Louer au lieu d’acheter: vive la consommation circulaire

Beaucoup d’objets finissent au fond d’un garage ou en déchetterie, après quelques utilisations seulement. Depuis quatre ans, la coopérative Usitoo propose un autre modèle.

Usitoo
La location d’une machine chez Usitoo coûte quinze fois moins cher que l’achat en magasin.© Usitoo

Un chauffage de terrasse? Deux euros pour deux jours. Une piscine autoportante? Cinq euros pour deux jours. Un nettoyeur à haute pression? Neuf euros. Un coffre de toit? Également neuf euros. Tout comme la tente familiale quatre personnes ou encore, la tente trois personnes “climat extrême”. Consulter le catalogue numérique de Usitoo.be, c’est voir défiler les objets qui prennent la poussière dans la cave, le garage ou le grenier. Des valises qui ne servent qu’une fois l’an, le matelas pneumatique qu’on a acheté il y a quatre étés pour les vacances et qui maintenant se dégonfle. Le lit de voyage enfant auquel il manque un pied et qui finira dans le container des encombrants.

Selon les derniers chiffres de Statbel, le Belge ­consacre, en moyenne, 2.348 euros par an à l’achat de meubles, d’articles de ménage et d’entretien, et d’outillage pour la maison et le jardin. “L’alternative que nous proposons permet de diminuer de moitié ce budget car nous ne proposons pas de meubles, seulement les objets qu’on utilise de temps à autre, avance Xavier Marichal, l’un des fondateurs de la coopérative. L’idée c’est de limiter les déchets – dont le traitement coûte de plus en plus cher à la collectivité – et de relocaliser chez nous des emplois. La majorité des objets que nous proposons sont produits ailleurs que chez nous. Limiter leur consommation n’a donc que peu d’effet en termes d’emplois directs. Mais notre formule permet de créer, ici, des emplois de logistique, de maintenance et de transport. Et également de conserver le côté agréable d’une consommation classique. Sur un simple clic, nous livrons dans un point relais tout près de chez vous.

Facteur 15

De sorte que, pratiquement, lorsque vous avez besoin d’un outil, d’un objet pour le week-end, les vacances, il vous suffit d’aller le chercher, par ­exemple sur le chemin du travail, dans un des cinquante points relais situés à Bruxelles. “Plus besoin d’aller fouiller vos armoires ou vos placards. En plus vous êtes certain d’une chose: il fonctionne…” Usitoo opère dans la Région bruxelloise avec un fichier ­clients de plusieurs milliers de loueurs et une gamme de 350 produits. La crise sanitaire a mis à mal la structure qui a dû simplifier son offre et recourir au bénévolat de ses coopératrices et coopérateurs. Elle redémarre tout en douceur en espérant redécoller durablement après l’automne prochain qui, on l’espère tous, sanctionnera la fin définitive de la période encore marquée par l’incertitude sanitaire. La structure n’a pas vocation à faire du profit et elle vit grâce à ses coopérateurs qui ont tous mis un peu de capital. Elle a également gagné par deux fois le prix BeCircular ce qui lui a permis de toucher par deux fois un subside unique. Elle devrait être à l’équilibre si elle engrange quelques milliers d’utilisateurs habituels en plus. Augmenter les prix des locations pourrait également être une solution, mais elle ne s’y résout pas.

On pratique des prix bas pour deux raisons. D’abord pour répondre à une préoccupation sociale: nous voulons que tout le monde puisse se permettre de louer, par exemple, un appareil à raclette ou une tonnelle pour recevoir des amis dans le jardin. Ensuite pour des raisons psycho-économiques. Si nos prix de location sont trop élevés, le loueur potentiel pourrait arbitrer pour un achat qu’il considérera comme étant plus rationnel. On a rapidement déterminé pour éviter cet arbitrage qu’il fallait un facteur 10 entre le prix d’achat et le prix de la location. Mais nous, par précaution, nous appliquons un facteur 15.” Les objets loués par Usitoo valent donc à l’achat au moins 15 fois plus que leur prix de location. Dans ces conditions, le business plan à l’équilibre est simple: il faut que 5.000 ­ménages louent trois objets chaque année pour un total de 15.000 locations. Une hypothèse qui paraît atteignable étant donné les comportements des ­utilisateurs.

Trois vagues par an

Ce qu’on loue chez Usitoo, c’est tout ce qui a trait au grand entretien de la maison, des abords ou du jardin. C’est toute la gamme des nettoyeuses à tapis, les lave- vitres, le laveur-vapeur pour les carrelages, l’élague-branches en hauteur, la tronçonneuse… Des choses qu’on utilise en général une fois par an. Il y a aussi l’organisation de fêtes occasionnelles. On ne fait pas concurrence aux loueurs pour mariage. Mais on a la vaisselle, les chaises, les tables, la sono, les tonnelles, des jeux de fléchettes pour marquer le coup lors d’un anniversaire, par exemple. La troisième gamme de produits loués régulièrement chaque année relève des “vacances/loisirs”: des tentes, des coffres de toit, des porte-vélos, des valises, etc. Tous ces objets que les gens apprécient utiliser une ou deux semaines par an quand ils en ont besoin mais qu’ils détestent stocker le reste de l’année.” Mutualiser les objets pour ­privilégier leur usage a aussi des vertus en termes de fiabilité. Moins un objet est utilisé, plus il ­connaît de pannes. “C’est typique des nettoyeurs à haute pression: si on ne les utilise pas assez, les joints en caoutchouc ont tendance à se craqueler…

Longévité des objets, mise à disposition pour le plus grand nombre, modicité du coût financier, modération de l’utilisation de matières pre­mières et d’émissions de CO2, ce mode de ­consommation semble pouvoir se prévaloir de pas mal d’atouts. Xavier Marichal estime qu’il faudrait sept à huit coopératives comme Usitoo pour couvrir l’entièreté de la Belgique francophone. Un projet serait en passe d’être créé dans le Pays noir. Et Xavier Marichal l’assure: “Nous, on est prêts à conseiller et à filer un coup de main à tous ceux qui voudraient installer une initiative similaire dans leur région. Gratuitement, évidemment”.

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