Comment expliquer la perte de vitesse du bio en Belgique ?

Après avoir connu une explosion record durant la pandémie, les commerçants bio tirent la sonnette d’alarme. Depuis fin 2021, tous font le même constat, leur chiffre d’affaires dégringole. Comment expliquer cette soudaine perte de vitesse ?

Marché bio
© Belga

Le Belge semble avoir perdu ses bonnes habitudes. Selon les chiffres de BioWallonie, il a dépensé 890 millions d’euros dans l’alimentation bio en 2020. C’était deux fois plus que 5 ans auparavant. Mais cela n’a pas duré… Après cette croissance rapide, les ventes ont diminué de 30% pour les commerçants bio !

Pour le magasin Roots Store à Bruxelles, cette chute drastique a été ressentie dès le mois de janvier. " On a perdu un tiers de notre chiffre d’affaires " se désole Hannah Willsher, gérante de l’épicerie, auprès de Bx1.

Même son de cloche au Barn " C’est vrai que l’on constate une perte de 22% au niveau de notre chiffre d’affaires pour cette année " confirme Victoria Pollet, manager du Barn d’Etterbeek. 

Alors comment pouvons-nous expliquer cette perte de vitesse ?

La faute à l’inflation

La première raison qui pourrait justifier cette baisse de rythme trouve sa source dans l’inflation qui frappe la Belgique depuis plusieurs mois. Cette dernière et l’explosion des prix qu’elle provoque réduit considérablement le pouvoir d’achat des consommateurs belges. Et certains ménages essayent de réduire leurs dépenses là où ils peuvent.

On voit que les consommateurs aujourd’hui assimilent de plus en plus le bio avec produits de luxe" , estime Pierre-Alexandre Billiet, économiste et patron de Gondola, auprès de la RTBF De nombreux ménages font donc marche arrière et renouent avec un panier non-bio, dans le but d’économiser.

Des habitudes éphémères

Mais il apparait trop facile de tout remettre sur le dos de l’inflation. Car si le secteur était si florissant avant son apparition c’est parce que le belge en était friand. Tout au long de la pandémie et pendant les nombreux confinements imposés, on a remarqué un engouement profond pour le bio et les circuits courts.

 " En fait, je pense qu’au début du covid, avec l’inconnu, les gens ont un petit peu boycotté les grandes surfaces et se sont réorientés vers des petits commerces probablement aussi par crainte de l’échange de microbes, ne sachant pas vers quoi on allait " , déclare de son côté Ludivine Beaujean, gérante de  " Justin mange bien " à Beaufays, à la RTBF. "  Et puis justement quand le covid a commencé à s’estomper, que la vie a repris son cours normal, on a remarqué justement qu’il y a eu à nouveau une chute de cette présence et de cette visibilité du consommateur dans les commerces comme le nôtre. " 

Alors, c’est quoi la suite ?

Cependant, tout n’est pas si manichéen et il semble important de nuancer. " Oui, cette année est moins bonne que l’année précédente, mais c’est parce que nous avons connu avec le Covid deux années exceptionnelles " souligne Victoria Pollet. " 2019 a été un réel boom pour nous, et 2020 a suivi l’exemple. 2021 a aussi été plus que correcte et forcément si on compare nos chiffres à ces années-là, on est en-deçà. Mais si on retire cette parenthèse exceptionnelle, on est loin de la catastrophe. "

Et le secteur est bien loin de rester immobile face à ces changements. Des nombreuses choses sont mises en place, pour s’adapter, faire face et se réinventer. " Ici au Barn, on a vraiment essayé de travailler sur deux axes " nous explique Victoria. " D’une part, nous avons vraiment augmenté nos services en mettant en place des solutions de picking et de livraisons. Concrètement, les gens peuvent faire leurs courses en ligne et venir récupérer ou se faire livrer le tout endéans deux heures. Et d’autre part, nous avons un peu changé notre fusil d’épaule en revoyant notre gamme et en l’adaptant pour attirer des nouveaux clients. "

Il est vrai que le secteur du bio fait face à sa première vraie baisse depuis 10 ans, mais le bio est loin d’avoir dit son dernier mot. Car il semblerait que la mauvaise passe que le secteur semble traverser soit plus liée à la conjoncture actuelle qu’à son fondement même qui ne fait plus de doute.

Mais dans ce contexte, il y a un réel enjeu de communication selon Pierre-Alexandre Billiet " il y a un risque aujourd’hui, en période de forte inflation, de ne plus raisonner qu’en termes de pouvoir d’achat, avec le prix comme principale boussole d’achat. Dans ce contexte, il est alors très important que ce consommateur soit bien informé sur la qualité des produits qu’il achète, au risque de se tourner vers des produits certes moins chers, mais dont la qualité n’est clairement pas comparable. "

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