Les 5 secteurs qui boostent les exportations wallonnes

Boostées par le pharma et quatre autres secteurs, les exportations wallonnes ont augmenté de 20 % avant d’être ralenties par le conflit en Ukraine. Le high-tech offre de belles perspectives pour les prochaines années.

exportation wallonne
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Le premier semestre 2022 a été historiquement bon pour les exportations wallonnes. 30,7 milliards d’euros enregistrés entre janvier et juin, soit une croissance de 20,4%. L’effet de la crise de 2008 commençait à s’atténuer et les exportations avaient connu une hausse de 18%. Bref, c’est une bonne nouvelle. Dans le contexte morose que l’on connaît actuellement, franchement, on prend. “Oui effectivement, c’est un très bon semestre, confirme Stéphane Gagné, responsable évaluation et stratégie à l’Awex, l’Agence wallonne pour l’exportation. C’est une croissance dynamique, qui nous fait dire que malgré la détérioration de l’économie mondiale depuis le début de l’année, les exportations ont tenu bon au premier semestre. Elles ont poursuivi leur redressement entamé en 2021.” Un redressement que l’Awex n’imaginait pas aussi vigoureux. “Suite au conflit en Ukraine, on s’attendait à ce que l’impact sur les exportations se fasse ressentir dans un délai assez court mais ça n’a pas été le cas. Que le taux de croissance se maintienne à un niveau aussi élevé était une agréable surprise.

La Wallonie et son ministre de l’Économie Willy Borsus (MR) se sont donc permis de se réjouir. Avant de tempérer quelque peu l’enthousiasme, car si la Région continue de reprendre des forces après les dures années de Covid, les derniers chiffres n’intègrent donc pas encore vraiment l’impact de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique qui en découle. “Pour la seconde partie de l’année, on est un peu moins optimiste, en tout cas sur base des carnets de commandes à l’exportation. Depuis l’été dernier, ils sont dans une phase de retournement vers le bas. Cela veut dire que l’on pense que le pic a été atteint. Au second semestre, on s’attend donc à une croissance moins forte, c’est assez évident.” Mais, comme Stéphane Gagné le précise, ce sera le cas à Bruxelles et en Flandre, vu la conjoncture économique actuelle qui s’est fortement assombrie ces derniers mois.

Pharma, métal et plastique

Passé ce double constat, réjouissant puis plus prudent, on s’interroge: qu’est ce qui se cache derrière ce grand terme “d’exportations wallonnes” ? Sans grande surprise, la locomotive est tirée par le pharma. “Le pharma fait 35% de nos exportations.” Un secteur qui a permis à la Wallonie de limiter la baisse des exportations à 4% en 2020, un chiffre en deçà de la moyenne de la chute européenne. “L’industrie pharmaceutique fabrique des produits contracycliques, donc moins sujets aux cycles économiques. Leur croissance est plus linéaire et plus stable.

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Derrière le pharma wallon, qui exporte principalement des vaccins et des médicaments, on retrouve les produits sidérurgiques et métalliques, au sens large. “Ils représentent 15% de nos exportations. En troisième position, avec 7-8%, ce sont les matières plastiques.” Suivent, pour compléter le Top 5, les machines et équipement, puis les produits agroalimentaires. Ces cinq secteurs représentent ensemble deux tiers des exportations wallonnes.

Domaines d'avenir ?

On peut se demander si les produits sidérurgiques, et dans une moindre mesure, les matières plastiques, constituent encore des domaines d’avenir. Pour Stéphane Gagné, même s’ils font référence à une histoire basée sur l’industrie lourde en Wallonie, un tournant s’est opéré. “Ces secteurs ont évolué et ont été capables de faire de grands investissements en recherche et développement qui permettent de fabriquer des produits à plus haute valeur ajoutée. Ils correspondent à des besoins plus précis des industries utilisatrices de ces produits. Ils incorporent une valeur ajoutée technologique plus importante, et ces produits semi-finis et intermédiaires trouvent une utilisation à l’étranger. Ils sont incorporés dans la fabrication de matériel de transport, la machinerie industrielle ou dans le bâtiment.

Même nuancés, les récents résultats des exportations provenant de Wallonie demeurent importants pour la Région. Stéphane Gagné rapporte le chiffre d’un emploi sur trois liés à l’export. “C’est crucial. On a une économie de relativement petite dimension, par rapport à d’autres économies comme celle de la France ou de l’Allemagne. On se doit, pour générer de la croissance et de l’emploi en Wallonie, d’exporter. C’est important que nos entreprises aient du succès à l’étranger. Avec un tiers des emplois créés en Wallonie liés à l’exportation, cela signifie 500.000 emplois qui en dépendent directement.” Selon les calculs de l’Awex, 70% des chiffres d’affaires des firmes wallonnes sont réalisés à l’exportation. “C’est donc ancré dans les entreprises d’une certaine taille en Wallonie, pour maintenir et consolider les emplois.

Au petit jeu des comparaisons, les exportations wallonnes représentent une grosse quinzaine de pourcents du total des exportations nationales. Loin des 75% de la Flandre. “Cela varie d’une année à l’autre mais oui, la Flandre représente des montants plus importants à exporter. Mais nous n’analysons pas vraiment ces comparaisons en valeur absolue. On étudie plutôt les évolutions en termes de croissance sur plusieurs années. Et ce qui ressort, c’est que depuis cinq ans, les exportations wallonnes progressent à un rythme de croissance plus élevé que les exportations flamandes et que la moyenne des pays de l’Euro.

Focus sur le high-tech

L’enjeu est aujourd’hui de parvenir à accrocher le wagon des secteurs d’avenir. Globalement, le secteur high-tech. “Cela concerne tous les secteurs caractérisés par un taux d’investissement en recherche et développement très élevé. Ils sont constitués des produits pharmaceutiques, biotechnologiques, de l’aérospatial, des technologies environnementales, du numérique… Ces secteurs sont considérés comme prioritaires par le gouvernement wallon et l’Awex. On intègre cette priorisation des secteurs à fort potentiel dans sa stratégie.

Le défi sera aussi d’aller chercher les marchés de demain. Notamment le Japon, qui vient d’être le cœur d’une mission économique. “Le marché prioritaire de l’année prochaine, c’est le Royaume-Uni. Dans le but de soutenir nos entreprises pour qu’elles continuent à prospecter malgré le Brexit. Mais l’une de nos lignes stratégiques est de diversifier nos exportations hors de l’UE. Il faut trouver l’équilibre entre le soutien des débuts à l’exportation des petites firmes sur les marchés voisins de l’UE et la diversification des ventes sur des marchés plus lointains, parce qu’ils ont un potentiel de développement plus important à terme.

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