Où terminent les produits alimentaires renvoyés à Amazon ?

La vente de nourriture par correspondance est en plein boum. Plus besoin d'aller au supermarché, il suffit de cliquer. Et si on n'est pas satisfait, il suffit de renvoyer le produit. Un service gratuit ? Pas vraiment.

Denrées en stock
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Le secteur de la distribution alimentaire est en plein bouleversement. Les hypermarchés d’antan doivent subir la concurrence de nouveaux acteurs. En premier lieu, Amazon. En rachetant Whole Foods en 2017, le géant de la distribution en ligne se positionne dans la distribution alimentaire et change la donne. Les épiceries Amazon arrivent bientôt en Belgique, avec leur caddie intelligent qui évite au client de passer par la caisse. Il « suffira » de scanner sa carte Amazon Prime…

Mais le premier changement visible, c’est l’essor de la distribution par correspondance, y compris de denrées alimentaires. En Europe, une vente alimentaire sur dix se fait déjà de cette façon. Amazon est précurseur et offre, dans son hypermarché virtuel, toute sorte de produits : en plus des classiques livres, disques ou t-shirts, on y trouve des produits alimentaires : café, pâte à tartiner, cookies, glaces, conserves… Bref, tout ce qui n’est pas un produit frais à aller chercher au marché du coin. En deux clics et c’est à votre porte.

Amazon Fresh, les épiceries de demain

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Client satisfait ou produit renvoyé

Or, pour Amazon, tous les produits se valent. Et ils sont sujets à la même politique de service client qui lui a permis de dominer ses concurrents. A savoir : client satisfait ou produit renvoyé. « Amazon veut de clients satisfaits et la meilleure façon de s’en assurer, c’est en offrant ce choix », dit Britain Ladd, ancien d’Amazon, dans le documentaire Hypermarchés, chute d’un empire.

Ce documentaire Arte réalisé par Rémi Delescluse nous montre aussi ce qu’on ne voit pas à propos de ces retours clients : où vont les produits alimentaires retournés à Amazon ? Pour le savoir, il a renvoyé une boîte de café en plaçant un mouchard GPS dans le colis. Et voilà le chemin parcouru par cette boîte de café consommable encore pendant un an.

L’incroyable parcours d’une boîte de café

Elle est partie de la région parisienne vers un centre d’enregistrement Amazon dans le nord-est de la France. Elle est ensuite repartie dans la journée vers Strasbourg, a traversé l’Allemagne puis la République Tchèque où elle a fait une pause. Le lendemain, elle est repartie vers la Slovaquie pour s’arrêter à Sered’, dans un gigantesque entrepôt Amazon. Au total, elle a parcouru 1.692 km.

Pourquoi la Slovaquie ? Selon Britain Ladd, ancien employé d’Amazon, c’est parce que, d’un côté, les revenus en Slovaquie sont plus bas qu’ailleurs (en Europe occidentale) et aussi parce qu’elle est l’épicentre de l’Union européenne. Tous les produits renvoyés par les clients Amazon en Europe se retrouvent là. Beaucoup y terminent leur route, mais pas tous.

Ainsi de cette boîte de café et des autres produits alimentaires renvoyés. Même non périmés, même sans aucun défaut (sinon qu’il s’agit de la mauvaise marque où quelle que soit la raison du renvoi), les produits alimentaires sont systématiquement détruits. Fin de l’histoire.

Conclusion. Si Amazon nous facilite la tâche et nous donne l’impression que tout est gratuit, que ses services ne coûtent rien, ne soyons pas dupes, ils ont un réel coût environnemental.

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