On a testé la voiture électrique: la prise de tête

Vu les prix à la pompe, on a voulu tester un véhicule sans essence. Une expérience très satisfaisante. Sauf qu’on a d’abord failli ne jamais quitter le parking du site Internet…

voiture électrique
Plusieurs loueurs proposent des véhicules électriques. Mais bonne chance pour les réserver… © BelgaImage

La pente est raide. Entre mars 2020 et mars 2022, le Super 95 est passé de 1,15 à 1,95 €, une augmentation de 70 %. La décision du gouvernement Vivaldi d’accorder une remise d’accises de 0,175 € par litre d’essence ou de diesel soulagera dans un premier temps. Mais la tendance est claire. Aussi, beaucoup d’entre nous s’interrogent, outre l’aspect environnemental, à propos de la pertinence financière de rouler en automobile. Et parce que certains ne peuvent absolument pas se passer de voiture. ­Garder une voiture avec un carburant de plus en plus cher et l’interdiction du moteur thermique à l’horizon mènent à une évidence: envisager l’achat d’un véhicule électrique.

Un changement d’habitude qui fait peur. Comment recharger, où, à quelle fréquence, pour quel prix? Une inquiétude sur l’autonomie réelle: quelle conséquence lorsqu’on branche le chauffage, lorsqu’on est chargé, lorsqu’on est coincé dans un embouteillage, lorsqu’il fait très froid? Toutes ces inconnues couplées à un prix d’achat important – les premiers prix tournent autour des 25.000 € – font hésiter. Comment répondre à toutes ces interrogations? Bien sûr, on peut toujours contacter une concession pour un essai. Mais une ou deux heures pour tester un véhicule très différent de sa bonne vieille thermique, est-ce suffisant? Ce nouveau jouet électrique a de sacrés atouts. Ses reprises, sa vitesse, son silence pourraient même déclencher un acte d’achat impulsif. Mais il faudrait plus de temps, à tête reposée, pour estimer au plus juste la réalité d’une utilisation quotidienne. Quelques jours, quelques centaines de kilomètres. En tant que journaliste, on pourrait contacter un constructeur pour se voir prêter un véhicule. Mais cela nous mettrait dans une situation d’obligé. Et puis la voiture prêtée n’est sans doute pas celle du fond du garage. Alors comment réaliser un essai de plusieurs jours d’une voiture électrique “standard”? La louer, bien sûr.

Hybrides et robots

La première possibilité de location proposée par le moteur de recherche est celle du loueur belge de voitures Dockx. C’est, d’évidence, une entreprise haut de gamme. Le véhicule proposé en location est une BMW i8. D’une valeur de 150.000 euros. Impossible de la louer online: il faut appeler. On téléphone pour savoir où et quand on pourrait louer l’engin: impossible de le savoir. L’entreprise de location nous recontactera. On laisse nos coordonnées. On se rend compte que bien que cette BMW soit renseignée comme utilisant du carburant “électrique”, il s’agit en réalité d’une hybride. Le loueur nous retéléphonera, très aimable. “Il est indiqué “électrique”, mais, effectivement, c’est une hybride.” On a perdu notre temps. Deuxième ­possibilité avec Sixt. Via le site Internet, trois véhicules clairement estampillés 100 % électriques: une Mini, une BMW iX, une BMW i3. Toutes les trois sont “indisponibles” partout en Belgique. Également en avril. En mai. En juin. Le site nous propose, à la place, des alternatives essence. On appelle un numéro payant qui nous donne accès à un bot incapable, bien entendu, de répondre à nos demandes de disponibilité. Le bot ne nous propose pas de parler à un opérateur humain. On essaie via une autre agence du groupe. Même numéro. La location d’une voiture électrique ­ressemble chez cet opérateur à une voie de garage. Pourquoi proposer à la location des véhicules électriques s’ils sont indisponibles?

Green car-washing

Chez Avis, pour la même requête, trois Renault Zoé vous accueilleront avec cette invitation: “Louez une voiture électrique en Belgique pour un meilleur respect de l’environnement”. Une Zoé: cinq places, cinq portes, 108 chevaux, 390 kilomètres d’autonomie annoncés. De quoi, en théorie, parcourir la plus grande distance ­possible en Belgique: 290 km de La Panne à Arlon. On essaie. Pour le mois de mars, le site Avis nous propose toute une gamme de voitures thermiques. Aucune Zoé à l’horizon. Même panorama pour avril et pour mai. La Panne-Arlon semble s’éloigner. On commence un marathon téléphonique qui passera par le central général et les agences. Un opérateur nous apprendra qu’en effet aucune voiture électrique n’est disponible. Ni pour les semaines, ni pour les mois à venir. Et puis, on a cette question. “Pas disponible en mars, en avril, en mai… Est-ce qu’il faut comprendre qu’elles ne sont pas disponibles ou qu’il n’y en a pas?” L’opérateur a été désarmant de franchise. “Parce qu’il n’y en a pas”.

