Voitures électriques: la Belgique disposera-t-elle d'assez de bornes de recharge?

Le nombre de bornes de recharge a grimpé récemment et cela devrait continuer les prochaines années. Mais est-ce que les objectifs actuels sont suffisants?

Borne de recharge avec une voiture
Une voiture électrique avec une borne de recharge, près de Montpellier le 10 août 2022 ©BelgaImage

Ce jeudi, à la veille de l'édition 2023 du Salon de l'Auto, Bruxelles vient de faire une annonce qui ravira les automobilistes. La capitale belge prévoit de décupler son nombre de bornes de recharge pour les voitures électriques d'ici 2035. Un objectif ambitieux mais il faut dire que le temps en compté. Cette année-là, les véhicules neufs devront tous être sans émission de gaz à effet de serre dans l'Union européenne, et les voitures thermiques disparaitront déjà du marché en 2026. L'électrique devrait donc faire un véritable bond dans les années à venir. Déjà en 2021, les ventes de véhicules électrifiés égalaient celles des diesel. Mais est-ce qu'entretemps, la Belgique aura réussi à se doter d'assez de bornes de recharge pour répondre à la demande? Les chiffres actuels sont loin d'être suffisants et peuvent laisser perplexes, bien que les autorités multiplient les promesses sur ce thème.

Une augmentation progressive du nombre de bornes

Aujourd'hui, selon le site Chargemap, la Belgique dispose de 9.569 «zones de recharge», avec une forte augmentation ces dernières années. Début 2022, il y en avait 6.588. En y regardant de plus près toutefois, la répartition de ces espaces entre les régions apparaît très inégale. Selon la VRT, Bruxelles dispose de 2.700-2.800 «bornes de recharge» et la Wallonie 3.300, loin des 17.000 flamands. Au total, la Belgique aurait donc plus de 23.000 bornes. Selon Philippe Vangeel, secrétaire général d’Avere (Fédération de la mobilité électrique), cette différence est liée à l'anticipation politique du problème. «En Flandre, ça fait déjà quelques mois que le gouvernement régional a investi massivement pour installer des stations de recharge un peu partout sur le territoire», assure-t-il à L’Avenir.

Reste qu'en l'état, même au niveau national, la Belgique n'est pas l'État le plus en avance en la matière. Aux Pays-Bas, il y aurait déjà plus de 100.000 bornes, alors que la population belge n'est que d'un tiers inférieure à celle néerlandaise. Le problème, c'est que d'ici 2030, il devrait y avoir près de 1,5 million de voitures électriques en circulation en Belgique. Il faudra donc une multiplication des bornes pour faire face à cette nouvelle réalité.

De nouveaux objectifs

C'est pourquoi les autorités se veulent désormais plus entreprenantes. La Flandre vise pour l'heure 35.000 bornes d'ici 2035, soit plus du double du chiffre actuel. Si l'on en croit l'objectif donné par la région bruxelloise aujourd'hui, le fossé avec le nord du pays devrait se réduire, avec au moins 22.000 points de recharge à cette même date (dont 1.400 installés dès 2023 et une meilleure offre dans les parkings grâce à un appel à projet déjà lancé).

Quant à la Wallonie, elle a annoncé la pose de 4.000 points de chargement dans le domaine public, 2.000 dans le privé accessible au public (comme des parkings ou des stations-services), et 1.000 dits à «charge rapide» sur le «réseau structurant» (autoroutes et principales routes nationales). La région assure que 6.000 de ces points accessibles au public seront disponibles d'ici fin juin 2026. Le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry parle pour 2026 d'un total de 12.000 points de chargement au sud du pays.

Des ambitions insuffisantes?

Il y aura donc une progression des possibilités de recharge à travers la Belgique, mais la Wallonie manque encore d'objectifs pour une date ultérieure à 2026. Pour Jochen De Smet, président d'EV Belgium, les ambitions wallonnes sont encore insuffisantes en la matière, comme il le confie à la VRT: «La Wallonie doit de toute urgence travailler sur une politique réfléchie et tournée vers l'avenir pour les bornes de recharge rapides et lentes dans leurs villes, communes et aussi le long de la grands axes de circulation et autoroutes».

En 2030, selon des prévisions citées par la RTBF, la Wallonie aurait besoin d’au moins 30.000 points de recharge. Le ministre Philippe Henry rappelle toutefois qu'à cette date, 60% des voitures électriques n'auront pas besoin d'infrastructures publiques pour recharger leurs batteries, ou seulement ponctuellement. «Les technologies vont continuer à évoluer, ce qu'il faudra tenir à l'oeil», assure-t-il.

Au niveau national, le bilan semble aussi mitigé, comme le constate la fédération Febiac qui compare les prévisions néerlandaises et flamandes: «Aux Pays-Bas, on parle d'environ 1,8 million de bornes de recharge, en Flandre d'environ 35.000 : c'est une grande différence».

Des alternatives aux bornes publiques

Il faut toutefois rappeler que d'autres acteurs comptent eux aussi installer des bornes. C'est le cas de Proximus qui envisage 15.000 points de recharge supplémentaires pour les véhicules électriques à l'horizon 2028, avec la Flandre qui passe en priorité. Parmi les autres acteurs privés, on trouve aussi Delhaize qui a annoncé en décembre 2022 qu'elle étendrait son parc de bornes avec 1.800 points de recharge rapide. Autre note positive: le gestionnaire de réseau Fluvius ne s'attend pas à rencontrer un problème pour assurer l'approvisionnement électrique vers ces bornes, son plan d'investissement pour les dix prochaines années prévoyant une circulation de 1,5 million de voitures électriques d'ici 2030.

À lire: Voitures électriques : trouver des bornes de recharge grâce à ce site web

Si les particuliers s'avèrent confronter à des problèmes pour trouver une borne de recharge, il existe toujours une solution simple: en placer une chez soi. En Flandre, chaque habitant dispose d'un «droit à la prise» qui lui permet de demander à la région l'installation d'une borne à 200-250 mètres de son domicile. En Wallonie, ce droit doit encore être institué. Au sud du pays, d'après la RTBF, il faut payer 2.000-3.000€ pour installer une «borne intelligente» chez soi, qui permette soit de se faire rembourser ses frais de déplacement par l'employeur, soit d'être relié à des panneaux photovoltaïques.

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