Du champ à l’assiette

Le festival Alimenterre, qui débute ce week-end, nous sensibilise à l’alimentation durable et accessible. Et pourquoi pas commencer en faisant ses courses en circuit court?  

Du champ à l’assiette
@ Adobe

Une variété de pommes inconnues, du miel fraîchement récolté, des escargots, du beurre parfumé, une multitude de fromages, de délicieux jus de fruits et même des fleurs… On trouve des trésors en circuit court. En effet, la Wallonie compte 1.185 producteurs-transformateurs fermiers dont plus d’un tiers est installé dans le Hainaut. Une exploitation sur dix s’est diversifiée dans cette direction. Les produits les plus transformés à la ferme sont les produits lai tiers et les produits végétaux – fruits, légumes ou pommes de terre. Pour les producteurs, l’idée de valoriser leurs produits à un prix juste et de rencontrer leurs consommateurs en direct plaît de plus en plus, mais cela leur prend énormément de temps. “Transformer à la ferme et vendre en circuit court, c’est un choix familial, explique Marianne Streel, la présidente de la fédération agricole wallonne. Les fermes situées le long de lieux de passage sont avantagées pour vendre sur place. Sinon, il faut livrer à des restaurateurs ou sur les marchés. Mais c’est très noble de transformer son lait en beurre ou en fromage. C’est un partage de traditions.” Fabien fréquente des fermes à moins de un kilomètre de chez lui, à Nivelles, arpente le marché du samedi et se fournit en viandes de qualité chez son boucher-artisan. Les produits qui ont fait 4.000 kilomètres n’arrivent plus dans son assiette. “Quand tu manges une tomate de la ferme, tu as l’impression de déguster un fruit. Les légumes et les fruits sont moins calibrés, mais c’est vraiment meilleur et ils se gâtent moins vite. Du coup, je gaspille moins.” Thomas, sa femme et leurs deux jeunes enfants, sont convertis depuis des années. En plus d’une épicerie bio qui propose quasi-tout en circuit court, ils se rendent au marché des producteurs de Jette.

Les trésors de la Ruche

Ma compagne cuisine beaucoup, mais elle s’organise pour faire de grosses quantités. Manger en circuit court permet d’être en cohérence avec nos valeurs et en meilleure santé. Je me sens mieux dans mon corps. L’alimentation, c’est la porte la plus accessible pour changer son mode de vie”, plaide Thomas. Manon, elle, nourrit en grande partie ses deux enfants en commandant en ligne via La ruche qui dit oui, plate-forme qui regroupe des producteurs de sa région. Elle trouve légumes et fruits de saison mais aussi des confitures, du pain, des tisanes en vrac. Il existe des “ruches” à travers toute la Belgique francophone. “C’est facile et pratique. J’achète même des soupes locales et artisanales.” Le circuit court a connu un véritable boom ces dix dernières années. Il procure du lien, de la proximité, titille la curiosité. Cela demande certes un investissement en temps conséquent. On ne trouvera pas tous les produits au même endroit, même s’il y a de plus en plus de producteurs qui se regroupent et vendent dans leur magasin les produits des uns et des autres. On ne trouvera pas non plus son papier-toilette mais parfois de quoi faire son propre savon. À côté, il y a de plus en plus de bières ou de vins locaux à découvrir et apprécier. Et puis, il faudra cuisiner. Mais le plaisir de déguster de bons produits à l’inverse d’une barquette engouffrée dans le micro-ondes peut franchement compenser.

