Pouvoir d’achat: vers un gel des prix pour les produits de première nécessité?

Carrefour France a décidé de bloquer les prix de 100 produits «du quotidien», durant 100 jours. Chez nous, plusieurs marques de supermarchés annoncent des actions pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages.

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Dans la guerre des prix que se livrent les enseignes de la grande distribution, Carrefour France a signé le coup de com’ de la semaine. Le groupe de supermarchés a annoncé bloquer les prix d’une centaine de produits- des aliments et boissons aux produits de nettoyage et de soins- durant cent jours. Alors que l’inflation en Belgique est encore plus élevée que chez nos voisins (elle s’établissait à 10,4% en juillet selon l’indice IPCH, contre 6,8% en France), des actions similaires de " gel des prix " pourraient-elles être lancées chez nous ? À Belga, Carrefour Belgique confirmait qu’un blocage des prix était à l’ordre du jour dans les enseignes belges du groupe, sans en préciser les modalités concrètes.

En tant que tel, aucune opération de ce genre ne semble prévue chez les concurrents. Du côté de Colruyt, on expliquait au Soir que l’enseigne de grande distribution ne "gèlera pas ses prix. Mais lancera, dans les mois à venir, d’autres campagnes de sensibilisation aux prix et des actions intéressantes. Dans nos magasins français, nous ne prévoyons pas non plus de gel des prix".

Même chose pour Aldi, qui soulignait cependant avoir réduit ses prix "52 fois" en juillet et "plus de trois cents fois" depuis le début de l’année. Pour les supermarchés concurrents, on ne parle donc pas de "blocage des prix" comme chez Carrefour. Mais Delhaize, LIDL&co font valoir chacun leurs promos et autres "garantie des meilleurs prix" pour alléger le budget des consommateurs belges.

Une part infime de la consommation

Dans ce contexte de flambée des prix, chaque enseigne essaye de montrer à ses clients qu’elle fait mieux que le voisin pour soutenir leur pouvoir d’achat. Des coups de com’ qui peuvent profiter au portefeuille des ménages, dans une certaine limite. "La force (d’une opération comme celle de Carrefour, ndlr) c’est que c’est facile à comprendre, et les limites c’est qu’avec 100 produits on couvre une part infime de la consommation. Dans un supermarché il y a entre 30.000 et 40.000 produits" rappelait Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, à RMC.

De telles annonces profitent aussi (surtout ?) aux enseignes, comme Leclerc, qui dès le mois de mai, avait proposé dans ses magasins français des produits à prix bloqués. Opérations à prix coûtant, prix bloqué de la baguette de pain, offres d’électricité à bas prix… Michel-Edouard Leclerc, le PDG du groupe, a multiplié les annonces.

Et avec une communication renvoyant l’image d’un dirigeant "proche des consommateurs" et attentif à leurs préoccupations, Leclerc a ainsi pu gagner "quatre points de parts de marché en une décennie". Alors que la grande distribution est également prise dans une bataille avec les industriels pour grignoter des marges supplémentaires, se positionner en héraut de la lutte contre l’inflation permet aussi de valoriser les produits vendus sous les propres marques, au détriment de l’agro-alimentaire.

Renforcer la législation

Initiée de la base, une mesure comme le blocage des prix reste donc pour l’instant tributaire de la volonté des enseignes commerciales. Pourrait-elle être imposée d’en haut, par l’État ? En France, La France Insoumise réclame depuis des mois le blocage des prix de certains produits et service. En Belgique, le PTB et le parti socialiste se sont également positionnés en ce sens.

Dans une proposition de loi, des députés PS, emmenés par Christophe Lacroix, notaient qu’en l’état, la législation belge ne permettait plus au ministre de l’Economie d’imposer un gel des prix, et souhaitaient y remédier, afin que le gouvernement puisse arrêter des "mesures temporaires, telles que la fixation de prix maxima ou de marges bénéficiaires maximales, le blocage des prix, ou d’autres mesures liées au prix", lorsqu’il s’avérerait urgent d’éviter une situation susceptible "de porter atteinte au pouvoir d’achat des ménages".

Une mesure pas assez ciblée?

Ces questions juridiques une fois levées, encore faudrait-il examiner l’impact exact de l’imposition d’un gel des prix. Pour certains économistes, le blocage des prix peut avoir des effets délétères : "Si vous bloquez le prix de la baguette de pain, les boulangers peuvent développer d’autres types de pain et en fabriquer moins, au risque de provoquer des pénuries ou des rationnements. Ils peuvent aussi faire des baguettes de moins bonne qualité", expliquait au Monde Hippolyte d’Albis, professeur d’économie à la Paris School of Economics. L’Etat pourrait certes compenser la perte subie par les industrielles, mais au prix de nouvelles dépenses…

Pour d’autres, le blocage des prix a ceci d’inefficace qu’il profiterait à tout le monde, riches comme pauvres. Et dans la mesure où les premiers consommeraient davantage (dans le cas des produits de première nécessité, cela reste toutefois à prouver), les plus aisés en sortiraient gagnants.

Reste qu’en France, Emmanuel Macron a gelé les prix du gaz cet hiver, et a plafonné la hausse de ceux de l’électricité à 4% pour les particuliers et les petites entreprises. Un dispositif efficace et qui a permis de limiter l’inflation, a reconnu l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). En Belgique, sur cette question plus spécifique des prix de l’énergie, le médiateur fédéral de l’énergie Eric Houtman a déclaré mardi sur Radio 2 que la "réglementation des prix ne [devait] pas être un tabou".

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