Quand les arnaques pyramidales "MLM" se multiplient sur les réseaux sociaux

Les escroqueries se développent sur les réseaux sociaux en se disant basées sur le MLM. Des pièges dans lesquels il est facile de tomber.

Château de cartes en dollars
Illustration d’un château de cartes en dollars @BelgaImage

Vous avez peut-être vu récemment ce genre de messages sur les réseaux sociaux comme Facebook. Un ami ou une personne lambda vous propose des offres ultra-alléchantes: des produits naturels aux vertus exceptionnelles, des méthodes de régime miraculeuses, ou encore des offres de voyages paradisiaques. Pour y avoir droit, on vous parle de rejoindre un réseau MLM (l’acronyme de "multi-level marketing", ou vente multiniveau), la plupart du temps via des messages privés. Tout ça a l’air bien tentant mais attention, réfléchissez-y à deux fois avant d’aller plus loin. Car derrière ce message privé tout innocent, vous pourriez tomber dans un piège. Cette semaine, le ministère français de l’Économie alerte la population sur les nombreuses tromperies qui pullulent sur internet et qui commencent de cette façon. Non pas que le MLM représente un système illégal en tant que tel, mais parce que des arnaques se revendiquent comme relevant du MLM pour tromper leurs victimes. Le secteur est peu régulé et ces escrocs le savent pour franchir facilement la frontière de ce qui est légal ou pas, au détriment de ceux qui ne feraient pas assez attention.

Des belles promesses puis tout s’écroule

Alors quel est le problème? Après tout, Tupperware s’est développé pendant des décennies sur le modèle MLM en offrant des commissions à ceux qui vendaient ses produits auprès de leurs proches. Sauf que quand il s’agit d’un piège, il ne s’agit pas simplement de gagner sa vie en faisant notamment de la vente à domicile. Ici, on vous promet bien des choses une fois devenu affilié, mais on vous incite surtout in fine à recruter d’autres individus, exactement comme la personne qui vous a fait rejoindre ce réseau. Au-delà de la production d’une richesse x ou y via des ventes ou des promotions, il s’agit essentiellement de recrutement. Pour vous encourager à le faire, il peut y avoir une demande supplémentaire: apporter une somme de base lors de votre arrivée dans le réseau, comme lors de l’obtention d’une licence avec un kit de démarrage (ce qui ne se dira généralement qu’en message privé). Cela peut être 100€ d’inscription, mais également beaucoup plus. Ou alors vous vous rendrez compte que vous devrez investir davantage encore par la suite. Dans ce cas-là, vous pouvez être sûr d’être motivé à chercher de nouveaux affiliés, notamment en bombardant à votre tour les réseaux sociaux d’images et vidéos. Un vrai influenceur! Dans tous les cas, engager des recrues vous fera gagner des points convertis en salaire par la société en question. Plus votre réseau s’élargit, plus vous gagnez. Généralement, on vous fait miroiter des rémunérations de rêve quand vous devenez un membre "premium", "élite" ou "platine". Bref, on vous présente comme si vous étiez votre propre patron, prédestiné à un succès faramineux.

Pour l’instant, tout semble aller comme sur des roulettes… mais ça s’arrête là! Car dans le cas de ces arnaques soi-disant MLM, ce système n’est de facto pas viable, et ce pour une bonne raison: il arrivera bien un moment où il sera de plus en plus difficile de recruter, ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas un nombre infini d’humains sur Terre. Du coup, un jour ou l’autre, tout s’effondre, ou plus précisément ce réseau créée par la société qui prend la forme d’une pyramide. C’est le principe de la "pyramide de Ponzi". Quand cela arrive, tout le monde paie les pots cassés, sauf les personnes à la tête de la société, c’est-à-dire celles qui ont gagné le plus (puisqu’ils chapeautent tout le réseau, leurs salaires sont forcément supérieurs à tous les autres). Ces dernières assurent qu’il n’y a rien d’illégal alors qu’en réalité, leurs produits ne représentent que la "vitrine légale" d’un système entièrement basé sur ces affiliations. Et autant dire que pour le coup, ça, c’est répréhensible!

