Paiement électronique obligatoire: une première étape avant un pays sans cash?

Le 1er  juillet, tous les magasins et indépendants seront obligés de proposer un système de transaction sans cash. Cette dépense est parfois difficile à encaisser pour les commerçants.

paiement sans contact
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Joëlle est coiffeuse à Auderghem depuis des dizaines d’années. Mais cela fait quelques semaines seulement qu’elle propose une solution de paiement électronique. “À l’époque, il y avait des banques tout autour. Et encore aujourd’hui, il y a un distributeur de billets à deux pas”, raconte-t-elle. Mais désormais, plus le choix. À partir du 1er juillet, tout commerce ou indépendant demandant une transaction immédiate entre le consommateur et lui devra obligatoirement proposer une façon électronique de payer: carte bancaire, de crédit, QR codes ou même virement instantané… Cela vaut donc aussi bien pour une petite boutique que pour les médecins ou les ambulants des marchés.

Joëlle a choisi la solution Payconiq, une des plus modernes et des moins chères. “Ce sont surtout les jeunes qui demandent à payer électroniquement. Les plus âgés préfèrent toujours le cash.” Un QR code personnel est apposé sur le stand d’accueil et les clients peuvent payer avec l’application bancaire de leur choix. Cela ne nécessite ni abonnement ni location d’appareil. Juste un smartphone et des frais de 0,06 cent par transaction. Les autres solutions étaient soit plus complexes, soit bien trop chères pour cette coiffeuse. “Les appareils traditionnels, cela peut représenter plus de 100 € par mois, sans compter l’installation. Et des frais de comptabilité qui augmenteraient sûrement aussi.” En effet, un terminal de paiement électronique, comme ceux des supermarchés et des chaînes de magasins spécialisés requiert un appareil, mais également des contrats, abonnements ou autres formules afin de permettre à la clientèle de payer par Bancontact, carte de débit ou de crédit.

L’un des appareils les plus répandus en Belgique est le Yomani de Worldline, un des leaders du secteur. À titre purement indicatif, car les concurrents sont nombreux, ce petit boîtier qu’on trouve partout se loue entre une vingtaine et une cinquantaine d’euros par mois auxquels s’ajoutent des frais d’installation (entre 55 € ou 140 € selon les cas de figure). Il peut aussi s’acheter une fois pour toutes pour un prix entre 700 € et 900 €. Mais ce n’est pas forcément une bonne idée. “Lorsqu’on loue un appareil, on reçoit les mises à jour, le support technique et les entretiens sont inclus”, commente Natacha Weil, e-marketer chez Bobex, société b2b qui aide les entreprises à comparer les devis de prestataires. “Il ne faut pas négliger cela, car 24 heures sans système de paiement peuvent représenter une grande perte. Et la technologie évolue sans cesse, aujourd’hui, on peut payer sans contact, avec son téléphone, sa montre…”

Les frais ne s’arrêtent pas là puisqu’il faut ensuite choisir un contrat par type de paiement. Les entreprises proposent différentes formules: soit un coût fixe de quelques centimes par transaction, soit un pourcentage de chaque montant. Il existe également des abonnements mensuels incluant un nombre de transactions limité. Comme les minutes par téléphone, lorsqu’on dépasse, on paye un peu plus. Pour continuer avec Worldline, selon la formule Bancontact choisie, cela coûte entre 10 et 27 € par mois, avec des coûts fixes de 2 à 5 centimes pour les petites transactions. Et de 17 à 7 centimes pour les grandes.

Less cash, mais pas cashless

L’exemple choisi est le plus connu mais pas forcément le moins cher. Le secteur des transactions électroniques est assez large. Outre Worldline, on croise également souvent les machines d’Ingenico, de CCV ou encore de Sepay… Et l’addition peut assez vite grimper selon qu’on ait besoin de plusieurs terminaux, d’appareils mobiles ou encore si on décide d’accepter Maestro, Visa, Mastercard…

Pour les chaînes de magasins, les hypermarchés et autres magasins spécialisés, impossible de se priver de tels dispositifs. Rares sont d’ailleurs ceux qui n’en proposent pas. “Cette nouvelle obligation ne change pas grand-chose pour nos membres. Et d’ailleurs, nous sommes favorables à une philosophie “less cash”, mais pas “cashless”, car c’est plus pratique, et évite les pénuries de pièces et billets”, commente Wim Van Edom, économiste chez Comeos, fédération du commerce et des services. En revanche, pour les petits commerçants et autres indépendants complémentaires, ces solutions électroniques peuvent vite représenter de gros frais mensuels. “D’après un sondage de nos membres, cela coûte en moyenne entre 50 € et 100 € par mois pour un indépendant ou une PME, soit entre 600 € et 1.200 € par an tout de même. Pour certains, c’est beaucoup”, détaille Sophie Heuskin, conseillère économie au service d’études de l’Union des classes moyennes (UCM).

Petites boutiques, grands effets

Quels seront les commerçants qui souffrent le plus de ce nouveau règlement? “Principalement, tous ceux qui vivent de petites transactions: les petites boutiques, les snacks surtout. Si vous perdez quelques centimes sur un cornet de pâtes à 4 €, c’est déjà beaucoup, répond cette spécialiste. Le pire, cela doit être les libraires et marchands de journaux qui n’ont pas de contrôles sur leurs prix et dont la marge est déjà assez basse.” Pourraient-ils n’autoriser les paiements par cartes qu’à partir d’un certain montant, comme le font pas mal d’indépendants et magasins? “Jusqu’à présent, c’était entre guillemets toléré. La loi n’est pas très claire à ce sujet. Mais nous avons sondé l’administration, et cela sera normalement interdit. Par contre, nous avons demandé une période de tolérance au gouvernement, qui a accepté qu’il n’y ait pas de sanction jusqu’à la fin de l’année.”

Voilà qui devrait rassurer les plus réticents, qui résistent encore et toujours aux cartes bancaires. À ceux-là, l’UCM recommande les solutions via smartphones, moins chères et pratiques. Le paiement électronique obligatoire est-il une première étape avant un pays sans pièces et billets? Test-Achats indiquait récemment que “trois consommateurs sur quatre estiment qu’un commerçant ne doit pas pouvoir refuser le cash”. Pour sa porte-parole Julie Frère “l’argent liquide est le seul moyen de paiement qui a cours légal en Belgique. Il est dès lors absolument inacceptable qu’un citoyen se voie refuser un achat parce qu’il ou elle souhaite payer en espèces.

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