"Don’t Pay": les Britanniques invités à ne pas payer leurs factures d’énergie

Au Royaume-Uni, le mouvement Don't Pay UK appelle les citoyens à cesser de payer leurs factures de gaz et d’électricité pour protester contre la hausse du prix de l'énergie.

Une Britannique vérifie ses compteurs, inquiète pour sa future facture d'énergie
Une Britannique vérifie ses compteurs, inquiète pour sa future facture d’énergie. © BelgaImage

L’hiver s’annonce rude pour les Britanniques. Le régulateur de l’énergie Ofgem a annoncé vendredi une hausse des prix du gaz et de l’électricité… de 80% à partir du 1er octobre. Pour un ménage moyen, le plafond tarifaire passera ainsi à 3.549 livres par an, soit près de 4.200 euros. Presque le triple de l’hiver dernier. Et ce n’est pas fini. Selon les prévisions, la facture ne cessera d’augmenter: 5.000 livres au mois de janvier, en plein hiver, et 6.000 au printemps 2023.

Cette explosion des prix sera difficile à absorber pour une majorité des foyers, même avec tous les efforts individuels pour réduire leur consommation d’énergie. "Je suis hyper écolo: toutes mes ampoules sont basse consommation, j’éteins tout la nuit. Mais il arrive un moment où vous ne pouvez plus rien faire. Quand les gens disent devoir choisir entre se faire manger ou chauffer la maison, je comprends totalement. Ce n’est plus une histoire de responsabilité individuelle, il n’y a plus rien à faire", s’inquiète Una, maman célibataire de deux enfants auprès de France Info.

Les foyers considérés en pauvreté énergétique vont exploser. En 2021, ils étaient 4,5 millions à dépenser plus de 10% de leurs revenus uniquement dans leurs factures d’énergie. Sans action de la part des autorités britanniques, il pourrait y en avoir 8,9 millions en octobre, et 15 millions en janvier 2023, selon les calculs de l’association Child Poverty Action Group. Soit plus de la moitié des foyers.

Ne payez pas!

Face à cette catastrophe hivernale, la pression monte pour le futur Premier ministre britannique qui sera désigné début septembre, suite à la démission de Boris Johnson. D’autant plus qu’un collectif d’activistes anonymes a lancé une campagne pour inciter les Britanniques à ne pas payer leurs factures énergétiques si aucune mesure n’est prise pour limiter la hausse des prix attendue en octobre. "Des millions d’entre nous ne seront pas en mesure de payer leur nourriture et leurs factures cet hiver. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cela se produire. Nous demandons une réduction des factures à un niveau abordable. Nous cesserons de payer à partir du 1er octobre si nous sommes ignorés."

Lancé au début de l’été, le mouvement est déjà soutenu par plus de 127.000 personnes. Objectif: convaincre un million des 28 millions de ménages britanniques. "Tout le monde autour de nous est en difficulté, et nous savons que cela ne fera qu’empirer. C’est pourquoi nous nous sommes réunis pour élaborer une stratégie et réfléchir à la manière dont nous pouvons lutter collectivement contre cette situation", expliquent les contestataires qui disent s’être inspirés de la révolte contre le Poll Tax, impôt locatif forfaitaire par tête, qui a fait tomber Margaret Thatcher en 1990.

Interrogé par Metro UK, le courtier Miles Robinson reconnaît que le non-paiement massif a fonctionné par le passé et estime que "l’absence de paiement pourrait pousser les fournisseurs d’énergie à baisser leurs prix". Mais cette opération n’est pas sans risque: manquant d’argent, ces fournisseurs pourraient ne plus pouvoir acheter le gaz ou l’électricité nécessaire pour éclairer et chauffer les ménages britanniques.

Un risque dont le collectif Don’t Pay UK est bien conscient, mais celui-ci estime aussi que mais estime que les conséquences liées aux factures exorbitantes sont encore plus graves. "Que vous payiez ou non, le risque de ne plus pouvoir vous chauffer augmente à l’approche de l’hiver, explique un porte-parole du mouvement. Nous pensons que la collectivisation des risques, la solidarité et l’unité autour de ce mouvement sont nos meilleures chances de négocier avec le gouvernement et les compagnies pour une transformation radicale de la situation. Notre principale protection est notre nombre".

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