Comment le (petit) Salon de l'Auto se réinvente en 2023 : «On se recentre sur notre core business, la voiture»

Le directeur du Salon de l’auto de Bruxelles dévoile les nouveautés de cette 100e édition et brosse le tableau des véhicules de demain.

salon de l'auto
© BelgaImage

Le Salon de l’auto drainait jusqu’à 750.000 personnes et occupait 11 des 12 Palais du Parc des Expositions du Heysel. C’était en 2002, il y a plus de vingt ans. Autant dire la préhistoire. Full thermique et diesel. Les temps ont changé. Le Salon de l’auto tout autant. Son directeur, Gabriel ­Goffoy, qui dirige également les communications de la FEBIAC, la Fédération belge de l’automobile et du cycle, est un homme du sérail. Fils de concessionnaire et ancien directeur commercial Benelux d’un grand constructeur allemand, il en connaît un rayon…

Seulement six Palais, Volvo et Ferrari absents... Cette 100e édition, c’est un “petit” Salon?
Gabriel Goffoy - Il n’y a plus de différence entre un “grand” et un “petit” Salon. C’est simplement un vrai Salon de l’auto. Encore plus cette année. Parce qu’on a voulu tout focaliser sur notre core business. Et notre core business, c’est la mobilité individuelle, c’est la voiture. Il n’y a pas de Palais dédié, par ­exemple, à la moto. On s’est recentré sur la voiture. Et on s’est contenté de six Palais faute d’accès à toute l’infrastructure du Heysel. Dans le Palais 1, il y a une expo James Bond, dans le Palais 2, une expo Johnny Hallyday, dans les Palais 3 et 4, la Brafa va ouvrir…

Il faut donc s’attendre à de longues files d’attente?
Non. On a pour la première fois installé un logiciel d’achat de billets qui permet aux gens d’indiquer le jour où ils veulent venir. Ces jours ont des codes couleurs qui évoluent (selon le nombre de billets achetés pour ce jour). De manière à guider le public vers des jours où la fréquentation attendue est plus basse.

Beaucoup de nouveautés: 14 premières européennes et 48 premières nationales.

Quelles sont les nouveautés, les particularités de cette édition 2023?
On a 60 marques représentées et beaucoup de nouveautés: 14 premières européennes et 48 premières nationales. Montrer les produits, c’est la partie importante de ce Salon. L’autre partie est événementielle. Et elle se divise en trois animations. D’abord, un espace d’immersion audio/vidéo/laser autour de quinze véhicules ayant marqué l’histoire de l’automobile. Ensuite, on a 800 m2 dans lesquels il sera possible de faire des courses dans des simulateurs en taille réelle de ­Formule 1. Enfin, un Forum Dôme dédié uniquement aux questions que se posent les potentiels acheteurs: quelle motorisation choisir, électrique ou thermique, quelles conséquences fis­cales, ­comment recharger, combien coûte un plein électrique, quelle stratégie pour quelle marque, etc. Car les gens se posent beaucoup de questions…

La Febiac également, sans doute… Entre la fin du moteur thermique pour 2035 et les centres-villes de moins en moins car-friendly, quelles sont les pistes de réflexion de la Fédération?
Comment créer les conditions qui faciliteront la transition énergétique? On vend de plus en plus de voitures électriques. Mais pour continuer ce ­mouvement, il faut plus de bornes de recharge et suffisamment d’électricité “verte”. Nous sommes attentifs à cela parce que l’un ou l’autre sujet n’est pas forcément évident. Un autre point qui nous occupe, c’est la fiscalité. Il faut savoir que si, en Belgique, le travail subit la plus forte taxation d’Europe, il en est de même pour la voiture. On est donc favorable à ­toutes les mesures fiscales qui motivent l’automobiliste à faire un choix plus CO2 friendly mais pas en augmentant encore les taxes sur les choix qui le seraient moins.

La Belgique est le seul pays en Europe où il n’existe pas d’incitant à l’achat d’une voiture électrique.

C’est-à-dire?
L’automobile est déjà une vache à lait. Diminuer: oui. Augmenter: non. En fait, à la Febiac, ce qui nous préoccupe, c’est une certaine attitude des autorités… On voit qu’en matière de mobilité, les pouvoirs publics raisonnent en termes de ­restriction. On ne peut plus rentrer avec tel véhicule dans telle ville. On met des pierres dans certaines rues et l’on baptise des plans de circulation avec des noms qui ex­priment juste le contraire de la réalité. Aujourd’hui, il y a un parc automobile de 5,8 millions de véhi­cules en Belgique. On vend 400.000 véhicules neufs par an dont 10 % de full électrique (à 86 % des voitures de société). À ce rythme, il faudrait plus de 100 ans pour que le parc soit full électrique. La Belgique est le seul pays en Europe où il n’existe pas d’incitant à l’achat d’une voiture électrique pour un particulier. Si on veut que la population se convertisse à une mobilité zéro émission, il faut que les pouvoirs ­politiques mettent en place ces incitants. Au lieu­ de mener une politique restrictive qui risque d’écœurer les gens et les détourner de cette juste cause environnementale.

Que pensez-vous de la déclaration du patron de Toyota évoquant une “majorité silencieuse” de constructeurs qui doutaient d’un futur automobile axé uniquement sur l’électrique?
C’est conforme à la réalité. D’abord parce que la migration vers l’électrique doit être globale, elle ne doit pas se restreindre au cadre européen. Les émissions de CO2 produites ailleurs ont autant d’effets sur “notre” climat que celles produites ici. Nous sommes en phase avec l’Accord sur le climat de Paris. La production est prête (les retards de livraison, ­conséquence de la crise des semi-conducteurs, devraient être apurés en 2024) pour satisfaire les réglementations européennes. Mais ça n’a aucun sens si cette transition se limite à une région du monde. Cette “majorité silencieuse”, c’est ce qu’elle pense. Elle pense aussi que le moteur thermique aura toujours son rôle à jouer. Dans certaines parties du monde, ce sera la seule solution. Et puis le carburant pour les moteurs thermiques devient de plus en plus “eco-friendly”. Les carburants synthétiques en sont l’ultime exemple. Certes, ils coûtent cher. Mais d’ici 10 ou 15 ans, il est concevable qu’ils soient abor­dables. Il ne faut fermer aucune porte…

Le Salon de l'Auto, du 14 au 22 janvier 2023 à Brussels Expo (Heysel).

En vidéo : Le nombre de nouvelles voitures en baisse en 2022

Sur le même sujet
Plus d'actualité