Ce que l'on sait sur la grève Ryanair: quand, quelle ampleur, pourquoi?

Les détails restent assez flous mais la grève chez Ryanair va avoir un gros impact à Charleroi. Voici ce qu'il faut savoir si votre vol est annulé.

Avions de Ryanair à Charleroi
Avions de Ryanair à l’aéroport de Charleroi, à Gosselies le 10 avril 2020 ©BelgaImage

Si vous avez un vol Ryanair ces prochains jours depuis ou vers la Belgique, votre voyage risque d'être plus compliqué que prévu. Le personnel de cabine de Ryanair basé chez nous est en effet en grève les 30 et 31 décembre ainsi que le 1er, le 7 et le 8 janvier. Une protestation qui provoquera l'annulation d'un nombre considérable de vols, pile au moment des fêtes du Nouvel An. Ce mouvement est prévu depuis la fin novembre et pourtant à la veille du jour J, Ryanair entretient toujours un certain flou sur ce que cela implique en détail. Les voyageurs sont donc contraints de recouper les informations disponibles pour être fixés au mieux sur leur sort.

Combien d'avions sont concernés?

Selon la RTBF, seul l'aéroport de Charleroi (BSCA) sera concerné par la grève. Celui de Zaventem est épargné pour la simple et bonne raison que le personnel belge de Ryanair n'y est plus basée depuis octobre 2022. Si un vol à destination ou partant de Bruxelles est annulé, ce ne serait a priori pas à cause de la grève.

Reste à savoir combien d'avions resteront cloués au sol à Charleroi. Le problème, c'est que la compagnie aérienne irlandaise n'est pas très bavarde pour préciser le nombre de vols impactés. Ryanair déclare simplement avoir «le regret d’informer ses clients qu’elle a été contrainte d’annuler un petit nombre de nos 2.500 vols à destination/en provenance de la Belgique les vendredi 30 et samedi 31 décembre 2022 et dimanche 1er janvier 2023», sans précision pour les 7 et 8 janvier.

Que représente exactement ce «petit nombre» dont parle Ryanair? Le flou persiste, mais ce n'est pas le seul hic. Selon Le Soir, même le chiffre de 2.500 vols est suspect. Comment pourrait-il y en avoir autant, cela représentant en effet un quart de l'activité de la compagnie, alors qu'il n'y a que 15 avions à Charleroi?

Pour y voir plus clair, il faut donc se fier à une autre source, en l'occurrence l'estimation de l'aéroport de Charleroi. D'après ce dernier, 214 mouvements d'avions pourraient être impactés durant toute la durée de la grève, ce qui pourrait représenter un total de 30.000 passagers (19.000 partants et plus de 10.000 entrants). Ce vendredi, 37% des vols devraient être supprimés (25 départs sur 66 et 24 retours sur 66). Selon la VRT qui a répertorié les annulations annoncées jusqu'ici, 128 vols au départ et à destination de Charleroi seront déprogrammés entre le 30 décembre et le 1er janvier (et moins de cinquante le vendredi, 42 le samedi et 38 le dimanche).

Les chiffres réels pourraient toutefois sensiblement varier. Il n'est toujours pas clair quelle proportion du personnel de cabine fera grève et il est donc impossible d'en savoir plus à ce sujet. La RTBF se risque toutefois à affirmer que 50% des vols seront bel et bien assurés grâce au personnel non-belge de Ryanair.

Qu'en est-il de tel ou tel vol plus précisément?

Cette incertitude latente n'aide pas les passagers à savoir si oui ou non, ils pourront partir. Une communication individuelle est toutefois prévue, notamment par mail. «Les personnes dont le vol est annulé le 7 ou le 8 janvier ont été prévenues le 23 décembre», confirme par exemple à la télévision publique Julie Frère, porte-parole de Test Achats. «Et les personnes dont le vol est annulé les 30, 31 et 1er janvier ont normalement dû recevoir l’information hier soir (le 28 décembre, ndlr) au plus tard. Donc, il semblerait que si vous n’avez pas reçu de mail d’annulation, vous pouvez partir du principe que votre vol est maintenu».

Dans le détail, il est cependant impossible d'être certain que tous les passagers ont bien reçu leur notification. Ryanair ne doit respecter aucun délai minimum en la matière et l'annulation peut n'être notifiée qu'à la dernière minute. Autant dire qu'il vaut mieux rester attentif et regarder y compris les spams. Il peut s'avérer également judicieux de vérifier le statut du vol sur le site officiel de Ryanair.

Alternative, remboursement et/ou dédommagement?

En cas d'annulation, Ryanair est dans l'obligation de proposer un autre vol ou son remboursement, avec le possibilité pour le voyageur de choisir l'un ou l'autre. Les passagers qui sont à l'étranger peuvent garder une trace des tickets d'hôtel, de nourriture et de transports liés à ces désagréments pour obtenir un dédommagement de la compagnie. Par contre, il est aujourd'hui impossible de savoir combien de voyageurs obtiendront une proposition de vol alternatif ou pas.

Précision intéressante: il existe un formulaire afin de demander une indemnisation pour l’annulation du vol (complémentaire au remboursement ou à l'alternative de vol). Il est disponible sur une page en ligne officielle de Ryanair et permet d'obtenir entre 250 à 600€ par passager, selon la distance que devait parcourir le vol. Pour être accepté, il faut simplement que l'annulation ne soit pas due à un cas de force majeure (la grève n'en étant pas un) et que l'annulation ait eu lieu moins de deux semaines avant le départ.

Pourquoi cette grève?

La grève de ces prochains jours et motivée par le conflit latent entre le personnel de cabinet et la direction de Ryanair, entre autres sur la garantie du salaire minimum légal et sur les conditions de travail. Fin novembre, une lettre annonçait la probable tenue d'actions au tournant du Nouvel An si rien ne changeait. Depuis, il n'y a pas eu d'avancées significatives selon les syndicats. «Ryanair s’était engagé officiellement à respecter la loi belge et ce qu’on constate, c’est que chaque mois, des dizaines de travailleurs ne reçoivent pas leur salaire correct, leur décompte des heures n’est pas correct, et donc ils doivent à chaque fois faire des démarches», se désole auprès de la Première Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE. «Et Ryanair refuse d’avoir en Belgique un service du personnel, c’est-à-dire que les gens doivent s’adresser à Dublin simplement pour faire respecter leurs droits minimums — on ne parle pas d’avantages exorbitants —, le salaire minimum belge».

À lire: Ryanair quitte Zaventem cet hiver : que s’est-il passé ?

Ces problèmes se posent dans plusieurs pays européens, d'où des grèves dans d'autres aéroports que Charleroi. Pour ce qui est du cas belge, la CNE demande à ce que l'État et la justice agissent afin de faire respecter la loi. L'auditorat du travail dit espérer avoir terminé l'information sur ce dossier pour fin mars. Cela permettrait d'auditionner les responsables de Ryanair, ce qui pourrait aboutir sur un signalement de non-respect des législations voire sur une citation directe devant les tribunaux. Mais du côté du syndicat lié à la CSC, l'impatience se fait sentir. «Depuis six mois, on attend. Maintenant, on dit que ce sera en mars. J’espère que c’est mars 2023 et pas mars 2030, parce que les travailleurs, eux, ont du mal à avoir leur salaire tous les mois et la justice belge doit faire respecter la loi», rappelle Felipe Van Keirsbilck.

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