Un Prix Nobel propose de changer la cuisson des pâtes… et fait jaser en Italie

En donnant quelques astuces de cuisson des pâtes, le scientifique Giorgio Parisi a provoqué un petit séisme médiatique en Italie.

Cuisson de spaghettis
Une personne qui fait cuire des spaghettis ©BelgaImage

Ce 1er septembre 2022, un des physiciens les plus renommés d’Europe, l’Italien Giorgio Parisi, publie un message sur Facebook. En quelques lignes, ce scientifique auréolé en 2021 du Prix Nobel donne quelques conseils pour que la cuisson des pâtes soit moins énergivore. Une façon somme toute banale d’inviter à faire des économies en ces temps d’inflation. Banale, oui, mais pas en Italie! Là-bas, toucher ne serait-ce qu’un peu à un symbole de la gastronomie nationale n’a pas manqué de faire réagir.

Du simple conseil aux réactions indignées

Les recommandations de Giorgio Parisi sont pourtant très simples. Ce qui a mis le feu aux poudres: sa suggestion de couper la cuisinière à gaz une fois que l’eau bout, ou du moins en réduire l’utilisation au "minimum minimum". Dans les deux cas, "les pâtes se cuisinent de façon identique", assure-t-il. Le tout en n’oubliant pas "la chose la plus importante": "mettre toujours le couvercle". "On perd énormément de chaleur par évaporation", précise le physicien. Pour ceux qui s’attendaient à quelque chose de plus révolutionnaire, pas de commentaires supplémentaires, la "recette" s’arrête là.

C’est tout, mais pour en Italie, ça suffit pour faire parler. Des grands quotidiens comme La Repubblica ont relayé la publication, avec son lot de réactions. Certains Italiens, manifestement très attachés à leurs habitudes, voient ces conseils d’un mauvais œil. "Allez, si un sacrifice doit être fait, mangeons des pâtes crues directement…", s’insigne un journaliste cité par le HuffPost. Un candidat de droite dure aux élections parlementaires à venir, Carlo Bravi, se moque lui aussi du scientifique. "On peut vraiment dire que Parisi est un physicien théoricien….", ironise-t-il. Un homme cité dans la publication de Giorgio Parisi parce qu’il adopte sa méthode est quant à lui critiqué directement sur sa publication Facebook. "En effet, ça s’appelle des pâtes crues", se moque un internaute. "Ce n’est pas moi qui doit économiser [de l’énergie, ndlr] mais les politiciens", affirme un autre qui n’envisage aucunement faire ce geste quand bien même celui-ci s’avèrerait inutile.

D’autres Italiens soutiennent au contraire le Prix Nobel. Cela se voit notamment dans les commentaires de son message sur Facebook. Nombreux sont ceux à raconter qu’ils sont intéressés par la méthode ou qu’ils la pratiquent depuis parfois des années (voire depuis toujours). D’autres se réjouissent même de cette prise de parole, comme cette Italienne encore une fois citée par le HuffPost: "Faites cuire les pâtes à feu éteint, afin de consommer (encore) peu de gaz! Heureusement que Giorgio Parisi le dit maintenant. Ma mère va me croire maintenant". L’élan de solidarité a même amené le chimiste Dario Bressanini à défendre son collègue. "Nous savons depuis 200 ans que ce n’est pas le fait de faire bouillir l’eau, de la voir bouillonner, qui fait la cuisson, mais la température de l’eau, qui transmet la chaleur aux pâtes, au riz ou à un œuf", confie-t-il à l’Ansa, l’agence de presse italienne.

Ce type de recommandation n’est d’ailleurs pas donné uniquement en Italie. Plusieurs organisations, que ce soit en Belgique ou en France, donnent des conseils similaires pour éviter de consommer inutilement de l’énergie. Énergie-Wallonie estime ainsi que ne pas mettre de couvercle sur la casserole peut faire parfois tripler la consommation d’énergie nécessaire. L’association Unione Italiana Food estime que dans le cas spécifique des pâtes, l’astuce de Giorgio Parisi peut faire économiser "jusqu’à 6 % d’énergie et d’émissions de CO2". Un bénéfice non négligeable dans un pays comme l’Italie, où 42% du mix énergétique est lié au gaz naturel, dont 38% du stock provient de Russie (selon les chiffres de 2021).

Sur le même sujet
Plus d'actualité