre les travaux d’amélioration, une solution plus radicale: déménager. “Aujourd’hui, en Belgique, nous avons tendance à occuper des habitations disproportionnées. Des couples dont les enfants ont quitté le domicile et qui vivent toujours dans une grande maison, qu’ils continuent à chauffer, donne en exemple Arnaud Collignon. Ce sont les politiques actuelles qui ­poussent à rester dans son logement, mais idéalement, il faudrait inciter à la mobilité résidentielle, grâce à des mesures fiscales, pour qu’on puisse bouger plus facilement vers un logement plus adapté.”

Le rôle des entreprises

Mais il n’y a pas que les particuliers qui doivent faire des efforts vers plus de sobriété énergétique, le ­secteur professionnel doit aussi agir. Surtout qu’il consomme bien plus. “Les entreprises doivent aussi jouer sur les températures et les ambiances. Souvent quand quelqu’un a froid, on augmente la température de tout le plateau, les autres ont un peu chaud et ne se plaignent pas. Aujourd’hui, il faut essayer de corriger la chaleur localement et ne pas forcément réguler la température selon le plus demandeur, le plus frileux, explique le professeur Van Moeseke. Puis, avec l’explosion du télétravail, une réflexion est nécessaire sur l’utilisation de l’espace. Les entreprises ont-elles encore besoin d’autant de surface à chauffer? Ou peuvent-elles chauffer différemment selon l’occupation?

Pour Arnaud Collignon, le secteur tertiaire a un très grand rôle à jouer. “En général, les magasins sont surchauffés mais laissent leurs portes ouvertes. C’est un gaspillage énergétique inacceptable.” Canopea (IEW) espérait du Codeco de mercredi des­­ ­mesures similaires en Belgique, mais rien de véritablement concret n’en est ressorti. En revanche, à l’étranger, ça bouge. En France, il a été demandé aux entreprises de faire des efforts de sobriété, afin de ne pas devoir imposer des restrictions. En ­Allemagne, des règles ont été fixées: 19° maximum dans les bâtiments publics, plus de chauffage dans les couloirs, plus d’eau chaude aux éviers, fermeture des portes des commerces chauffés, éclairage de bâtiments et publicités lumineuses interdits la nuit… L’Espagne a aussi instauré un plan similaire, plus axé sur la climatisation.

Outre les règles, un accompagnement à la sobriété serait une bonne chose pour Geoffrey Van ­Moeseke. “Comment se sentir bien dans des am­biances plus ­fraîches? Comment les rendre acceptables? C’est ce genre de facilitation qui pourrait être soutenu par les pouvoirs publics, plutôt qu’imposer des choses qui ne seront pas contrôlées…” Car si la sobriété énergétique n’est pas qu’une réponse à la crise actuelle, elle est aussi impérative pour préserver l’environnement. “Pour faire face au défi climatique, l’efficacité ne suffit plus. La sobriété, réfléchir et agir pour diminuer la consommation est absolument nécessaire pour atteindre nos objectifs”, conclut Arnaud Collignon.

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