Scandales alimentaires: le bio est-il plus sûr?

Le risque n’est pas vraiment différent selon qu’on suit les filières bio et naturelles ou la production conventionnelle. Les exigences sont équivalentes, tout comme la sévérité des contrôles.

choisir du bio au supermarché
© Adobe Stock

Nous sommes de plus en plus invités à “faire attention à ce que nous mangeons”. Nous nous dirigeons, quand on peut se le permettre financièrement, mais c’est un autre sujet, vers des aliments plus sains, plus naturels, plus locaux. D’ailleurs, depuis 2008, la part de marché du bio ne fait que croître selon les chiffres de BioWallonie, ASBL qui encadre les acteurs du bio dans la région. Rien qu’en 2020, les ménages belges ont dépensé 13 % en plus en produits bio par rapport à 2019, pour un total de 890 millions d’euros. On est passé de 69 € à 78 € par famille par an. C’est bien simple: durant cette année de confinements, plus de 9 Belges sur 10 ont consommé au moins une fois du bio, peu importe qu’ils fassent leurs courses à la ferme à côté de chez eux, au marché, dans les magasins traditionnels ou même dans les enseignes discount.

Mais à l’heure des affaires de sécurité alimentaire autour de Ferrero et Buitoni, alors que nous sortons d’une pandémie pas vraiment terminée due à un virus à l’origine toujours imprécise, on peut se demander si manger bio n’est pas plus risqué que choisir des aliments traités avec différents produits. Certaines bactéries et autres microbes ne se ­développeraient-ils pas plus facilement dans les cultures, les produits laitiers, les viandes ou les poissons issus d’une filière 100 % naturelle que dans le système classique?

Chou vert et vert chou

Cette thématique, le professeur Nicolas Korsak Koulagenko la connaît pour enseigner au département des sciences des denrées alimentaires de l’ULiège et en tant que membre du comité scienti­fique de l’Afsca. Selon lui, les deux systèmes sont assez comparables en termes de risque. “Les réglementations bio concernent les conditions de production et sont assez distinctes de la sécurité alimentaire, ­commente-t-il. C’est la sécurisation du processus de fabrication qui va influencer la sécurité du produit, qu’il soit bio ou plus traditionnel. Tant qu’il y a une procédure d’autocontrôle, il n’y aura pas de problème.

Peu importe l’aliment bio, végétal ou animal, le risque microbiologique est donc équivalent. Même si travailler de façon plus naturelle nécessite d’adapter sa méthodologie, de se poser les bonnes questions, d’avoir un plan d’autocontrôle adapté et réfléchi à son mode de production. Nicolas ­Korsak Koulagenko prend l’exemple des additifs. “En bio, l’idée est d’en utiliser le moins possible. Il faut donc être attentif aux conséquences de ce choix, notamment des dates limites de consommation plus courtes. Mais à la fin, les organismes tels que l’Afsca contrôlent tout le monde de la même façon, avec la même intensité. Les exigences sont les mêmes.

sécurité alimentaire

Les circuits courts gardent l’avantage. Un producteur bio qui livre directement ses clients rappellera plus vite ses produits. © Kanar

Philippe Baret, professeur à la Faculté d’agronomie d’UCLouvain confirme que les risques sanitaires sont équivalents dans les deux filières. “Il n’y a pas plus ou moins de risques que des microtoxines soient présentes dans des aliments bio, par exemple, que d’avoir un souci lié à des résidus de pesticides. Les ­procédures d’aujourd’hui sont appliquées à la lettre tant par les grosses laiteries que les petites fermes. Et c’est tout à l’honneur de l’Afsca, qui a fait un énorme travail de conscientisation autour de procédures d’autocontrôle hyper-sévères.” Si des différences sanitaires sont à trouver entre les deux filières, on peut notamment penser à certains médicaments. “Par exemple, dans l’élevage classique, on utilise des antibiotiques pour accélérer la croissance des animaux. Mais cela contribue à l’émergence de résistances qui rendent d’autres antibiotiques inefficaces chez des personnes hospitalisées. Dans le bio, ces pratiques sont interdites.

Le court-circuit des circuits courts

Mais là où la production alimentaire bio se ­distingue, c’est dans sa chaîne de la terre, la ferme ou la mer jusqu’à l’assiette. Souvent, dans le bio, on parle de chaîne courte, basée sur la ­confiance entre le client et le producteur. “Si on prend l’exemple d’un producteur de beurre bio qui livre son beurre directement aux clients et qui a un problème de sécurité alimentaire, il n’a plus qu’à refaire sa tournée et récupérer ses mottes. C’est comme ça pour tout ce qui est circuits courts et vente directe”, illustre le professeur de l’UCLouvain.

Dans les chaînes longues, celles de l’agroalimentaire, de Buitoni et Kinder notamment, la philosophie est tout autre. Les systèmes de contrôle sont très poussés, dupliqués, le personnel est drillé. Mais en cas de crise, il faut alors enclencher de nom­breuses démarches pour retrouver les produits contaminés. Dès lors, la question n’est pas vraiment de savoir si l’aliment, le produit, bio ou non, est plus à risque, mais bien de savoir comment sont gérés les problèmes lorsqu’ils surgissent. “Les ­contrôles sont les mêmes pour les deux chaînes. Mais si on détecte une bactérie dans le beurre, on risque d’infecter 100 personnes dans une région géogra­phique proche. Mais chez Ferrero, ce sont des milliers de consommateurs qui risquent de tomber malades.”

C’est bien, c’est bio

Ne faudrait-il pas alors être plus strict avec les plus gros producteurs? Philippe Baret donne l’exemple des moyens de transport. “L’autocar est contrôlé plus souvent et sévèrement que la voiture parce qu’il transporte 50 personnes et non 4. Le contrôle est ­proportionnel aux conséquences.” À noter également qu’en cas de souci de sécurité alimentaire, la perte de confiance entre un petit producteur et ses ­clients pourrait être bien plus dramatique que pour de grosses entreprises, comme Ferrero, qui s’en remettra très probablement. Mais il s’agit là d’exemples légèrement caricaturaux. Surtout qu’aujourd’hui, les chaînes de hard discount comme Aldi ou Lidl s’intéressent aussi aux filières plus naturelles, ce qui demande une vigilance des autorités sur un potentiel allongement des chaînes et une augmentation des volumes dans le bio.

Mais il faut remettre les choses à plat. Si faire le choix du bio ne diminue pas ou n’augmente pas les ­risques pour le consommateur, cette décision a tout de même un impact sur la santé de la société. “L’avantage du bio est la non-utilisation d’une série de produits, qui a donc un effet bénéfique à long terme sur la santé de tout le monde, souligne Nicolas Korsak Koulagenko. C’est là qu’est la vraie plus-value: le mode de production est plus respectueux.” “Ce sont toujours des résidus de pesticides en moins dans l’air, moins d’engrais chimiques dans l’eau et un environnement plus sain pour l’ensemble des citoyens”, résume Philippe Baret.

Retrouvez dans notre dossier de la semaine Manger sans danger?

Sur le même sujet
Plus d'actualité