À quoi ressemblera le supermarché du futur?

Le secteur connaît depuis des années un perpétuel bouleversement rythmé par différentes crises. Mais le contour du futur de nos grandes surfaces semble enfin se dessiner plus clairement.

supermarché
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Ouverture de l’espace Schengen, arrivée de nouveaux concurrents, scan ­numérique, rachats et concentration, crise sanitaire… Quelques bouleversements ont touché la grande distribution ces vingt-cinq dernières années. Mais l’avènement de l’e-commerce est le plus important d’entre tous. Remettre en question son implantation dans notre tissu économique, comme a fait mine de le vouloir le président du PS Paul Magnette récemment, ­semble bien inutile en regard des réalités et des ­tendances belges comme internationales. Fin du 2e trimestre 2021, la part du commerce à ­distance par rapport au chiffre d’affaires de l’ensemble du commerce de détail était de 7,2 % en Belgique. Une enquête nationale auprès des consommateurs et des commerçants réalisée récemment par Buy Way et Mastercard montre chez nous une tendance à la hausse de cette proportion et son installation dans nos habitudes d’achat.

Ces nouvelles habitudes ont de plus été consolidées durant la crise sanitaire. L’enquête Buy Way et ­Mastercard a en effet constaté que durant cette période, 83 % de la population belge a utilisé le click & collect ou la livraison à domicile. Il paraît évident que le futur de la consommation belge, et donc de la grande distribution, passe par ces deux grandes nouveautés – imposées par les ­circonstances – dans les comportements d’achat. Et il semble ­pertinent pour deviner une partie de notre futur proche de nous pencher vers nos voisins français pour observer ce qui s’y passe en la matière. C’est que, dans ce secteur, les Français sont assez performants: sept entreprises françaises se ­retrouvent dans le classement des 50 premières enseignes de la grande distribution mondiale. Et parce que la France affiche par rapport à la Belgique une activité e-commerce presque deux fois plus importante. Soit 13,4 % du commerce de détail.

Ici et maintenant

Cette pression presque double y a des effets mani­festes. Ainsi, lorsqu’on y est à la recherche d’une grande surface, on ne peut qu’être interpellé par les résultats proposés par un moteur de recherche. La première solution proposée par Internet sera le “drive”. C’est-à-dire la partie d’une grande surface réservée au “click & collect”. De même que le drive est dorénavant, bien souvent, la partie la plus visible proposée aux consommateurs qui viennent s’approvisionner dans une grande surface française. Le parking pour garer sa voiture et s’emparer d’un caddie qui servira “à l’ancienne” à se servir dans les rayons se situera derrière le drive. Ce “click and drive” et cette habitude de commander ici et de recevoir “là-bas” devraient chez nous prendre de l’ampleur.

Le deuxième grand horizon belge de la grande distribution découle d’un autre grand changement ­comportemental acquis durant la crise sanitaire: la livraison à domicile. Ses effets à long terme se voient déjà, structurellement, à Anvers. Les magasins de l’enseigne Jumbo – d’origine néerlandaise et spécialisée dans l’alimentation – ont signé un partenariat avec la société Gorillas. Cette start-up d’origine ­berlinoise a un positionnement qui a rapidement fait mouche auprès des investisseurs. Après ­seulement douze mois d’existence, cette société est devenue une “licorne” valorisée à plus d’un milliard de dollars. Son core business? Une promesse: être capable de livrer à la demande en seulement 10 minutes les courses commandées par un utilisateur. Ce partenariat anversois est le poisson-pilote de ce qui va advenir prochainement dans le secteur. ­Commander ici, recevoir “maintenant”.

gorillas livraison

À Anvers, les magasins Jumbo promettent de livrer vos courses 10 minutes à peine après la commande. © BelgaImage

Rayons de la mort

D’après la revue spécialisée Gondola, l’un des trois grands (Colruyt, Carrefour ou Delhaize) procédera à l’acquisition d’un acteur de livraison rapide en 2022. Il faudrait donc s’attendre à assister à une accélération de cette tendance auprès des grands retailers en 2022, sous forme de coopérations, de partenariats ou de participations à des sociétés de livraison rapide. À côté de ces deux grandes ­tendances – “là-bas” et “maintenant” -, d’autres orientations devraient s’affirmer. Il est probable que le parking des grandes surfaces devienne une vaste station-service électrique. Et que l’on y implante des superchargeurs capables de recharger les batteries en une demi-heure. Une logique s’imposera: attendre 30 minutes au sein d’une ­station-service ou utiliser ce temps pour faire ses courses au supermarché?

Un autre axe pourrait être l’ouverture 24 h/24 sans personnel. Colruyt y croit beaucoup et a ouvert un magasin situé à Gand. Environ 650 produits sont disponibles, dont des produits frais tels que des fruits, de la viande, du poisson et du pain, mais aussi des plats préparés, du papier toilette ou encore du dentifrice. Concrètement, le client accède au magasin en scannant le code QR de son application smartphone. La technologie présente dans les rayons détecte automatiquement ce que le client en retire comme produits. Les articles sont ensuite ajoutés à son panier virtuel. Enfin, le client scanne à nouveau son code QR à la “caisse” pour payer le montant final avant de sortir. Pas très ­chaleureux, mais pourquoi pas en solution de ­remplacement?

Le retour à la brique

Enfin, il est probable qu’une évolution paradoxale constatée ces dernières années arrive chez nous. Amazon a ouvert il y a quelques années à Los ­Angeles des magasins physiques. La société vient, par ailleurs, d’y ouvrir un nouveau type de commerce: un fashion store. On pourra, entre autres, faire défiler des modèles de vêtements sur son téléphone et se les faire remettre par un employé pour un essayage et éventuellement un achat. Par ailleurs, ce qui se passe en Grande-Bretagne risque de s’implanter chez nous. Amazon y est en effet devenu un acteur à part entière dans la grande distribution. Son chiffre d’affaires total en produits alimentaires et d’épicerie a franchi la barre du milliard de livres. L’e-commerce non seulement s’affirmera mais se transformera en “vrai magasin”…

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