Quand le piège se referme

Parmi ceux qui ont tout perdu, on retrouve une femme interrogée par Slate, dénommée ici M. En s’investissant dans son réseau, elle a réussi à monter dans les échelons jusqu’à gagner 6.000€ mensuels, puis 12.000€ en trois mois. Mais un beau jour, elle découvre que sa société a brutalement changé son système de rémunération, sans crier garde. Elle a senti le roussi et a voulu quitter le réseau et elle ne s’y trompe pas. En réalité, la pyramide est en train de s’écrouler, mais c’est trop tard pour M. Son entreprise gèle son salaire et elle perd les 15.000€ qui lui étaient promis le dernier mois. Son parrain, lui aussi, a subi la chute de la pyramide, avec pour son cas 30.000€ non touchés. Pire: puisque les impôts se basent sur ses revenus d’avant, M. doit des sommes gigantesques à l’État. Elle tente depuis de s’en sortir comme elle peut.

La liste des pyramides de Ponzi repérées en Europe ne cessent de s’allonger. En Belgique, une société de cryptomonnaies basée en Suisse a été démantelée le mois passé parce qu’elle pratiquait cette "fraude à la Ponzi", fait savoir L’Écho. En mai, c’est en Martinique qu’une autre escroquerie du genre a été repérée. De façon plus large, c’est avec la crise sanitaire que ces arnaques se sont multipliées, alors que de nombreuses personnes étaient attirées par ces apparentes possibilités d’avoir un revenu complémentaire. Vous vous souvenez par exemple peut-être de Jean-Pierre Fanguin, un jeune influenceur en costard qui promettait des fortunes en 2020. Comme Le Parisien l’a révélé, son business représentait une pyramide de Ponzi, en l’occurrence pour rediriger des gens vers Melius, une société de formation en trading et aux cryptomonnaies. Plus tard, JP Fanguin a lui-même avoué son tort. N’étant pas à une contradiction près, il se défendait en estimant qu’il était "bienveillant, même quand il a extorqué de l’argent".

Les dérives XXL des "arnaques MLM"

Aux USA, c’est l’El Dorado des pyramides de Ponzi. En juin dernier, la plus grande du genre a été démantelée à Las Vegas. Elle a fait de nombreuses victimes, particulièrement dans la communauté mormone. Le montant en jeu: une arnaque de 300 millions de dollars. Mais ce phénomène n’est pas nouveau. En 2019, le média Vice publiait un documentaire sur les victimes de la marque de vêtements LuLaRoe. Encore une fois, il s’agissait d’une pyramide de Ponzi, avec des habits absolument invendables. Le piège, pernicieux, a permis à des personnes d’avoir un train de vie extraordinaire, jusqu’à la chute.

Le problème est d’autant plus grand que certaines de ces pyramides de Ponzi se doublent d’un caractère quasi sectaire. Cela peut par exemple prendre la forme d’un engagement à ne pas critiquer la société et quand la supercherie éclate, c’est trop tard pour critiquer. Mais de manière plus globale, le simple fait que ce système se base sur le recrutement prend des allures de prosélytisme parfois agressif envers les proches. Dans les pays anglo-saxons, des médias comme le diffuseur public national australien ABC en finissent par écrire des articles pour savoir "comment ne pas perdre ses amis à cause du MLM". Fin 2020, le réseau social TikTok a annoncé vouloir activement lutter contre le MLM sur sa plateforme.

Alors oui, MLM n’est pas forcément synonyme d’arnaque. Comme on l’a dit, le cas de Tupperware le montre bien. Cela dit, la possibilité de faire recette en s’investissant dans ce milieu (à condition qu’il soit légal donc) est très faible. C’est en tout cas ce qu’affirme à RTL Info Bruno Wattenbergh, expert en économie. "En général, ce modèle-là ne satisfait que les fabricants et pas les distributeurs. […] Beaucoup d’études montrent que 99% des gens dans le réseau perdent de l’argent" au final. Pour ceux qui seraient quand même intéressés par le MLM, il prévient: "Très peu de gens vont être capables d’en faire un revenu stable, qui va faire vivre un ménage".

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