Vivre avec moins: comment s’adapter face à l’inflation

De nombreux Belges n’ont d’autre choix que de s’adapter à la chute de leur pouvoir d’achat. Cela passe par des petites économies domestiques, la baisse des dépenses de loisirs, mais aussi un changement dans leur stratégie d’épargne.

réduire le chauffage pour réduire sa facture
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La nouvelle n’est jamais bonne, mais il faut savoir se montrer pragmatique. “On n’en est plus au stade de craindre une importante inflation. Cette fois, elle est bien là et elle s’accélérait en février”, commence le ­professeur à la Sorbonne Roland Gillet, spécialiste en économie financière. Plutôt que d’espérer une déflation prochaine, c’est-à-dire une baisse du coût de la vie qui de toute façon n’arrivera pas, mieux vaudrait se préparer à vivre dans un monde où biens et services – du pain au plein d’essence – coûtent plus cher. Avec Roland Gillet et Charlotte de Montpellier, économiste pour ING et spécialiste du comportement des ménages, on vous explique comment vous adapter.

1. Améliorer son efficacité énergétique

Premièrement, l’énergie. On n’insiste pas sur les conseils bateau (baissez le thermostat et évitez le sèche-linge). Concernant l’éventuel tarif social élargi, vous n’avez rien à faire car il est appliqué automatiquement si vous y avez droit. Par contre, il est bon de savoir que les régions octroient ­diverses primes énergie (avantages fiscaux, primes rénovation ou isolation, remboursements d’audit, etc.). De trop nombreux Belges n’en profitent pas, notamment parce que les obtenir n’est pas si simple. Souvent, ça vaut la peine d’entrer dans ce labyrinthe bureaucratique, car les économies peuvent s’élever à plusieurs milliers d’euros et, à long terme, réduire drastiquement vos fac­tures d’énergie grâce à un logement mieux isolé. Les informations sont disponibles sur energie.wallonie.be et renolution.brussels. Certaines communes et provinces octroient aussi des aides… Certes, une amélioration de l’efficacité énergé­tique demande des investissements. Mais, rappelle Roland Gillet, il faudra vraisemblablement de toute façon y passer en raison des enjeux environnementaux. Alors pourquoi pas maintenant?

2. Limiter les dépenses de loisirs

Deuxièmement, beaucoup d’entre nous devront choisir leurs dépenses. Divers experts et médias vous donnent depuis plusieurs jours dans les journaux télévisés ou la presse en ligne leurs meilleurs conseils. Les consommateurs devraient davantage comparer les concurrents, faire des listes de ­courses et s’y tenir, opter pour les promotions en supermarché et les produits locaux car leurs prix ne dépendent pas des marchés extérieurs, acheter en seconde main, cuisiner eux-mêmes, etc. Il y a en outre ceux qui conseillent aux salariés de négocier une petite augmentation et aux entreprises de revaloriser leurs prestations… “Le gouvernement amortit une partie de l’inflation notamment via le chèque énergie. Il n’empêche que l’appauvrissement de la société belge doit être assumé par les entreprises et les ménages. Concrètement, cela signifie surtout une baisse des dépenses de loisirs”, explique ­Charlotte de Montpellier.

Sur ce point, on a un peu de bol. “Pendant la ­pandémie, les Belges ont avancé l’achat de biens durables (en économie, un bien “durable” est un bien qui dure dans le temps comme un aspirateur ou un ordinateur, sans lien avec son impact environnemental – NDLR). Ces achats ne sont donc plus à faire.” Roland Gillet constate que les Belges sont déjà moins dépensiers. “Lorsqu’il y a de l’incertitude liée à un conflit, les gens ont tendance à être prudents. L’ardeur de consommation attendue avec l’épargne accumulée durant la pandémie sera sans doute un peu moindre qu’espéré. Il est évident que si les gens paient plus leur mazout pour se chauffer, ils iront moins au restaurant. C’est dommage, car les dépenses en énergie vont dans des pays non européens pour la plupart. C’est donc une partie qu’ils ne dépenseront pas dans l’économie belge.

épargner de l'argent

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3. Réviser sa stratégie d’épargne et d’investissement

Troisièmement, on peut prendre le problème dans tous les sens, qui dit hausse des prix dit baisse du pouvoir d’achat et des capacités d’épargne. “S’il n’y avait pas eu la pandémie, on aurait vu une baisse de la consommation en raison de la guerre en Ukraine et la constitution d’une épargne de précaution. La particularité actuelle est que pendant la pandémie les ménages ont beaucoup épargné. D’où un surplus. La question est de savoir si les gens vont puiser dans leur épargne accumulée pour consommer normalement ou non. Ce choix dépend de la confiance, pose l’économiste d’ING. Nous, on pense que les gens vont avoir des projets plus ambitieux, de vacances notamment, que durant les années de pandémie, mais que ces projets resteront modérés en raison des incertitudes.

Et si on épargne encore, que faire de son argent? Les vrais perdants sont les ménages adeptes des livrets. Prenons un exemple simple: un Belge qui a 50.000 euros sur un compte à un taux d’intérêt de 0 %, ce qui est la norme aujourd’hui. Une inflation de 5 % aura pour conséquence que son épargne perd 2.500 euros de valeur réelle en un an. C’est bien plus que l’augmentation des prix de l’énergie de plusieurs centaines d’euros sur l’année. Même constat pour les assurances vie. Leurs rendements autour de 2 % ne permettent pas actuellement de suivre une inflation grimpant jusqu’à 8 %…

Il reste alors possible d’investir son argent. “De nombreux Belges, surtout les jeunes, se sont lancés dans les investissements durant la pandémie. En raison notamment de la guerre en Ukraine et de l’inflation, les marchés se portent relativement mal. Ces nouveaux investisseurs vivent donc actuellement leurs premières pertes. Est-ce que ça va leur faire peur et créer une génération réfractaire aux investissements? Vont-ils au contraire garder le cap? Il est trop tôt pour le dire, mais cela aura des conséquences sur l’économie globale.”

Pour ceux qui veulent investir, vers quels types de ­produits se diriger? Il faut notamment rappeler que les obligations indexées ne protègent pas contre l’inflation. Ce type de produit ne rapporte des intérêts que lorsque ces obligations dépassent le niveau de l’inflation. Les actions seraient un meilleur pari, pourtant toujours risquées, car les entreprises augmentent généralement leurs prix, leurs chiffres d’affaires et, au passage, leurs bénéfices. Sinon, l’immobilier reste un placement refuge, comme l’or

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