Prolongation du nucléaire : ce qu'il faut savoir sur l'accord conclu entre le fédéral et Engie

Une conférence de presse s'est déroulée ce lundi soir à Bruxelles pour présenter les détails de l'accord.

la ministre de l'Energie Tinne Van der Straeten (Groen)
la ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten (Groen) @BELGAIMAGE

Le gouvernement fédéral et Engie se sont accordés lundi sur les principes qui présideront à la prolongation des réacteurs de Tihange 3 et Doel 4, ont annoncé lundi le Premier ministre, Alexander De Croo, et la ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten, au cours d'une conférence de presse.

Après la lettre d'intention du 21 juillet, l'accord fixe les contours de la création d'une structure juridique dédiée aux deux unités nucléaires, détenue à parité par l'État belge et le groupe français, selon un communiqué. Il règle également un autre point qui tenait particulièrement à coeur d'Engie, à savoir un plafonnement des coûts futurs liés au traitement des déchets issus de l'activité nucléaire dont la facture se chiffre en milliards d'euros. Ce cadre offre de la "clarté" à l'opérateur en ce qu'il permettra de "figer" les paramètres techniques et financiers d'un plafonnement en y incluant une prime de risque. Le travail sera réalisé dans les semaines qui viennent. L'échéance fixée est celle de la mi-mars. L'accord détermine enfin un ensemble de garanties permettant d'assurer la bonne exécution des engagements de l'opérateur nucléaire.

Les ministres ne sont pas entrés dans les détails de l'accord conclu et n'ont cité aucun chiffre. L'objectif des deux parties est de redémarrer les deux réacteurs en novembre 2026. D'ici là, l'ensemble des réacteurs auront cessé leur activité en 2025 conformément à la loi de sortie du nucléaire. Le gestionnaire du réseau de transport Elia a été chargé par le gouvernement au mois d'octobre d'élaborer les options nécessaires pour garantir la sécurité d'approvisionnement d'ici là.

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"Les travaux peuvent commencer demain"

Les ministres ne sont pas entrés dans les détails de l'accord conclu et n'ont cité aucun chiffre. L'objectif des deux parties est de redémarrer les deux réacteurs en novembre 2026. "Avec cette décision, les travaux peuvent commencer demain pour prolonger les deux réacteurs les plus récents", a assuré M. De Croo (Open Vld).

Concrètement, il s'agira de commencer avec l'étude d'incidences environnementales et celle liée à la sécurité de l'opération de prolongation qui doit être soumise à l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN).

"Le démantèlement reste de l'entière responsabilité de l'exploitant et le restera", a souligné M. De Croo qui a insisté, comme Mme Van der Straeten (Groen), sur la sécurité que garantissait cet accord et le contrôle qu'il donnait à l'État belge sur une partie de sa production d'électricité grâce à la création de cette structure commune.

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"Il était temps"

Dans la majorité, tant le MR, farouche défenseur de la prolongation du nucléaire, qu'Ecolo ont salué cet accord. "Il était temps que les travaux commencent en vue de la prolongation des deux réacteurs. Mais il était nécessaire aussi de préserver l'intérêt financier des citoyens belges, en maintenant le principe du pollueur-payeur, qui est confirmé dans le texte. C'est loin d'être l'étape finale, mais c'est un pas important dans ce dossier difficile car non-anticipé par les majorités précédentes", a souligné le vice-Premier écologiste Georges Gilkinet.

"Cet accord est le fruit d'une ténacité politique importante pour notre pays. Il reste évidemment encore beaucoup de travail pour concrétiser cet accord et pouvoir ainsi garantir la sécurité d'approvisionnement via le nucléaire, mais aussi diminuer notre dépendance énergétique et contenir les coûts, tant pour les citoyens que pour les entreprises", a souligné son collègue MR, David Clarinval.

L'accord devra également passer le cap de la Commission européenne. Des contacts informels ont déjà leu lieu.

L'accord jugé sévèrement par l'opposition

Les partis d'opposition ont jugé sévèrement l'accord annoncé lundi entre le gouvernement fédéral et le groupe énergétique français Engie sur les principes qui présideront à la prolongation des réacteurs nucléaires de Tihange 3 et Doel 4, les plus récents du parc nucléaire belge.

"Un accord nucléaire a minima qui va coûter un maximum et qui n'offre que peu de perspectives", ont dénoncé, dès l'annonce de l'accord, Les Engagés. Ils saluent toutefois dans un communiqué la décision de prolongation des centrales nucléaires, en affirmant avoir "été les premiers à réclamer cette prolongation, convaincus que l'énergie nucléaire reste indispensable dans le mix énergétique".

Sans avoir pu lire le document intégral de l'accord et se basant sur les rares éléments divulgués, Les Engagés estiment que trois points sont particulièrement inquiétants. D'abord les montants qui sont en jeu "et qui va payer", ensuite la possibilité d'un "trou noir" lors des hivers de 2025 à 2027 et le risque évident de blackout faute de production nucléaire et enfin "pourquoi seulement deux réacteurs uniquement pour 10 ans ?".

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Du côté de la N-VA, le principal parti d'opposition en Flandre, le député Bert Wollants a affirmé que l'accord entre le gouvernement fédéral et Engie "n'en était pas un" mais continuait à faire planer l'incertitude sur l'approvisionnement en électricité alors que la discussion sur l'aspect financier n'a pas encore eu lieu.

"Il ne s'agit que de prolonger la durée de vie de deux réacteurs, peut-être à partir de 2026, et d'une participation de 50 % du gouvernement fédéral dans ces réacteurs. Cela dépend d'une étude dans les prochaines semaines sur les coûts liés au traitement des déchets nucléaires. Ce n'est que lorsque ceux-ci seront clairs que les Français signeront définitivement. L'incertitude sur notre approvisionnement énergétique va donc continuer à s'éterniser et la discussion sur les montants reste à venir", a déclaré lundi soir le spécialiste de la N-VA pour les questions d'énergie.

Le Vlaams Belang a lui aussi émis de sérieuses réserves sur l'accord. "Ce maigre accord ne parvient pas à garantir suffisamment notre approvisionnement énergétique", a déclaré son député Reccino Van Lommel. "De plus, ce n'est qu'un accord partiel et la patate chaude autour de la facture des déchets sera poussée plus loin", a ajouté l'élu d'extrême droite.

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