Les courses 12% plus chères qu’en 2021: voici les produits les plus affectés

Test-Achats a fait le relevé des hausses de prix pour les différents produits de supermarché. Des augmentations qui s'expliquent.

Caddie dans un supermarché niçois
Un caddie de supermarché, à Nice le 18 août 2022 ©BelgaImage

Encore en août 2022, l’inflation a continué sa fuite en avant. Selon Statbel, elle s’élève désormais à 9,94%, soit son plus haut niveau depuis 1976. Une évolution toujours principalement due à l’augmentation des prix de l’énergie (+106,9% pour le gaz naturel, +57,2% pour l’électricité, +52,6% pour le gasoil de chauffage, +26,3% pour le diesel). Cela dit, cette hausse du coût de la vie se fait aussi sentir en supermarché. C’est ce que vient de démontrer Test-Achats avec une analyse d’environ 3.000 produits de plusieurs grandes surfaces (Delhaize, Carrefour, Colryut, Cora, Aldi, Lidl et Albert Heijn). Résultat: les Belges payent en caisse 12,33% en plus qu’il y a un an, soit 48€ en plus par mois pour un ménage de deux personnes (pour un total de 438€). Une augmentation qui touche les différents produits de manière très variable dans le détail.

De la moutarde aux produits laitiers

L’aliment qui est le plus impacté par l’inflation, c’est la moutarde, avec un prix en hausse de 36%. Une augmentation récente puisqu’en juillet et août, une augmentation de 10% a été constatée chaque mois. En cause: la guerre en Ukraine, vu que Kiev et Moscou sont de gros producteurs de graines de moutarde, mais aussi la sécheresse, les récoltes françaises et canadiennes ayant été réduites. Les autres marches du podium sont représentées par les spaghettis (+35%) et les produits en papier (+33%, c’est-à-dire le papier-toilette, l’essuie-tout ou encore les mouchoirs).

Plusieurs produits d’origine animale s’accaparent la suite du classement. Après le papier, on trouve ainsi les crevettes grises (+33%), le beurre (+30%), le gouda jeune (+27%) et la viande d’agneau (+26%). Plus bas dans la liste, le prix du lait demi-écrémé augmente malgré tout fortement lui aussi (+24%), tout comme le filet de cabillaud (+22%), la viande de volaille (+20%), les yaourts (+16%), les œufs (+15%) et l’emmental (+15%).

Côté végétal, les hausses les plus notables concernent l’huile de friture (+26%), le café moulu (+21%), la farine (+20%), le riz (+14%) ou encore la confiture de fraise (+13%). La mayonnaise a vu son prix grimper de +21%. Pour le reste, plusieurs produits de soin sont affectés, comme les tablettes de lave-vaisselle (+24%), les nettoyants tout usage (+16%) et les nettoyants pour toilettes (+15%). Idem pour la charcuterie et les aliments pour animaux de compagnie (+12%) ainsi que les aliments surgelés (+10%), qui se trouvent toutefois dans la moyenne. Seules petites consolations: il existe des hausses limitées, comme pour le très apprécié chocolat (+4%) mais aussi pour les fruits et légumes (respectivement +4 et +5%).

De multiples facteurs en cause

Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’une partie des produits soient plus sensibles que d’autres à l’inflation. Bien souvent, il s’agit d’un ricochet de la hausse des prix de l’énergie, elle-même due en partie aux conséquences de la guerre en Ukraine, et des coûts salariaux. Pour le papier par exemple, un groupe papetier explique au journal La Croix que sa facture d’électricité a triplé, "sans oublier les hausses sur l’encre, les colles, les produits chimiques…". Le secteur souffre aussi de la baisse de la demande due à la numérisation des usages et de la réorientation vers des débouchés plus rentables comme le carton. Conséquence: il y a moins de papier recyclé donc plus de papier vierge, ce qui coûte plus cher, surtout aujourd’hui puisque sa production est énergivore. Si on y ajoute le fait que les stocks sont gonflés à bloc pour faire face à la hausse des délais de livraison, ce qui ajoute encore plus de pression sur le marché, on a le cocktail parfait pour faire augmenter les prix.

De nombreux produits dépendent également du cours du lait. Ici aussi, la sécheresse de 2022 se fait encore sentir, les éleveurs manquant d’herbe pour leurs vaches. Certains vendent ainsi une partie de leurs cheptels, ce qui fait baisser la production. S’y ajoutent des tensions pour les engrais ainsi que pour les prix en énergie (carburant, électricité pour la traite, etc.). Les producteurs sont désormais engagés dans un bras de fer avec la grande distribution pour faire que leurs coûts supplémentaires de production se répercutent en une plus grande hausse du prix du lait. Danone est également en conflit ouvert avec plusieurs chaînes de supermarchés, là aussi à cause d’une demande de hausse de prix. Delhaize et Lidl ont ainsi retiré les produits de Danone de leurs rayons, ou du moins partiellement.

Pour les crevettes, plusieurs zones font face à une baisse des stocks pêchés. La VRT cite pour la Belgique un passage de 517 tonnes en 2019 à 307 en 2020 et 369 en 2021. Là aussi, le coût de production est élevé. Au Canada, l’une des pêches les plus importantes au monde avec sa célèbre crevette nordique, idem. Selon le magazine L’Actualité, le réchauffement des océans et des rivières ainsi que la diminution du taux d’oxygène sont en cause, mais aussi la surpopulation de prédateurs comme le sébaste.

Malgré tous ces problèmes, Test-Achats n’est pas forcément pessimiste pour la suite. Les prix des céréales a baissé de 11,5% en juillet avec la reprise des exportations ukrainiennes et de bonnes récoltes ont été relevées dans plusieurs pays. Ils restent toujours 16,6% supérieurs à juillet 2021 mais les nuages se dissipent sur ce plan-là. L’huile végétale a également vu son prix chuter de 19,2%. "Nous espérons que cela se reflétera dans le supermarché au cours des prochains mois. Toutefois, veuillez noter que le prix des matières premières ne constitue qu’une partie du prix, en plus des coûts de production, de transport et de main-d’œuvre", conclut l’association de consommateurs.

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