Trains de nuit: après Vienne et Berlin, quels autres projets depuis la Belgique?

Pour relier la Belgique aux autres pays européens, plusieurs projets de trains de nuit existent mais ils ont parfois du mal à se concrétiser.

Nightjet Bruxelles-Vienne
L’ancien ministre fédéral de la Mobilité Francois Bellot et la PDG de la SNCB Sophie Dutordoir, à côté du Nightjet reliant Bruxelles à Vienne, le 20 janvier 2020 ©BelgaImage

C'est la bonne nouvelle du moment pour les amateurs de trains de nuit: la société European Sleeper a confirmé le lancement de la ligne Bruxelles-Amsterdam-Berlin dès mai prochain. En 2024, il est même prévu qu'elle soit étendue jusqu'à Dresde et Prague. Il s'agira du deuxième train de nuit reliant la Belgique au reste de l'Europe. Jusqu'ici, il n'y avait que le Nightjet reliant Bruxelles à Vienne géré par ÖBB et lancé en 2020. La preuve que ce marché est encore balbutiant mais en croissance. Cette expansion ne devrait d'ailleurs pas s'arrêter là, avec plusieurs hypothèses pour voyager depuis la Belgique vers d'autres pays sans prendre l'avion ou la voiture.

Feu vert pour l'Est, feu orange pour le Sud

S'il est permis d'être optimiste pour le futur des trains de nuit, c'est que le gouvernement belge en a fait un enjeu national de mobilité. Le fédéral a notamment annoncé le déblocage de deux millions d'euros sous forme d'incitants pour le secteur. Lors de l'approbation de l'avant-projet de loi en conseil des ministres en novembre dernier, le ministre de la Mobilité Georges Gilkinet précisait qu'il y avait déjà des projets de nouvelles lignes au départ de Bruxelles. Il citait notamment Prague, ce qui se confirme avec l'annonce d'European Sleeper allant d'abord jusque Berlin, et une autre ville: la métropole suédoise de Malmö, qui fait face à Copenhague.

La Belgique est donc bien partie pour être plus reliée à l'Europe de l'Est et du Nord, où plusieurs lignes de trains de nuit existent déjà. Mais qu'en est-il du Sud, destination privilégiée des vacanciers belges? Malheureusement, pour l'instant, le réseau pâtit de son chaînon manquant entre Bruxelles et Paris. Le tour-opérateur Sunweb comptait palier à ce problème en reliant Amsterdam aux Alpes françaises via Bruxelles. Malheureusement, durant l'automne dernier, la société a déclaré à la presse néerlandaise que cela ne se ferait pas, la voiture et l'avion restant moins bien moins cher pour ce type de destinations. Des trains de nuit devaient également apparaître en 2022 pour se rendre en Italie du Nord, mais l'entreprise OVOE qui en portait la charge a finalement laissé tomber, comme elle le fait savoir sur son site.

European Sleeper imagine prendre le relai en visant pour décembre 2023 le sud de la France (dont Nîmes et Perpignan) et in fine Barcelone, depuis Amsterdam via Bruxelles et Lille. Le projet apparaît toujours sur son site officiel donc il y aurait a priori des raisons d'espérer que cela parvienne à se concrétiser. La presse néerlandaise indique toutefois que plusieurs obstacles restent à relever, notamment logistiques. Preuve que le défi est de taille: un projet concurrent, piloté part la SNCF et la Renfe, a abandonné l'idée de relier Paris à Barcelone. Les compagnies nationales française et espagnole préfèrent se consacrer au développement de leurs réseaux respectives de TGV.

Être relié au réseau déjà existant

Le défi pour la Belgique, c'est que Bruxelles représente pour l'instant d'un terminus. Le Nightjet la relie au sud de l'Allemagne et à l'Autriche, mais notre pays reste très peu connecté à ses voisins. Quand la ligne Bruxelles-Berlin(-Prague) arrivera, Bruxelles sera reliée à l'Allemagne de l'Est (et à la Tchéquie) mais le plan d'European Sleeper ne prévoit pas d'arrêt entre les Pays-Bas et la capitale allemande. Si vous pensiez en profiter pour faire une escale à Hambourg, Brême ou Hanovre, c'est raté.

Le désenclavement de la Belgique sur le réseau des trains de nuit prendra donc encore du temps. Pour cela, il faudrait notamment multiplier les liens tissés avec les villes d'Europe de l'Est. Car là-bas, le réseau est déjà assez étoffé. Cela se voit particulièrement bien sur la carte des trains de nuit européen mise en ligne par le pass Interrail (visible ci-dessous). On constate que de nombreuses lignes existent en Scandinavie et encore plus entre la Pologne, la Tchéquie, l'Autriche et les Balkans. En se reliant plus extensivement à ce réseau, les Belges pourraient les emprunter (quoique peut-être avec une correspondance).

En Europe de l'Ouest, il reste beaucoup à faire. La France n'a que deux lignes de trains de nuit, en l'occurrence vers la Côte d'Azur (avec un terminus à Nice) et l'Occitanie depuis Paris. Le gouvernement français prévoit d'en créer d'autres «entre 2025 et 2030» grâce à un investissement d’«au moins 800 millions d’euros» mais aucune liaison n'est prévue avec le Nord de la France et la Bretagne. En péninsule ibérique, c'est simple: il n'y a strictement rien pour le moment! L'Italie a en ce sens une longueur d'avance, notamment grâce à une ligne qui traverse toute la Botte. Enfin, le Royaume-Uni peut se traguer d'avoir relié Londres aux Cornouailles et à l'Écosse. Les îles britanniques sont par contre complètement isolées du réseau continental.

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