«Plus de 380.000 euros en petites coupures» : les dessous de l'enquête hors norme sur l'affaire Qatargate

Le Parlement européen en tremble encore. Voici comment l'enquête belge est parvenue au coeur de ce scandale de corruption.

«Plus de 380.000 euros en petites coupures» : les dessous de l'enquête hors norme sur l'affaire Qatargate
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Une traque complètement folle, digne d'un scénario de film d'espionnage. Le Soir et Knack révèlent les coulisses de cette opération entamée au printemps 2022. À l'époque, cela fait déjà près d'un an que la Sûreté de l'Etat enquête sur «l'ingérence d'une puissance étrangère». Des proches du Parlement européen «auraient été soudoyés par les services secrets marocains».

Une opération ni vu ni connu

Les informations sont recoupées, avant que n'arrive le grand jour, en toute discrétion. Une opération spéciale est menée au coeur d'un immeuble de Schaerbeek. Des agents de la Sûreté de l'Etat pénètrent dans l'appartement de l'ex-politicien italien Antonio Panzeri. L'homme est absent. Durant cette «perquisition fantôme», c'est la caverne d'Ali Baba qui est ouverte. Plus de 380.000 euros en petites coupures sont retrouvés dans une petite valise. Dans un coffre fort, 320.000 euros dorment paisiblement.

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Tout est photographié. Les traces sont nettoyées. Les espions ressortent comme s'ils n'étaient jamais entrés. Après cette opération, des premières conclusions sont tirées. Le procureur fédéral communique alors : «Cette personne est un ancien membre du Parlement européen qui serait désormais impliqué dans des activités de lobbying au sein des institutions européennes.»

Le 12 juillet 2022, révèle Le Soir, une enquête pour «organisation criminelle» est ouverte. La Sûreté de l'Etat transmet l'ensemble de ses informations au procureur fédéral Frédéric Van Leeuw. Selon les documents qu'a pu se procurer le quotidien belge, la description est explicite. Il y est décrit un  «réseau qui mène des activités d’ingérence dans les institutions européennes pour le compte du Maroc, mais aussi pour le compte du Qatar».

Une course contre la monte... pour rien

C'est le début de l'opération « Mezzo » qui mènera début décembre à 16 perquisitions coordonnées. La manoeuvre est un succès. 600.000 euros en liquide sont saisis dès le matin du 9 décembre. Mais les révélations du Soir et de Knack décrivent ensuite une scène hors norme. En déplacement à Malte, la présidente du Parlement, Roberta Metsola est priée de rentrer au plus vite. Elle doit assister à la perquisition du domicile du parlementaire belge Marc Tarabella, à Anthisnes. Ce samedi 10 décembre, la nuit est déjà tombée. Le vol retour de Metsola accuse déjà 42 minutes de retard. Le vol d’Air Malta atterrit finalement «à Zaventem à 19 h 32. Maintenant, ça devient vraiment chaud. Le trajet jusqu’à Anthisnes fait plus de 100 kilomètres et la perquisition doit avoir lieu avant 21 heures, car les perquisitions de nuit sont interdites en Belgique, à l’exception des dossiers de terrorisme», relatent nos confrères.

Enquêteurs, juge, magistrat fédéral et présidente du Parlement débarquent au domicile de Marc Tarabella peu avant l'heure fatidique. La perquisition est menée. Tout est fouillé. Rien ne sera retrouvé. Depuis lors, l'enquête se poursuit à grand fracas. Panzeri, Kaili et son mari Giorgi sont aujourd'hui toujours incarcérés.

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