Frédéric Nicolay a importé les terrasses à Bruxelles: "Ça a vraiment changé la donne"

Extraits de notre rencontre avec Frédéric Nicolay, l'homme qui a fait de Bruxelles un immense café.

Frédéric Nicolay maitre de l'horeca à Bruxelles
Frédéric Nicolay pose dans son établissement Le Cocq à Ixelles. © Photo News

Milieu des années 90, Saint-Géry devient l’endroit de la ville où il faut sortir et où des milliers de personnes se pressent. Comment expliquer ce succès?
En partie, sans doute au contexte socio-écono­mique: augmentation des fonctionnaires et sta­giaires travaillant pour les institutions européennes et le prix abordable de l’immobilier au centre-ville. Puis, les travaux d’embellissement de l’espace public – nouveaux trottoirs, arbres plantés – m’ont suggéré d’installer des terrasses. À l’époque, dans les endroits qui fonctionnaient – Java, Archiduc, Acrobate et un peu plus loin le Belgica -, on buvait debout. Et nous, pour la première fois, on a proposé un lieu où il y avait une grande terrasse au soleil. Et on a ouvert en plein été, je crois que ça a vraiment changé la donne.

C’était se réapproprier l’espace public en même temps que réinventer l’idée du café?
Je pense que pendant très longtemps, aller au café, c’était mal vu. C’était les putes, les militaires et les alcoolos qui y allaient. Ou des joueurs de bingo, ou des voyous… Et effectivement, sortir cette ­activité de l’ombre a opéré un basculement dans les mentalités.

Que pensez-vous de l’évolution de la capitale ces dernières années en matière d’urbanisme et de mobilité?
Je pense que le secteur de l’Horeca se renouvelle tout le temps. Le secteur de l’Horeca ne va pas mourir, il doit simplement s’adapter au changement de paradigme, tout comme les gens. Il est temps que les bourgeois, plutôt que d’aller faire de la gym une heure par jour, dans leur club de sport, fassent du vélo. La voiture, c’est très ­polluant et c’est très dangereux. On lui a donné une place hallucinante. Certes, elle peut être nécessaire. Mais se bouger les fesses aussi, c’est nécessaire.

Les bars estampillés Nicolay sont branchés mais plutôt bon marché. C’est une volonté?
Quand les choses sont chères, c’est détestable car ça exclut les gens. Qui a vraiment les moyens d’aller manger ou sortir avec une addition à cinquante euros par personne? Dans mes endroits, il n’y a pas de service – quand tu veux boire ou manger, tu vas commander au bar. Ce petit effort permet que les tarifs soient abordables, ça permet à plus de gens de se rencontrer… Il faut arrêter de claquer des doigts en espérant se faire servir fissa par un larbin. La crise Covid a fait prendre conscience à des tas de gens qui ­travaillaient dans l’Horeca qu’ils vivaient des conditions de pénibilité anachroniques.

Retrouvez l’interview complète dans notre dernier numéro Spécial Bruxelles: une belle énergie

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