Comment le fisc ampute des millions d’euros à l’augmentation des salaires

Le fisc prélève trop par rapport à l'augmentation des salaires, limitant ainsi à outrance l'indexation. Un problème sur lequel planche le gouvernement.

Billets de banque en euros
Billets de banque en euros @BelgaImage

Pour contrer les effets de l’inflation, nombreux sont ceux qui vont voir leurs salaires augmenter. Un bon coup de pouce pour amortir le choc, surtout pour les moins aisés. Mais mauvaise surprise: le système fiscal belge n’est pas bien adapté pour un tel contexte. Il va donc prélever une partie plus importante que prévue sur le salaire, limitant ainsi les bénéfices de cette hausse de revenus. C’est ce qu’a révélé ce week-end le journal flamand De Morgen. Une situation paradoxale qui provoque des remous au sein de la classe politique. Une réponse à ce problème est sur le tapis.

Des tranches d’imposition dépassés

Concrètement, le souci est que l’indexation (qui est déjà cette année de plus de 8%) est trop rapide par rapport à l’ajustement des tranches d’imposition des salaires, qui aura du retard. Or il faut savoir qu’en Belgique, le salaire est imposé selon des paliers. Une première partie n’est pas taxée. Ensuite, plus on gagne d’argent, plus ces tranches sont importantes. En 2022, jusqu’à 13.540€, il y a 25% d’imposition. De 13.540€ à 23.900€, c’est 40% (prélevés sur cette fourchette de revenus, pas sur les 13.540€ précédents). De 23.900€ à 41.360€, c’est 45%. Enfin, au-delà de 41.360€, c’est 50%.

Dans le cas actuel, l’indexation des salaires pourrait donc faire basculer toute une série de personnes dans un palier supérieur, alors que ce dernier est toujours calqué sur une période où l’inflation était moins forte. Résultat: elles doivent plus au fisc, alors que le but de l’indexation était justement qu’elles gagnent plus. Une sorte de serpent qui se mord la queue. L’opération pourrait par contre rapporter des dizaines de millions d’euros à l’État selon De Morgen, qui avoue toutefois qu’il est difficile de calculer ce total avec précision.

Réformer: oui mais comment?

A priori, la solution est "simple": il faudrait revoir le système fiscal en place. C’est en ce sens que la semaine dernière, un rapport d’experts rendu au gouvernement et présidé par Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale, conseille d’avancer l’indexation des tranches d’imposition. De cette façon, celle-ci sera plus en adéquation avec l’indexation des salaires, et non décalées comme aujourd’hui.

Cela tombe bien: un grand nombre de partis politiques semblent d’accord avec cette proposition. Le président de l’Open Vld Egbert Lachaert parle d’une situation "fondamentalement injuste", alors que les socialistes et le CD&V parlent d’une "hausse rampante des impôts" à combattre. Reste à décider des détails de l’application de cette mesure. Vooruit et le CD&V voudraient notamment que cette réforme concerne d’abord les tranches de revenus plus faibles. De ce fait, les classes moyenne et inférieure seraient moins taxées. Les plus aisés devraient quant à eux plus d’argent et ce encore un certain temps, selon le modèle actuel.

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