Après 40 jours de conflit en Ukraine, quel impact sur notre sécurité alimentaire?

Après deux ans de pandémie, l'industrie alimentaire mondiale est durement touchée, depuis plus de 40 jours, par le conflit en Ukraine. L'impact de ce dernier sur les prix (des matières premières, de l'énergie) a rapidement été soulevé. Au point de menacer notre sécurité alimentaire alors que la guerre se poursuit?

Après 40 jours de conflit en Ukraine, quel impact sur notre sécurité alimentaire?
© Belga Image

Après plus de 40  jours de conflit, Vladimir Poutine a proposé ce mardi, de " surveiller " les livraisons alimentaires vers les pays " hostiles " au Kremlin. Et ce, alors que de nombreux pays, dont la Belgique, sont déjà touchés de plein fouet par les conséquences du conflit sur le secteur alimentaire. 

Le menace plane depuis le début du conflit: celle d’une crise alimentaire mondiale. Le 24 mars dernier, Emmanuel Macron disait craindre une crise alimentaire " sans précédent ". Appelant la Russie à faire un pas pour éviter la famine. Et pour cause, faut-il encore le rappeler, la Russie et l’Ukraine représentent à eux seuls près de 30% des exportations mondiales de blé, 20% des exportations de maïs et 75% des exportations d’huile de tournesol selon le directeur du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

En Belgique? 

Qu’en est-il alors en Belgique? Si l’impact du conflit sur les prix ne fait plus de doute, peut-on craindre de véritables pénuries menaçant notre sécurité alimentaire?  Une première réunion de la Taskforce "Ukraine" a eu lieu mardi dernier. Les autorités martelaient encore alors qu’il n’y avait " pas de pénurie de produits alimentaires " actuellement. Si l’on constatait des rayons vides dans certains supermarchés, cela tenait surtout, selon Comeos, aux comportements d’achats de certains consommateurs, se ruant sur les produits. " Les réassortisseurs de rayons ne peuvent pas toujours suivre la cadence. (…) C’est donc avant tout un problème de logistique ", expliquait Dominic Michel, CEO de la fédération du Commerce. Une position réitérée par la Fédération ce mercredi.

Après 42 jours de conflit, la pression se fait malgré tout ressentir sur les entreprises alimentaires belges. Selon une enquête de la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge, quatre entreprises sur 10 ont indiqué qu’elles pourraient temporairement réduire ou suspendre leur production dans les semaines à venir. Leur rentabilité est aujourd’hui tombée à un niveau historiquement bas (2,8%).

Et pour cause, le prix des matières premières avait déjà augmenté avec la pandémie (+ 43% en un an et demi selon l’ONU). Plus encore depuis le début du conflit en Ukraine. Selon la Fevia, le prix du blé a ainsi augmenté de plus de 50% depuis le début de la guerre. " Malheureusement, nous constatons toujours que les grandes chaînes de supermarchés ne sont guère ouvertes à la discussion sur les augmentations de prix, qui sont pourtant inévitables " déplore son directeur Bart Buysse. " La moitié des entreprises alimentaires belges sont confrontées à une rupture d’approvisionnement et 70 % d’entre elles ont déjà dû adapter la composition des produits ou devront le faire prochainement ", explique la Fevia à l’agence de presse Belga. " Par ailleurs, la moitié des entreprises alimentaires ont vu leur facture d’électricité au moins doubler en un an et 37 % ont même vu leur facture de gaz tripler ".

Pour autant, la Fevia ne veut pas engendrer de panique au sein de la population. " Notre volonté c’est clairement de garantir l’approvisionnement. On ne veut pas dire que les magasins seront vides demain, loin de là ", nous explique Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia. " Par contre, il est possible que certains produits viennent à manquer. Mais on essaye de ne pas en arriver là. Et c’est quelque chose qu’on doit faire ensemble ". La Fédération lance ainsi un appel aux autorités pour davantage de souplesse en matière d’étiquetage, " afin d’utiliser rapidement des matières premières et des ingrédients de subsitution pour compenser les pénuries ".  Mais aussi, comme le rapporte Belga, " au niveau des coûts salariaux et énergétiques ".

Certains produits, sans être des biens de première nécessité, risquent de disparaître dans nos magasins. A titre d’exemple, selon nos confrères du Nieuwsblad, il est possible qu’il n’y ait bientôt plus de Cent Wafers chez nous. Si le produit est, rappelle le quotidien flamand, typiquement belge, l’entreprise a délocalisé l’année dernière sa production en Ukraine. Plus précisément dans une usine située à Trostyanets, dans le nord-est de l’Ukraine. Usine qui a été " fortement endommagée " au début de la guerre et est fermée depuis le 24 février. Impossible pour autant de prévoir quand exactement l’entreprise, Mondelez International, ne sera plus en mesure de produire les fameux biscuits. 

En Belgique, la sécurité alimentaire ne semble, à l’heure actuelle donc, pas être menacée. Les conséquences de la guerre impacteraient surtout les publics les plus précaires à en croire Mayi Mukuna, référence aide alimentaire Croix Rouge, interrogée ce mardi par nos confrères de LN24. " Pour les ménages à faible revenus, le problème c’est vraiment de parfois devoir faire le choix entre s’alimenter, se chauffer ou se soigner par exemple ", explique-t-elle. " Et c’est là où l’aide alimentaire vient essayer de pallier à ce manque de budget, via des distributions de colis ou des épiceries sociales ".

Inquiétudes à l’international

Les inquiétudes, déjà portées depuis le début du conflit, se situent principalement à l’échelle internationale. A la mi-mars dernier, le directeur du Programme alimentaire David Beasly, disait craindre, à nos confrères de la BBC, que le conflit et la hausse des prix corrélée pourraient avoir un impact " catastrophique " pour les nations les plus pauvres.

Ce mardi 5 avril, le Comité international de la Croix a encore alerté sur la crise alimentaire majeure qui touche actuellement l’Afrique, mais qui passe " inaperçue ". " Des millions de familles ont faim et des enfants meurent en raison de la malnutrition ", a déclaré le directeur monde des opérations du CICR, Dominik Stillhart, lors d’une conférence de presse dans la capitale kényane Nairobi. Il estime ainsi que l’attention portée au " terrible " sort des Ukrainiens, " ne devrait pas empêcher le monde de voir d’autres crises ". Il y a quelques jours, l’ONU accusait pour sa part la Russie d’avoir provoqué une " crise alimentaire mondiale ", augmentant même " le risque de famine à travers le monde ". Selon l’Organisation des Nations Unies, les plus grandes crises humanitaires, en Afghanistan, au Yémen ou dans la Corne de l’Afrique, risquent ainsi d’empirer. " Ces pays luttent déjà contre l’insécurité alimentaire, la fragilité de leurs économies, l’augmentation des prix de l’alimentation, des carburants, des engrais qui vont affecter durement les saisons actuelle et à venir ", a prévenu l’adjointe du secrétaire générale de l’ONU pour les Affaires humanitaires, la Tanzanienne Joyce Msuya. Au point de redouter, comme le rapporte l’AFP, des émeutes de la faim, provoquées par les pénuries de céréales, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

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