Chèque inflation, gel des tarifs… Ces pistes d’ici et d’ailleurs pour sauver le pouvoir d’achat

Révision de la taxation, hausse des salaires ou chèques ciblés… Experts et politiques cherchent des solutions contre la hausse du coût de la vie. Des idées venues de l’étranger pourraient aussi les inspirer.

un homme fait ses courses
Près de la moitié des Belges affirment que leur situation financière s’est dégradée lors du dernier semestre. © Adobe Stock

La tendance est nette depuis plusieurs mois. Lundi, jour de manifestation nationale en front commun pour défendre le pouvoir d’achat, un sondage Ipsos-RTL Info-Le Soir l’a confirmée. La moitié (55 %) des Belges craint l’inflation. Une bonne partie d’entre eux se préoccupent aussi des impôts et des taxes (31 %) et de la pauvreté (29 %). Dernier chiffre hautement révélateur: la moitié (47 %) affirme que sa situation financière s’est dégradée lors du dernier semestre. On comprend pourquoi le pouvoir d’achat est au cœur des débats politiques. Le gouvernement fédéral a même jugé utile de monter un groupe d’experts “Pouvoir d’achat et compétitivité”. Il est composé de sept pointures dont certaines bien connues des lecteurs de Moustique comme Philippe Defeyt, Mathias Dewatripont ou Bertrand Candelon. Ces derniers préconisent des mesures ciblées. La Banque nationale de Belgique ou encore l’OCDE poussent également l’État belge en ce sens.

Jusqu’ici pourtant, le gouvernement De Croo a agi dans une direction opposée, via des mesures universelles. Le chèque Énergie, octroyée à tous les Belges y compris aux très hauts salaires et aux patrimoines bien fournis, en est l’incarnation. Alors que faire? Pierre Wunsch, gouverneur de la BNB, a remis la semaine dernière le rapport intermédiaire du groupe d’experts au gouvernement fédéral. Une dizaine de propositions doivent permettre de soulager les ménages. Citons les plus impactantes. D’abord, sur le plan de l’énergie, ils proposent de fixer les prix sur base des accises. Ils défendent aussi l’instauration d’une TVA intelligente. Celle-ci baisserait lorsque les prix augmentent, et augmenteraient lorsque les prix baissent. En outre, ils proposent un chèque Énergie uniquement pour les bas revenus qui ne peuvent obtenir le tarif social ainsi qu’une taxe sur les surprofits réalisés par les acteurs industriels.

Ensuite, agir sur la propension à (sur)consommer l’énergie fait l’unanimité. Pour cela, le groupe d’experts propose de réduire la vitesse sur les autoroutes et limiter l’accès aux voitures de société. Autre idée sur la table: investir dans l’isolation des logements sociaux et des habitations anciennes. La meilleure solution contre le pouvoir d’achat n’en demeure pas moins le travail. Pour les sept économistes, il est urgent d’atteindre le taux d’emploi de 80 % via des politiques ambitieuses comme la lutte contre les métiers en pénurie ou la facilitation de la mobilité des travailleurs. Précisons tout de même que les idées des experts ne sont que des idées. Le gouvernement peut très bien n’en appliquer aucune… Mais toute mesure retenue devra être financée. Or, l’endettement de la Belgique est déjà considérable (108,4 % du PIB). La plupart des experts proposent de trouver les budgets via des taxes sur les hauts revenus ou les grands pollueurs.

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Agir sur les salaires

Le système belge d’indexation des salaires est unique au monde et personne ne le remet en cause. Pour rappel, il permet l’augmentation des salaires au rythme de la hausse des prix d’un panier de produits. Ces derniers mois, trois difficultés ont émergé. Premièrement, ce panier ne prend pas en compte l’essence et le diesel. Deuxièmement, les ménages à plus faibles revenus dépensent proportionnellement plus pour l’énergie que les autres. Ils subissent dès lors davantage l’inflation sur ce type de produits. Troisièmement, tous les travailleurs ne sont pas indexés au même moment ni à la même fréquence. C’est pourquoi, sur ce dernier point, certains experts réclament une harmonisation du mécanisme.

Mieux négocier avec les patrons

La hausse des salaires dépend par ailleurs des négociations collectives des salaires du secteur privé. Si les syndicats ont manifesté lundi 20 juin, c’est justement pour réclamer la modification de la loi de 1996 sur la norme salariale. Elle a été introduite pour permettre aux entreprises belges de rester compétitives par rapport aux concurrentes des pays voisins. Le problème est que cela ne profite pas aux salariés. Ainsi, la marge maximale pour l’évolution des salaires a été fixée à 0,4 % pour la période 2021-2022, en plus de l’indexation. Pour les syndicats, cette loi est trop stricte. Ils voudraient qu’elle disparaisse pour le prochain accord interprofessionnel 2023-2024.

Des idées d’ailleurs

Chaque pays européen adopte ses réponses face à la crise du pouvoir d’achat. En France, un “chèque inflation” de 100 euros a été distribué aux salaires inférieurs à 2.000 euros par mois. Les tarifs du gaz et de l’électricité ont en outre été gelés dès le début de l’année. En Allemagne, les ménages au bas revenus bénéficient de subventions pour réduire les factures d’énergie. Le tarif pour les transports en commun s’apprête en outre à être réduit à 9 euros par mois. Côté Italie, le gouvernement surtaxe les entreprises énergétiques. En Espagne, la hausse des loyers a été limitée à 2 %… Le gouvernement belge a donc largement de quoi s’inspirer.

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