La meth, la drogue très addictive qui envahit la Belgique

Hyper-addictive, la méthamphétamine a fait son arrivée en Belgique. Elle y est de plus en plus prisée, au point qu’elle menace déjà de saturer les services d’aide aux toxicomanes.

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Les labos belges ont augmenté en taille, sophistication et capacité depuis 2019. © BelgaImage

C’était un psychotrope quasi inexistant chez nous. Et ni la police ni les autorités sanitaires ne s’en plaignaient. ­Principalement fumée – avec une pipe en verre comme pour le crack – ou injectée par intraveineuse, la méthamphétamine est en effet une amphétamine particulièrement puissante et addictive. Popularisée par l’excellente série ­Breaking Bad, qui brossait en toile de fond le portrait au vitriol d’une Amérique accro aux méthamphétamines, la “meth” ou “crystal meth” restait très confidentielle en Belgique, confinée à certains milieux underground. Comme celui des addicts au “chemsex”, cette pratique qui consiste à prendre des stupéfiants dans un contexte sexuel. “En réalité, ce produit circulait déjà depuis longtemps à Bruxelles via les expats, notamment, qui ramenaient de la méthamphétamine de grandes capitales européennes où elle était disponible, décrypte Maurizio Ferrara, psychologue clinicien à l’ASBL Infor-Drogues et spécialiste de cette substance. C’est comme ça qu’elle est arrivée en Belgique, par des usagers et non par des dealers. Comme il n’y avait pas de demande au départ, il n’y avait pas de trafic, pas de mafia. C’était une drogue très chère, environ 200 euros le gramme, principalement consommée en effet dans ce contexte d’orgies et de rencontres sexuelles ­associées à la prise de psychotropes.”

Mais la méthamphétamine sort aujourd’hui du bois. “Traditionnellement concentrée en Tchéquie et en Slovaquie, cette drogue est désormais présente en Belgique”, alerte l’Observatoire européen des ­drogues et des toxicomanies (OEDT). Le dernier rapport d’analyse des eaux usées effectué par cette agence européenne est d’ailleurs sans appel. Anvers est la ville de l’UE où l’on détecte le plus de résidus de cocaïne, Bruxelles arrive désormais en 5e position, soit un “gain” inquiétant de 11 places par rapport à 2017, et les deux mégapoles trustent désormais respectivement la 11e et la 25e position en ce qui concerne la présence de traces de méthamphétamine. “Bien que relativement secondaire sur le marché européen, la dernière analyse montre la menace croissante que représente cette ­drogue chez nous, à mesure que sa disponibilité ­augmente et que sa consommation se répand dans de nouveaux domaines”, constatent l’OEDT et Europol dans leur dernier monitoring des marchés européens des stupéfiants.

La drogue des gros bosseurs

Maurizio Ferrara valide. “La méthamphétamine n’est plus confinée dans la prostitution, surtout ­masculine, ou les rencontres chemsex, et se ­consomme aujourd’hui dans le milieu de la nuit, mais aussi par un public qui travaille beaucoup et ne trouve pas le temps de dormir.” Comme la coke dans l’Horeca. À ceci près que la méthamphétamine est beaucoup, beaucoup plus puissante que sa cousine sud-américaine. “C’est encore plus fort que le speed (amphétamines de rue – NDLR), poursuit le psychologue. Cette drogue est très addictive et reste beaucoup plus longtemps dans le système nerveux central. Ce qui peut provoquer, surtout chez les usagers occasionnels, moins accoutumés, des insomnies de plus de trois jours.” On ­imagine les dégâts sur la santé. Et si ce produit provoque jusqu’ici peu de décès, les overdoses ne sont pas non plus une partie de plaisir. “Sauf chez les personnes prédisposées à des risques cardiovasculaires, les surdoses se traduisent surtout par des crises de psychose délirantes, qui nécessitent souvent une hospitalisation en psychiatrie.

Les dernières saisies de méthamphétamines ­confirment également le phénomène. “Les ten­dances à long terme indiquent une expansion constante du marché, montre le dernier rapport d’Europol et de l’OEDT. Entre 2010 et 2020, le nombre de saisies de méthamphétamine dans l’Union européenne a plus que doublé tandis que les quantités confisquées ont augmenté de 477 % pour atteindre 2,2 tonnes saisies en 2020.

Trois fois moins chère

L’Europe est désormais une plaque tournante de la méthamphétamine. Elle importe cette drogue, la fait transiter pour l’exporter vers l’Asie notamment, mais la produit également. “En 2020, neuf États membres de l’UE ont signalé le démantèlement de 215 laboratoires de méthamphétamine, pour­suivent Europol et l’OEDT. Bien que les petits labos “de cuisine” existent toujours dans certains pays de l’Est, des sites de production situés en Belgique et aux Pays-Bas, où la méthamphétamine peut être produite à une échelle considérablement plus grande, suscitent aujourd’hui des préoccupations croissantes. Les labos détectés en Belgique et aux Pays-Bas ont augmenté en taille, en sophistication et en production depuis 2019.” Cette explosion de l’offre a également eu pour conséquence directe une diminution nette des prix. En effet, la méthamphétamine se négocie aujourd’hui en Belgique à environ 70 euros le gramme. Soit trois fois moins cher.

Vu la demande croissante, ce psychotrope stimulant n’en reste pas moins très rentable pour les dealers. Et ces trafiquants ont les bras de plus en plus longs. “On considère que les producteurs européens de drogues de synthèse travaillent avec les groupes ­criminels mexicains pour mettre au point des processus de production et exploiter les infrastructures ­existantes en Europe, analysent encore les deux agences. Plusieurs tonnes provenant du Mexique ont d’ailleurs été saisies dans l’UE depuis 2019.” Même constat sur le terrain. “Une mafia de la méthamphétamine est bien présente chez nous, remarque ­Maurizio Ferrara. Sur le plan de la géopolitique des drogues, c’est un nouveau réseau qu’on ne connaît pas très bien en Europe du Nord et qui est donc difficile à tracer. Mais l’offre est bien là.”

Autre conséquence, inévitable vu le caractère très addictif de ce puissant stimulant, les consultations chez ce psychologue d’Infor-Drogues sont aujourd’hui full. “En 2017, je suivais deux ou trois consommateurs de méthamphétamine. Aujourd’hui, j’en vois une vingtaine et je ne peux plus en prendre davantage.

Enfin, n’oublions pas les petites sœurs de la méthamphétamine dont on parle beaucoup moins. Comme les stimulants de synthèse “3-MMC” ou “4-MMC”, pourtant de plus en plus populaires eux aussi auprès du grand public. “C’est un peu la méthamphétamine du pauvre, une alternative quand le premier produit n’est pas disponible, et elle est aujourd’hui présente dans les clubs et les festivals au même titre que le speed ou l’ecstasy. Elle se vend au même public. On la croise très souvent, même encore plus que la méthamphétamine.” Les risques et effets secondaires étant sensiblement les mêmes que ceux des amphétamines: paranoïa, état dépressif, descentes vertigineuses et troubles cardiaques avec risque d’infarctus. Les deux agences européennes s’inquiètent donc assez logiquement de l’impact de ces réseaux mafieux sur la sécurité publique, mais aussi des conséquences à long terme de cette nouvelle consommation sur la santé des usagers et la surcharge de nos systèmes de soins.

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