Prix de l’énergie: une situation de plus en plus préoccupante

La hausse des tarifs énergétiques a un impact ­dramatique sur les ménages belges. Les dossiers de report de paiement se multiplient et rien n’annonce des jours meilleurs.

une dame fait attention à sa consommation d'énergie
© BelgaImage

L’augmentation des prix de l’énergie faisait peur, elle fait aujourd’hui très mal. Vendredi dernier, L’Écho posait un chiffre sur cette réalité: près d’un million de reports de paiement en gaz et électricité depuis le début de la pandémie. En clair, 922.000 ménages ont demandé à leur fournisseur d’étaler ou de retarder le paiement de leur facture d’énergie. Cela correspond à un montant de 572 millions d’euros. Le calcul prend en compte les presque deux ans de pandémie, mais les prix ont commencé à fortement augmenter à partir d’avril dernier. Surtout, il s’arrête à mi-septembre. L’estimation est donc basse. “La situation s’est encore détériorée depuis”, a précisé Stéphane Bocqué, ­responsable de communication à la Fédération belge des entreprises électriques et gazières (FEBEG). Par ailleurs, chez Engie, le leader belge du marché, 10 % des clients ont du mal à payer leur facture d’énergie. Un pourcentage qui pourrait évidemment augmenter tant la hausse des prix semble incontrôlable actuellement. Certains jours, les prix montent de 10 voire 20 % en 24 heures. On espérait voir la fin de l’hiver rimer avec la fin de l’inflation, il n’en sera probablement rien.

C’est peu dire que la situation est préoccupante. Les fournisseurs jouent les équilibristes, déchirés entre la crainte de ne plus rentrer dans leurs frais et la grogne de leurs clients. Et les consommateurs souffrent. Pour y répondre, le gouvernement De Croo a élargi le tarif social. Désormais, un million de ménages bénéficient de ce tarif pour l’électricité (40 % moins cher que la moyenne). Ces familles ont également reçu un chèque énergie de 80 €. En ce qui concerne le gaz, 600.000 ménages bénéficient du tarif social (75 % en dessous de la moyenne). Le gouvernement a décidé de prolonger ces aides au moins jusqu’à la fin du premier trimestre 2022. La transformation des charges fédérales en accises et leur gel devraient aussi alléger les factures des ménages belges de 30 €.

Pourquoi les prix augmentent-ils de manière aussi nette? D’abord parce que la vie a plus ou moins repris son cours depuis le mois d’avril. Ce qui a fortement augmenté la demande en énergie. Une hausse des besoins sur fond de crise géopolitique puisque les tensions entre la Russie, principal fournisseur de gaz, et l’Ukraine ont entamé les exportations vers le reste de l’Europe. En plus des problèmes d’approvisionnement du gaz norvégien, les stocks de gaz ont été historiquement bas alors que la demande ne faisait que croître. Avec pour conséquences un déséquilibre du marché et des prix qui s’envolent. Preuve qu’en réalité, en dépit du gel des accises, de l’élargissement des aides, voire d’une ­éventuelle baisse de la TVA ou d’une refonte de la facture énergétique, le ­gouvernement n’a finalement que peu de pouvoir pour contrer la hausse des prix. À part profiter de la conjoncture actuelle pour inciter les Belges à diminuer leur consommation.

une dame pleure devant sa facture énergie

© Adobe Stock

Bruxelles désertée

Fin décembre, Octa+ a annoncé quitter Bruxelles. Quelques mois plus tôt, c’était Mega qui signifiait son refus de nouveaux contrats dans la capitale. Le secteur de l’énergie s’y concentre donc entre Engie, Luminus et Lampiris. Avec le risque, pour Test Achats, d’y voir monter les prix un peu plus qu’ailleurs. Les fournisseurs désertent Bruxelles, au moins en partie, parce que la capitale est jugée trop protectrice envers les consommateurs. En cas de défaut de paiement, un fournisseur devra passer devant un juge de paix avant d’entamer des démarches de recouvrement. Alain Maron, ministre bruxellois de l’Énergie, promet une réforme mais insiste sur “la forte tension sur le marché international du gaz et de l’électricité”. Sous-entendu: le système bruxellois n’est pas le vrai problème.

Différence perdue en cas de faillite

Ces derniers mois, plusieurs “petits” fournisseurs d’énergie ont mis la clé sous la porte. C’est le cas d’Energy2Business en Wallonie et de Vlaamse Energieleverancier en Flandre. En décembre, la société Watz a demandé à la justice de la protéger de ses créanciers. Si votre fournisseur tombe en faillite, a priori, pas de panique. Un autre opérateur vous fournira, le temps que vous décidiez de prendre un ­nouveau contrat ailleurs. Cependant, si votre provision dépassait votre consommation réelle, vous ne récupérerez pas la différence.

La solution photovoltaïque?

Depuis le mois d’avril et la montée des prix, le recours au photovoltaïque a connu un joli boom. Une solution qui semble effectivement intéressante pour contrer, au moins un peu, l’inflation énergétique. “On a posé 29 panneaux pour environ 10.000 euros et cela a fait diminuer nos factures énergétiques de plus de 100 euros par mois. La réduction sera encore plus importante avec les nouveaux tarifs”, a expliqué un citoyen wallon à la RTBF. La hausse du photovoltaïque, qui se marque également au niveau des entreprises, devrait se poursuivre cette année, sans que les délais de pose ne soient rallongés.

Le chiffre

Selon la Creg, la facture d’électricité des ménages belges sous contrat variable pourrait augmenter de 200 € pour l’électricité et de 1.150 € pour le gaz.

Sur le même sujet
Plus d'actualité