voiture électrique

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Une expérience presque similaire nous attendra chez Europcar qui propose à sa clientèle potentielle, grâce à ses véhicules, de réduire son “empreinte carbone sans contraintes”. Sauf que la disponibilité de la Renault Zoé proposée n’est pas garantie. Ni en mars. Ni en avril. Ni en mai. On téléphone. On passe un bon quart d’heure d’une agence à une autre pour, finalement, aboutir à un numéro qui ne répond pas. Pour tester une “simple” voiture électrique, on a essayé quatre enseignes, en faisant preuve d’une patience et d’une détermination que n’aura jamais un ­particulier… Une expression nous vient en tête, pour décrire l’écart entre le discours publicitaire de ces loueurs et la réalité: “green car-washing”. Enfin, un opérateur nous répond. Pour nous dire d’abord qu’il n’y en a aucune de disponible “avant la semaine prochaine”. Enfin, dans un dernier essai, après avoir laissé sonner une tonalité dans le vide durant 5 minutes par trois fois, une opératrice nous répond: “J’en ai une”.

Une soucoupe volante à la gare

“Non, pas 395 km, plutôt 300. Elle est chargée à bloc”. La jeune femme au comptoir d’Europcar de la gare du Midi connaît visiblement les produits qu’elle loue. “C’est très agréable, ce silence. Et lorsque vous êtes en ville, n’oubliez pas le mode “Éco”. Par contre, sur autoroute, enlevez-le: c’est insupportable.” On remercie. On prend l’option “kilométrage illimité”: c’est seulement 10 euros. La Zoé en question est un nouveau modèle, la “50”. Ce n’est pas en fait une “petite voiture”. Le coffre est suffisant pour embarquer les bagages d’une famille de trois personnes. On entre. On met le contact. Autonomie: 90 %, 290 km. On tâtonne un peu pour faire démarrer la voiture. C’est parti dans un bruit de soucoupe volante. Entre 1 et 30 km/h, ses 56 décibels permettent aux piétons d’être avertis de votre arrivée.

On monte sur le ring direction Le Coq-sur-Mer. Les 135 chevaux de la voiture permettent de s’insérer prestement dans le trafic, bande de gauche. La voiture est lourde, silencieuse, mais le couple toujours présent donne l’impression de se retrouver au volant d’une voiture thermique 6 cylindres de type Mercedes 280 SLC. On conduira “normalement”, en mode “non Éco”, à la limite de la légalité. À Erpe-Mere, après 37 km, la batterie affiche 78 % d’autonomie. À la première pompe à essence, 9 km plus loin, on est à 75 %. À la 2e pompe, 16 km après, à 70 %. On ressent une curieuse impression de ­consommer bien trop. Que la panne sèche est imminente. C’est tout à fait irrationnel. Arrivé dans la station balnéaire, l’autonomie affiche 172 km et 52 %, nous venons de parcourir 117 km. 290 km – 117 km = 173 km. La prédiction d’autonomie de départ est presque ­parfaitement exacte. On relève qu’il fait beau: soleil et 20°C. Des conditions idéales pour la batterie.

voiture électrique Renault Zoe

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Mieux que les promesses

Je voulais que mon lapin soit libre, tu comprends? Alors, je l’ai laissé courir partout dans la maison…” Deux femmes discutent en terrasse. Mais de quoi? Le temps d’avaler une salade, nous voilà de retour dans la voiture. Là, surprise: l’autonomie affiche 53 % et 175 km. Elle a récupéré 1 %. On repart en optant pour un parcours en mode “Éco” pour le trajet retour. On pense à l’employée du comptoir. La voiture ne dépasse pas le 108 km/h. Mais voilà, arrivé à destination, après 10 minutes d’arrêt sur l’autoroute pour cause d’accident, l’autonomie affiche encore 73 km et 19 % après 118 km. On a gagné 16 km par rapport à la prédiction. Un trajet de pure ville d’une demi-heure et de 10 km nous mènera à 68 km et nous fera perdre 2 %. La voiture tient ses promesses et bien au-delà. Et elle consomme très peu en ville. Au total, nous avons fait 245 km. Nous avons consommé 38 kWh. Soit 15,5 kWh aux 100 km. Au prix actuel maximal du réseau “Charge.Brussels”, soit 0,50 euro/kWh, les 100 km reviennent à 7,75 €. Avec notre voiture thermique qui consomme 6,5 litres de 95 aux 100 km, au prix actuel, on aurait payé 11,60 euros. Cette Zoé peut s’acheter 30.000 euros ou se négocier à 199 € par mois soit un prix sensiblement comparable à un “achat thermique”. Les pompes à essence seront-elles bientôt plus rares que les lapins en liberté?

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