Avec le sourire de la crémière

Le must? Acheter en circuit court, c’est poser un acte engagé par rapport à l’environnement. On remplit son cabas de produits moins emballés qui n’ont pas été transportés des milliers de kilomètres. La dimension de l’authenticité des produits amène une satisfaction non négligeable et la relation directe à son producteur ou artisan est un réel bonheur. “Le gros avantage, c’est la continuité et la confiance. On sait qui a produit et com ment. Le circuit court ne coûte pas plus cher, parfois un peu moins”, assure Philippe Mattart, le directeur de l’Apaq-W, l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité. Une notion de cherté relative car face aux produits discount, c’est évidemment plus cher. Mais le circuit court entraîne comme effet d’aubaine moins de gaspillage alimentaire. Les produits sont généralement sélectionnés avec plus de minutie que ceux qu’on engouffre dans un caddie de supermarché. On se prémunit aussi contre les achats impulsifs pour un choix plus réfléchi. Aujourd’hui, une personne sur deux consomme des produits locaux au moins une fois par semaine. Et une personne sur dix en consomme même chaque jour. “Les consommateurs évoluent. Ils sont de plus en plus motivés par autre chose que la dimension économique. Leur santé et l’environnement sont importants. Et les consommateurs sont de plus en plus des explorateurs, explique Philippe Mattart. Le potentiel pour les produits en circuit court est énorme quand on sait qu’une majorité de la population francophone veut consommer plus de produits wallons.” Récemment, il y a eu un engouement avec le Covid pour les circuits courts. “Il y a eu une crise de confiance des consommateurs quand des rayons entiers des supermarchés se sont vidés. Et toute une frange de la population a voulu éviter de croiser trop de monde dans les grandes surfaces. À présent, cela s’est stabilisé.” Plusieurs producteurs regrettent que des consommateurs soient retournés vers la facilité du supermarché. D’autres ont séduit durablement. Le phénomène des circuits court s’observe sur la durée et son avenir est devant lui. “Aujourd’hui, les magasins de produits locaux sont de plus en plus rentables.

Petits volumes

Et c’est crucial pour de multiples raisons. L’agriculteur est un producteur et pas un commerçant. Cette évolution vers une vente en direct permet de sauver l’agriculture, ce qui permet de maintenir vivante la ruralité. Pour exemple, on avait autrefois dans nos vergers pas moins de 2.000 variétés de pommes, poires, prunes ou cerises alors qu’on en retrouve encore à peine deux ou trois sur les étals des supermarchés. “Si on ne développe pas notre patrimoine en circuit court, il sera perdu pour toujours. La mondialisation a imposé aux fermes une concurrence effrénée. On a ouvert nos marchés et les agriculteurs se sont retrouvés en concurrence avec les céréales de Russie, la viande du Brésil, le lait de Pologne, explique Jérôme Rassart, animateur économique au Credal. Or l’agriculture wallonne n’est pas concurrentielle: on a les terres et la main-d’œuvre les plus chères du monde.” En Wallonie, on garde des fermes modestes et familiales, et le circuit court permet aujourd’hui de recréer du revenu. “Plutôt que de faire beaucoup de volume, on crée de petits volumes, parfois en transformant les matières premières. On voit émerger des paysans-boulangers qui travaillent avec leurs propres céréales ou des projets de production de malt pour faire de la bière.” Des recherches sont en cours pour produire demain du chanvre, des tournesols dont on fera de l’huile et du blé dur wallon.

Où trouver des adresses? Sur jecuisinelocal.be, en entrant son code postal, on peut trouver tous les points de vente à proximité de chez soi où dénicher des produits en circuit court ainsi qu’une foule de conseils pour les cuisiner. Une communauté qui compte plus de 10.000 membres.

Saines nourritures

Festival Alimenterre Les questions et enjeux liés au monde agricole, du Nord comme du Sud, seront traités tout au long du festival Alimenterre à travers une série de films, conférences et débats. Il se tiendra du 9 au 16/10 un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. www.festivalalimenterre.be

Nourrir Bruxelles En partenariat avec Alimenterre, une centaine d’activités autour de l’alimentation durable et accessible. Jusqu’au 16/10. Nourrir-bruxelles.be À l’origine du festival, le spectacle Nourrir l’humanité – Acte 2 sera présenté jusqu’au 31/10 au Théâtre Le Public.

 

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