Pourquoi notre facture d’électricité est-elle deux fois plus salée qu’en France ?

Depuis un an, le prix de l'énergie flambe. Et particulièrement en Belgique où la note est parmi les plus salées d'Europe. D'autant plus si on compare à celle de nos voisins français. Explications.

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En analysant les rapports mensuels du Creg, le régulateur belge de l’énergie, l’entreprise Wikipower a fait ce constat : en un an, la facture d’électricité des Belges a augmenté de 450 euros. Ce qui n’est pas rien. Evidemment, il existe des factures de différents types (fixe ou variable) et, selon les cas, les ménages belges sentent déjà cette hausse, ou ont un répit de quelques années.

Mais revenons aux chiffres du Creg. En 2019, la facture d’électricité annuelle pour un résident belge s’élevait à 936,49 euros. En 2020, le Covid étant passé par là, l’arrêt de l’activité a fait baissé la note à 869,86 euros. Un an plus tard, la reprise a fait flamber les prix et la note s’élève à 1.321, 98 euros. Ce qui place la Belgique sur la deuxième place des pays les plus chers en terme d’électricité, tout juste derrière l’Allemagne (1.334,46 euros).

Prix de l'électricité

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On connaît l’histoire. Celle de l’offre et de la demande et d’une reprise plus importante qu’attendue. Mais elle n’est pas suffisante pour expliquer les disparités de prix entre la Belgique et, par exemple, son voisin français. En effet, en France, le prix de l’énergie a beau avoir flambé comme partout ailleurs, les résidents de l’Hexagone n’auront payé leur électricité « que » 682 euros en 2021. Faites le compte, c’est deux fois moins cher que chez nous.

Nucléaire et TVA

Si la facture d’électricité française est si basse, c’est en grande partie grâce au nucléaire. Avec 58 réacteurs sur son territoire, la France produit 70% de son énergie à bas prix. Le nucléaire français fournit de l’électricité à la majeure partie de sa population. Au contraire de notre pays qui importe une grande partie de son énergie.

Mais ce n’est pas la seule raison. Il y a aussi une question de TVA. L’Hexagone a un système de TVA particulier. Il existe deux TVA distinctes qui correspondent à deux postes de coûts de la facture et non pas à son montant total : Une TVA à 5 % sur le montant de l’abonnement et une à 20 % sur le montant de la consommation. C’est un peu technique, mais disons simplement que la TVA y est moins coriace que chez nous. En effet, l’Allemagne et la Belgique, les deux pays les plus chers en électricité, sont aussi ceux dont la TVA est la plus élevée (19% en Allemagne et 21% en Belgique).

En somme, dans notre facture d’électricité, l’énergie en elle-même ne compte que pour 41% du total. Ce qui coûte : la TVA, les surcharges et les coûts de réseaux gérés par les Régions (à noter les différences notables des montants entre les différentes régions du pays : la Wallonie paye 1.391 euros contre 1.254 à Bruxelles et 1.319 en Flandre). Bref, c’est l’offre et la demande, mais c’est aussi politique.

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Quelles solutions pour limiter la flambée des prix ?

Ce qui pose la question. Quelle solution le gouvernement va-t-il trouver pour limiter la casse de la flambée des prix de l’énergie ? Un « tarif social » a déjà été mis en place pour les ménages les plus vulnérables – qui a été étendu à plus de ménages. Sur la table des négociations, il y a, aussi, une baisse de la TVA à 6% sur la facture de gaz et d’électricité. Une baisse non-négligeable, mais qui n’est pas encore actée.

Les discussions vont en effet bon train au sein de la majorité. Faut-il baisser la TVA à 6% pour tous les ménages ou seulement les plus vulnérables ? Dans la seconde option, qui paraît la plus démocratique, bénéficierait en réalité plus aux entreprises et ménages qui ont de grands espaces – et donc sont moins dans le besoin. Elle limiterait aussi l’indexation des salaires. D’où l’idée avancée d’un chèque énergie plutôt que d’une baisse généralisée de la TVA. Bref, c’est pas simple. Et ça discute en attendant le fameux compromis à la belge. Mais cela sera-t-il suffisant ou les prix vont-ils continuer à flamber ?

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