"On va devoir s’habituer à ce que l’énergie soit de plus en plus chère"

Face à la hausse des prix du gaz, de l’électricité et du pétrole, l'économiste Bruno Colmant invite l'Etat à aider les Belges en baissant la TVA.

diminuer le chauffage pour diminuer la facture d'énergie
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Le prix du carburant a augmenté de 27% en un an, le mazout de près de 50% et le prix du gaz a été multiplié par trois. Comment arrêter cette folle augmentation? Au micro de Maxime Binet dans l’émission " Il faut qu’on parle ", l’économiste Bruno Colmant est revenu sur cette hausse " très importante " des prix de l’énergie, qui s’est amorcée en juin 2021. " On va devoir s’habituer à une énergie qui est de plus en plus chère. Après le gaz et l’électricité, c’est la demande de pétrole qui est en forte augmentation et qui va augmenter de 15% pour les deux prochaines années. La demande va excéder l’offre, notamment en raison de la reprise économique après la crise du Covid, d’une ressource de plus en plus rare et de tensions géopolitiques qui augmentent les prix ", explique-t-il.

Le problème de la dépendance au gaz russe

Ce sont également des tensions géopolitiques qui ont eu un impact considérable sur le prix du gaz, avec une situation très complexe aux abords de l’Ukraine avec la Russie. " Les Américains sont en train de négocier avec le Qatar l’approvisionnement en gaz de l’Europe car ils sont conscients que les tensions pourraient conduire les Russes à augmenter les prix. Ceux-ci ont un avantage concurrentiel sachant que c’est le prix du gaz qui détermine celui de l’électricité ", explique l’économiste.

L’Europe est très dépendante du gaz fourni par la Russie. Ils pourraient produire un tiers de gaz supplémentaire pour les Européens mais ils ne le font pas car il existe ces tensions avec l’OTAN, les Européens et les États-Unis aux abords de l’Ukraine. Si la situation se détériore encore, cela conduira-t-il à une nouvelle hausse des prix? " Le gaz va encore augmenter, c’est quasiment certain. Le problème, c’est que ce ne sont pas les Européens qui se chargent des discussions avec la Russie, mais bien les Américains. Et ce, alors que les Américains ne seront pas touchés frontalement, au contraire de l’Europe. "

Le gaz russe représente 6% du gaz utilisé en Belgique. Comment expliquer que notre pays soit aussi impacté par cette crise? Bruno Colmant rappelle que l’électricité ne se stocke pas et que, ce qui importe, c’est que la dernière unité d’électricité produite détermine le prix de gros. " Cette dernière unité d’électricité est toujours produite avec du gaz car on peut allumer ou fermer une centrale au gaz assez rapidement, contrairement à une centrale nucléaire. C’est ce qui explique qu’une augmentation du prix du gaz, même marginale, conduit à une hausse des prix de l’électricité. On ne vit pas de l’électricité qu’on produit dans son propre pays. On doit importer et exporter. C’est un immense marché très libéralisé – à la convenance de tout le monde – mais cela veut dire qu’on est tenus les uns, les autres. "

TVA, chèque, tarif social: que peut faire la Belgique?

Face à cette situation, la question qui se pose est de savoir ce que peut faire l’État belge pour stopper l’augmentation de cette facture du gaz. La Belgique planche sur plusieurs solutions: la TVA à 6 %, un chèque de 200 euros unique à la classe moyenne ou une prolongation du tarif social pour toute l’année.

Ce qu’il faut rappeler, c’est qu’en Belgique, les salaires sont indexés mais, malheureusement, les prix de l’électricité et du gaz n’interviennent que pour 5% dans l’indice santé. En des termes concrets, l’augmentation de la facture ne se reflète pas dans l’indexation. Les travailleurs ne vont donc pas voir leur pouvoir d’achat augmenter dans la même proportion que les prix de l’énergie. "

Pour Bruno Colmant, le tarif social devrait être étendu pour aider la classe moyenne inférieure. Il estime également qu’on pourrait baisser la TVA, même si cette idée " ne plaît pas à tout le monde ". Si elle baisse de 21 à 6%, cela va retarder l’index de quelques semaines, selon l’économiste. Dès lors, la Belgique a-t-elle les moyens d’aider les Belges face à cette montée des prix de l’énergie? Bruno Colmant répond en tout cas par l’affirmative. " Cela coûterait à peu près un milliard de réduire la TVA de 21 à 6% mais, en même temps, les recettes de TVA augmentent puisque la TVA est proportionnelle au prix de vente. "

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