Les prix des billets d’avion augmentent: la fin du low-cost ?

Entre la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, le secteur aéronautique se noie. Et cela se répercute sur les prix des billets d'avion. La fin d'une époque où on voyageait vite et pas cher?

Rayanair au sol
Ryanair à terre? – Belga

C’était une révolution. A la fin des années 90, Ryanair débarquait et cassait les prix. Fini de passer des heures en voiture ou dans le train, on pouvait traverser l’Europe en deux heures pour moins de 40 euros. Bien sûr, il y avait des contreparties : confort zéro, aéroports secondaires, horaires décalés. Mais pour toute une génération, le vol low-cost est devenu le moyen de transport numéro 1. Rapide, facile et pas cher. Aujourd’hui, on assiste à une augmentation sensible des billets d’avion. La fin d’une époque ?

Pourquoi les prix des billets d’avion augmentent-ils ?

Plusieurs raisons à cela. Ces quelques dernières années, c’est peu dire que le secteur aéronautique a morflé. Et ce n’est sans doute pas terminé.

  1. La crise sanitaire. Les deux années Covid ont été deux années cauchemardesques pour le secteur. Le manque à gagner est abyssal, la chute est vertigineuse. Les compagnies aériennes ont dû pomper dans leurs réserves et compter sur l’aide de l’Etat. Ainsi, pour prendre un exemple, la Lufthansa (dont Brussels Airlines est une filiale) a perdu 6,7 milliards d’euros en 2020 et 2,2 milliards en 2021. A un moment, il va falloir boucher les trous d’une manière ou d’une autre.

  1. La guerre en Ukraine. Une crise en chasse une autre. A peine sortie de la pandémie que l’invasion de l’Ukraine par la Russie fait flamber le prix de l’énergie. Or, le coût du kérosène compte pour 25 à 35% d’un vol moyen-courrier et jusqu’à 45% d’un vol long-courrier. L’explosion du prix de l’énergie se répercute (ou se répercutera tôt ou tard) sur le prix du billet d’avion.

  2. La confiance des voyageurs. Si les réservations ont repris à bonne allure depuis le début d’année, pas sûr que celles-ci vont perdurer. Principalement en ce qui concerne le long-courrier. Le pouvoir d’achat des voyageurs étant fortement touché par l’inflation, ceux-ci se concentrent sur des vacances pas trop loin, au sein de l’Europe. Résultat, ce sont les mêmes destinations qui sont prisées. Et là, la loi de l’offre et de la demande bat son plein. Plus il y a de demande, plus les prix augmentent. Pour Brussels Airlines, c’est aujourd’hui le facteur le plus déterminant sur l’évolution du prix du billet.

  3. La nouvelle " taxe avion ". Par souci environnemental, le gouvernement De Croo s’est mis d’accord sur une nouvelle taxe touchant les billets d’avion. Cette nouvelle taxe est entrée en vigueur le 1er avril. Elle concerne particulièrement les petits et moyens trajets. 10 euros sur un vol de moins de 500 km, 4 euros pour les autres vols qui touchent l’Europe et 2 euros pour les vols long-courrier. Une mesure plus symbolique que réellement contraignante, mais ce sont quelques euros qui s’ajoutent au prix final du billet.

  4. Le contexte géopolitique, économique et sanitaire. Enfin, le contexte actuel n’est pas particulièrement favorable à des vacances au bout du monde, " vacances, j’oublie tout ". L’inflation, la guerre en Ukraine qui, par ricochet, oblige les compagnies aériennes à ne plus survoler la Russie (pour les voyages en Asie, comptez X heures en plus…) et encore le spectre d’une reprise de la pandémie comme on le voit à Shangaï. Tout cela fait qu’on y regarde à deux fois avant de se projeter sur une plage de sable à l’autre bout du monde.

Votre voyage réservé peut-il coûter plus cher ?

Question à 1.000 points. Si vous avez déjà réservé, acheté et payé un billet d’avion, celui-ci peut-il pour tout de même augmenter en fonction des variations du prix de l’énergie ? En ce qui concerne le billet en lui-même, non. Les compagnies ne peuvent revenir sur ce qui a été fait. Par contre, si vous partez avec un tour opérateur, celui-ci peut revoir le prix du voyage à la hausse. Ca dépendra de lui.

Est-ce la fin du low-cost ?

L’autre question qui se pose à moyen-long-terme est : est-ce le début de la fin pour les vols low-cost. Difficile de répondre à l’heure actuelle, même si les observateurs envisagent déjà une augmentation de 8% du prix des billets.

Dans l’immédiat, c’est la loi de l’offre et de la demande qui joue à plein. Mais, la Lufthansa a annoncé qu’elle ne pourrait faire autrement que d’augmenter le prix des billets d’avion. Sa filiale Brussels Airlines, ne s’est pas encore mouillé sur la question. Cela dépendra probablement de la saison qui vient.

Quant à Ryanair, le roi du low-cost, il a vu le coup (coût) venir en achetant 80% du kérosène dont il aura besoin cette année à l’avance, à un prix de 60 dollars le baril (contre 100 aujourd’hui). Pour 2022, le low-cost devrait donc tenir.

Mais pour les années à venir ? Cela dépendra de l’évolution du prix de l’énergie, mais aussi (surtout) de nos choix à tous. Que va-t-on favoriser pour partir en vacances ? L’avion, le train ou la voiture ? Partir plus loin et arriver plus vite ou découvrir des coins plus proches, mais aussi moins prisés ? Prendre en compte l’environnement ou s’enfermer dans un cigare volant ? C’est aussi notre vision du tourisme qui est en train d’évoluer. Ce qui est certain, c’est que la traversée de l’Europe en avion pour moins de 40 euros est une option qui risque bien de disparaître.

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