Pénuries: et si on regardait le positif ?

Les rayons à moitié vides et les délais de livraison rallongés devraient se généraliser en Belgique comme en Europe. Mais pourraient également provoquer des changements bénéfiques…

Pénuries: et si on regardait le positif ?
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Des cadeaux sous le sapin? Oui. Mais cette année, ils ne seront pas tous au rendez-vous. Les fabricants et distributeurs de jouets ont été les premiers à tirer le signal d’alarme: on ne pourra pas tout livrer à temps, car toute la chaîne d’approvisionnement est ­devenue beaucoup moins performante. Ce phénomène s’étend à d’autres secteurs et vient s’ajouter à d’autres contingences. La reprise économique mondiale augmente le besoin de matières premières. Cette forte demande de matières pre­mières augmente leur prix. Cette augmentation s’accompagne de celle des prix de l’énergie qui s’envolent en partie pour la même raison: la reprise économique. L’ensemble a un impact logistique direct: le prix du container en provenance de Chine a été multiplié par six. Il en coûtait à peu près 2.500 euros pour acheminer 75 m3 du continent chinois. Désormais, il faut compter plus de 16.000 euros. De sorte que certains importateurs européens se tournent vers d’autres sources d’approvisionnement. Et choisissent de se fournir en Europe.

Pour des produits manufacturés à faible ou moyenne marge, ce choix tombe sous le sens: il est désormais moins cher d’acheter chez nous. Mais ce choix a une conséquence. Nos fabricants locaux sont plus sollicités. Leur capacité de production étant saturée, les délais de production s’allongent. Comme la demande intra-européenne est plus forte, les transports intra-européens également. De sorte qu’il n’est pas rare que sur certains chantiers de construction, notamment, les plannings soient à l’arrêt parce qu’on attend un carrelage qui, pourtant, “vient d’Italie”. Ce phénomène d’arbitrage entre un approvisionnement asiatique ou intra-européen, une pression sur le transport européen et le redémarrage logistique de certaines usines – notamment de composants électroniques – ont des conséquences aussi sur les produits à haute marge économique. Ainsi les délais d’attente pour une voiture neuve électrique explosent. On parle de 12 à 18 mois pour certains modèles.

Ces pénuries pourraient néanmoins s’accompagner d’effets bénéfiques. Les secteurs européens saturés par la demande intérieure embauchent. Ils embauchent tellement qu’il y a, d’ailleurs, pénurie de main-d’œuvre. Un gisement d’emplois qu’il conviendra d’exploiter. Cette relocalisation chez nous de la production, l’augmentation du prix des matières ­premières ont, au moins, trois autres ­conséquences béné­fiques. Un: la baisse globale de la ­pollution et des émissions de GES. Deux: l’augmentation de l’intérêt économique du recyclage et de la production de ­matières premières à partir de déchets. Trois: une augmentation de la valeur de perception d’un objet manufacturé. La pénurie nous permettra ainsi de retrouver, peut-être, le sens de la valeur des choses…

Inflation

On l’a remarqué, certains prix augmentent. Le Bureau fédéral du Plan indique que l’inflation chez nous devrait s’élever à 2,1 % pour 2021, 2,8 % pour 2022. Une ­tendance qui selon certains devrait s’arrêter. Ainsi, ­Kristalina Georgieva, la directrice générale du FMI considère que “l’inflation est temporaire” et qu’elle ne se transformera pas en “train hors de contrôle”.

Alimentation

Le prix des denrées alimentaires atteint des records. Du niveau de ceux connus en 1974/1975, juste après le choc pétrolier. En cause: la pénurie de main-d’œuvre résultant de la pandémie de Covid-19 a réduit la disponibilité des travailleurs pour cultiver, récolter, transformer et distribuer les aliments.

Camions

En Europe, d’après les associations professionnelles, il manque 400.000 chauffeurs poids lourds. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer: l’âge moyen des chauffeurs est de 53 ans. Les départs à la retraite devraient accroître encore cette pénurie de main-d’œuvre.

L’anecdote

Le nouvel iPhone devrait se faire “rare” sous le sapin. Tout de même, on estime que 80 millions seront fabriqués avant la fin de l’année…

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