Embargo sur le pétrole russe: quel impact sur le portefeuille des Belges?

Après plus de trois mois de guerre en Ukraine, les 27 se sont accordés lundi soir sur un embargo partiel des importations de pétrole russe. Avec quelles conséquences pour le portefeuille des ménages, déjà mis à mal depuis des mois?

Embargo sur le pétrole russe: quel impact sur le portefeuille des Belges?
© Belga Image

Alors qu’un consensus semblait peu probable, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se sont accordés lundi soir sur un embargo du pétrole russe. Un embargo partiel puisque seules les importations de pétrole russe acheminé par bateau seront interdites. Soit quelque deux tiers des importations européennes de brut russe. L’or noir acheminé par oléoduc ne sera, temporairement du moins, pas visé par l’embargo.

L’Allemagne et la Pologne, dont le pétrole importé est pourtant acheminé par l’oléoduc Droujba comme la Hongrie, la Slovaquie et la Tchèque, se sont, de leur côté, engagées à y renoncer avant la fin de l’année. Une promesse rassurante pour les pays qui, comme la Belgique, craignaient pour leurs grands ports une concurrence déloyale de Berlin notamment. D’ici 2023, l’embargo effectif porterait ainsi sur près de 90%.  

Les 10% restants concernent donc principalement la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque. Des pays qui avaient exprimé leur vive opposition à un embargo pétrolier total. " Ce que ces pays disaient, c’est que leurs raffineries sont fortement liées au pétrole russe, c’est un héritage de la période soviétique. Elles ne peuvent pas juste comme ça passer à un autre pétrole, cela prend du temps. Ils auront ce temps" , a indiqué le Premier ministre néerlandais Mark Rutte en quittant la réunion. Le Conseil européen a déjà précisé qu’il reviendrait " au plus vite " sur cette exemption, alors que l’Union souhaite se défaire de sa dépendance aux combustibles fossiles russe dans les prochaines années.

Quelles conséquences chez nous?

A l’instar des autres sanctions prises par l’Union européenne, cet embargo pourrait-il, une nouvelle fois, impacter le portefeuille des Européens, et donc des Belges?

A ce stade, il reste très difficile de prévoir avec exactitude les conséquences de cette décision des 27. En Belgique, le pétrole russe représente jusqu’à 30% environ du pétrole importé. Une part importante, mais l’approvisionnement ne serait pas  à priori pas menacé. " Cela fait des mois que nous cherchons d’autres fournisseurs pour notre approvisionnement en pétrole" , assure Alexander De Croo sur les ondes de Radio Een. " Nous n’avons pas attendu l’embargo européen pour nous déconnecter du pétrole russe" . Le Premier ministre assure ainsi qu’il n’y a " aucun risque de pénurie l’hiver prochain" .

Le risque de nouvelles hausses des prix semble par contre réel. " Cela va dépendre de comment les marchés vont réagir" , estime Jean-Benoit Schrans, porte-parole d’Energia, ex-fédération pétrolière, interrogé par nos confrères de Sudinfo. Ce mardi matin déjà, quelques heures après l’annonce de l’accord, les prix du pétrole sur les marchés ont atteint leur plus haut niveau en deux mois. Un baril (159 litres) de Brent de la mer du Nord coûtait ainsi mardi matin 123,32 dollars, soit 1,65 dollar de plus que lundi. Le prix du WTI américain a, lui, augmenté de 3,47 dollars pour grimper à 118,54 dollars. En cause: cet embargo va réduire, dans un premier temps, une part conséquence de l’offre mondiale de pétrole.

A court terme, l’essence et le mazout domestique vont devenir plus chers" , confirme Johan Mattart de la Brafco (la Fédération professionnelle belge des négociants en combustible), interrogé par le Nieuwsblad.Je m’attends à ce qu’il en soit de même pour le diesel, le propane et le GPL (gaz de pétrole liquéfié) plus tard dans le semaine" . A cet égard, Olivier Neirynck, porte-parole la Brafco, interrogé par l’Echo, conseille " d’attendre quelques jours ou quelques semaines avant de faire le plein de sa citerne, le temps que ça se calme ".

Pas de hausse exponentielle?

Ce dernier se veut toutefois plus rassurant. " On a l’avantage en Belgique d’avoir le contrat programme qui permet de lisser les différentes hausses et baisses vertigineuses" , rappelle-t-il au micro de RTL. Selon lui, l’impact sur les prix à la pompe serait plus " tempéré, et non pas exponentiel comme on a connu au mois de mars avec le 2,24 euros du litre pour le diesel et l’essence" . " Je pense que s’il y a une augmentation des prix, ce sera limité en tout cas, dans le temps" , confirme Jean-Benoit Schrans à Sudinfo. Pour la Belgique, il pointe lui aussi le contrat-programme qui fixe les prix maximum et empêche un impact immédiat à la pompe. " Il faut qu’un certain seuil soit dépassé pendant plusieurs jours pour avoir une hausse ".

Plus largement, cette décision importante de l’Union européenne pourrait se aussi faire sentir sur d’autres pans de l’économie. Ainsi, comme le pointent nos confrères de l’Echo, les entreprises vont elles aussi être touchées, si hausse des prix il y a. Avec des conséquences possibles sur les prix des aliments ou des médicaments. " Et tout cela va générer de l’inflation, dans un contexte de croissance faible ", prévient Adel Gammal, spécialiste de la géopolitique de l’énergie et professeur à l’ULB, interrogé par le quotidien économique.

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