Quels produits manquent en supermarché et pourquoi?

Quand ils ne voient pas leurs prix augmenter, certains produits de supermarché sont en pénurie. Le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs.

Rayons de supermarché en partie vides
Des rayons de moutardes en bonne partie vides, le 31 mai 2022 à Rennes (Ille-et-Vilaine, Bretagne) ©BelgaImage

Vous l’avez peut-être remarqué: dans certains supermarchés, quelques rayons sont clairement moins remplis que d’habitude. Ce n’est pas une idée: il y a bien des produits qui manquent à l’appel. En France, le cabinet Nielsen calcule ce taux de rupture de stock à 5,7% pour le mois d’août, soit 1,5% de plus qu’un an auparavant. En juin, il était de seulement 1,2%.

Ces chiffres peuvent sembler raisonnables mais lorsque des étalages sont touchés, cela se voit. Une myriade de facteurs expliquent ce phénomène. Après vous avoir expliqué dans un précédent article ce qu’il en était des tensions sur la moutarde (où la pénurie est criante), le papier, le lait et les crevettes, passons en revue les causes sous-jacentes à la raréfaction d’autres produits.

Les 1001 conséquences de la sécheresse

L’autre grand problème, c’est la sécheresse qui a frappé quasiment toute l’Europe cette année. Parmi les produits impactés, on trouve:

    • Le beurre: non seulement le lait vient à manquer mais en plus, celui-ci est moins gras qu’auparavant. La sécheresse a en effet grillé les herbes, d’où moins de nourriture fraîche pour les vaches laitières qui produisent donc moins et surtout moins gras. "Jamais, à l’abord de cette deuxième partie de l’année, les stocks de beurre n’ont été aussi faibles. On peut donc s’attendre à une très forte pénurie, et à l’envolée encore plus forte du prix de la matière grasse", explique une porte-parole de Lactalis à "60 millions de consommateurs", le beurre et la crème fraîche devant être plus souvent importés.

 

    • Le fromage: BFMTV montre que ces mêmes raisons font craindre une pénurie de certains fromages: "En Savoie en ce moment, pour l’emmental, la tomme, le reblochon, la production est beaucoup moins importante, et il y a des petites AOP par exemple comme le Salers, qui ont dû carrément stopper la production cet été avec plus de deux semaines d’avance".

 

    • Le miel: en 2022, les abeilles n’ont pas pu se montrer aussi productives qu’à l’accoutumée.

 

    • Les frites et pommes de terre: au printemps, c’est le problème de l’huile qui faisait craindre des problèmes de production au rayon des frites. Aujourd’hui, autre souci: le manque de précipitations a réduit la taille des pommes de terre et donc le montant total des récoltes. Il faudra donc probablement payer plus cher et manger des frites plus courtes.

 

    • L’eau: qui dit manque de pluie dit manque d’eau, donc moins de bouteilles en rayon, alors que la demande est forte.

 

Des problèmes techniques et sanitaires

D’autres facteurs plus subtils entrent aussi en jeu:

    • Les marques de distributeur et sandwichs: le secteur de l’alimentaire doit faire face à une pénurie de main-d’œuvre criante. Il est donc plus difficile de produire autant que voulu du côté des marques de distributeur, notamment pour les produits traiteur et les sandwichs.

 

    • Les marques de Danone: en Belgique, un problème spécifique concerne les produits Danone. En refusant des demandes formulées par la multinationale, Delhaize a décidé de retirer les produits liés à cette entreprise. Loin de ne concerner que les fameux Actimel, cela affecte aussi plusieurs marques liées comme Evian et Alpro. D’autres chaînes de supermarchés pourraient suivre le même chemin, comme Aldi et Lidl qui ont déjà quelques problèmes de livraisons.

 

    • Les biscuits: dernièrement, plusieurs biscuits de la multinationale Mondelez ont également vu leurs stocks fondre (Granola, Petit Ecolier, Pim’s, Mikado, etc.). Une conséquence de la contamination à la salmonelle de l’usine belge Barry Callebaut, qui n’a certes pas touché ces produits-là mais qui a perturbé les chaînes de fabrication.

 

    • Le poulet: la résurgence de la grippe aviaire a provoqué l’abattage de 16 millions de volailles en France de novembre 2021 à mai 2022.

 

La guerre en Ukraine toujours en embuscade

Au début de la guerre en Ukraine, la principale préoccupation concernait les céréales, une bonne partie de la production mondiale se faisant en Russie et en Ukraine. Depuis, le port d’Odessa réexporte une partie des stocks et la pression tend à diminuer. En parallèle, outre la moutarde, le conflit a eu d’autres conséquences:

    • Les graisses, huiles et vinaigrettes: elles sont 10-15% moins présentes qu’en 2021, et près d’un magasin sur dix manque par exemple d’huile. La raison: dans un contexte de guerre en Ukraine, les consommateurs ont été plus nombreux à acheter en masse des produits de première nécessité, "au cas où". Un achat abusif qui n’est pas sans rappeler la panique du début du Covid. Au printemps, les rayons concernés ont été particulièrement affectés. Depuis, la situation ne s’est rétablie qu’en partie.

 

    • Les boissons: ce contexte perturbé fait monter le prix des matières premières, déjà impacté par la crise du Covid. Il est par conséquent plus difficile de produire des emballages (cartons, aluminium, etc.), notamment pour les concentrés d’agrumes et les boissons réfrigérées.

 

    • Approvisionnement des supermarchés: une partie des chauffeurs routiers étant ukrainiens, ceux-ci ont arrêté leur travail et le secteur des transports s’en retrouve perturbé.

 

    • Production générale: à cause de la hausse des prix de l’énergie, là aussi due au conflit avec la Russie, une pression supplémentaire affecte tous les producteurs de produits qui voient leurs factures s’alourdir (tout comme les chaînes de supermarchés qui doivent assurer leur équilibre financier).

 

Et après?

La grande question, c’est de savoir ce que réserve la suite. Difficile de le prévoir avec exactitude. Ces différentes problématiques pourraient toutefois continuer à se faire ressentir. C’est en tout cas l’avis du cabinet Nielsen. Fin août, le manque à gagner pour la grande distribution française était de 2,7 milliards d’euros en France depuis janvier. En décembre, la barre des 5 milliards pourrait être dépassée. Cela représenterait un record, le plus haut chiffre étant jusqu’à présent de 4,4 milliards d’euros en 2020, en pleine crise du Covid. En d’autres mots, si cela venait à se réaliser, les chaînes de supermarchés pourraient perdre plus de 4% du chiffre d’affaires annuel.

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