Vers la fin des voitures de société en Belgique ?

Dans un rapport intermédiaire visant à soutenir le pouvoir d’achat, la Banque Nationale Belge a présenté toute une série de mesure. Parmi elle, la disparation des voitures de société. Explications.

Vers la fin des voitures de société en Belgique ?
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Le pouvoir d’achat est au cœur des préoccupations de tout un chacun. Alors qu’une grève nationale, accompagnée d’une série de manifestations est prévue le 20 juin, la Banque Nationale Belge a planché sur le sujet également. Parmi ses recommandations, une fait sensation, bien qu’elle soit loin d’être neuve : la suppression des voitures de société.

Objectif ? Récupérer de l’argent pour d’autres mesures. Parmi les partis membres du gouvernement fédéral, le sujet ne semble pas tabou. " Ce système, qui est typiquement belge, est d’un point de vue environnemental, d’un point de vue social, complexe et très bizarroïde" , déclare Thomas Dermine (PS), secrétaire d’Etat à la Relance. " Je ne suis pas attaché de façon colossale à ce système. Par contre, je suis attaché à ce qu’on puisse libérer du pouvoir d’achat, et à ce que ces collaborateurs qui bénéficient aujourd’hui d’une voiture de société puissent faire le choix de consacrer ce budget à ce à quoi ils veulent" , réagit pour sa part Mathieu Michel (MR), secrétaire d’Etat à la Digitalisation.

La fin d’un mythe ?

L’argument n’est pas neuf : la voiture de société coûte environ 2 milliards d’euros par an à l’État. La logique serait donc celle-ci : en accélérant la réduction de l’avantage fiscal ou en le supprimant totalement, l’État récupérerait des moyens pour soutenir le pouvoir d’achat avec d’autres mesures. Car tout le monde sera d’accord pour admettre que ni le pouvoir d’achat, ni la compétitivité des entreprises ne s’en trouvera gagnante.

Au contraire, si les sociétés optent pour des voitures plutôt que pour des salaires, c’est justement pour des raisons de compétitivité. Et que dire du pouvoir d’achat des centaines de milliers de travailleurs dont la voiture est une partie de leur rémunération ?

Choisir pour renoncer

Voiture de société ou salaire plus élevé ? C’est une question que de nombreux employés se posent depuis l’accord sur le budget de mobilité. Dans de nombreux cas, une voiture de société restera plus avantageuse qu’un salaire plus élevé, parce qu’elle permet d’épargner de nombreux frais. L’employeur règle non seulement toutes les modalités pour le salarié, mais beaucoup d’entreprises prennent également en charge l’ensemble des frais automobiles : carte essence, réparations, entretiens… Les seuls frais à charge de l’employé sont donc les amendes de stationnement et de circulation parce que l’employeur ne peut pas les déclarer comme frais automobiles.

" Arrêter tous les brols "

Le président des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, quant à lui, ne voit pas d’un bon œil certaines des pistes mises sur la table du gouvernement par le groupe d’experts " pouvoir d’achat et compétitivité des entreprises ", qui doit encore boucler son rapport final. Sans surprise, la réduction plus rapide des avantages aux voitures de société n’a pas la cote côté MR, qui se réjouit en revanche qu’on " reparle budget ".

"  Réduire les voitures de société, ce n’est pas compliqué. Pour celui qui en a une, cela équivaut à 500 à 1.000 euros par mois de pouvoir d’achat. Si la solution de la BNB c’est de retirer du pouvoir d’achat à des milliers de travailleurs… Ce n’est pas le moment, je trouve ça absurde ", a réagi jeudi dernier le libéral au micro de DH Radio.

Une suppression qui ferait l’affaire des écolos

A l’heure de l’urgence climatique, la potentielle suppression des voitures de société est vue d’un assez bon œil par les écologistes. En diminuant le parc automobile belge, on pourrait réduire nos émissions de C02 et selon François Gemenne, au micro de la DH Radio, il y a urgence. " Nous ne sommes très clairement pas en  bonne voie pour une transition climatique durable et équitable. Les indicateurs pour la Belgique ne sont pas du tout favorable pour le moment. "

En effet, selon l’expert, la seule année où la Belgique était en bonne voie de respecter les accords de Paris, c’était en 2020, pendant la pandémie. " Pour parvenir à respecter les engagements que nous avons pris, notamment ceux de Paris, il faut réaliser un virage à 90 degrés et, en Belgique, un arrêt immédiat des voitures de société. " conclut-il.

Il va même plus loin dans son argumentaire contre les voitures de société C’est très clairement le secteur des transports en Belgique qui parvient le moins vite à se décarboner. C’est là où on peine le plus à atteindre les objectifs. " explique-t-il. "  Il y a un coupable et un responsable qu’il faut désigner: les voitures de société. Je pense qu’il faut les supprimer et rendre cet avantage en salaire aux employés. Le problème de ces voitures, c’est qu’elles sont utilisées évidemment pour faire le trajet entre le domicile et le lieu de travail. Mais comme l’essence est payée par l’employeur, il n’y aucune raison qu’elles ne soient pas utilisées pour des déplacements de loisirs ou pour n’importe quel déplacement. Le transport en commun sera toujours plus cher qu’une voiture gratuite qui est payée par l’employeur. "

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