Passer un Noël solidaire : ces associations ont perdu de nombreux bénévoles à cause de la crise

Bénévoles et associations se mobilisent pour offrir chaleur et réconfort aux plus démunis à la veille de Noël. Mais la crise touche aussi les bonnes volontés dans le secteur caritatif.

des bénévoles solidaires pendant les Fêtes
Un bol de soupe et un repas chaud… Les centres d’accueil font le plein à la veille de Noël. Les bénévoles peuvent encore se manifester. © Adobe Stock

On a rogné sur tout pour pouvoir organiser les repas des fêtes de fin d’année.” Nous sommes à l’Altitude 100 dans la commune bruxelloise de Forest, dans les bureaux de l’association Bras dessus, bras dessous. On y a baissé le chauffage et, par voie de conséquence, on y garde volontiers, une écharpe. Les quelques salariés et bénévoles s’y activent cependant dans un brouhaha surtout composé de conversations téléphoniques. “Mes collègues organisent les prises en charge de nos “voisinés”par leur “voisineur”et la logistique des tablées de Noël”, explique Céline Remy, coordinatrice de l’ASBL.

Bras dessus, bras dessous crée, depuis 2016, du lien entre des personnes isolées âgées de plus de 60 ans, “les voisinés”, et des plus jeunes, “les voisineurs”. De la solidarité intergénérationnelle. Au programme habituel: une heure hebdomadaire ou plus de papote, promenade bras dessus, bras dessous, partie de scrabble… Tout dépend du duo qui se forme entre “voisineurs” et “voisinés”. Pas de l’assistanat: juste le petit rayon de soleil qui fait la différence. Cette période de fêtes de fin d’année apporte son quota de soleil d’hiver: de longues tablées avec des familles à Bruxelles, Nivelles, Ottignies, Rixensart. Et des petits colis de Noël déposés à la maison des aînés qui ne se seraient pas déplacés au grand repas.

On a, par exemple, fait le choix de ne pas suivre les formations qu’on avait, pourtant budgétées, pour pouvoir disposer de moyens financiers suffisants. Nous avons été également créatifs en matière d’économies. Cette année, la décoration sera faite avec les moyens du bord: une de nos bénévoles ramènera tout ce qu’elle pourra trouver dans son jardin. Du lierre, des écorces, des fleurs séchées… Tout ça pour préserver l’essentiel: la convivialité et la chaleur humaine. Qui est, cette année, plus nécessaire que jamais.”

Les bénévoles se font plus discrets depuis le mois de septembre et notre budget a été divisé par trois.

Ainsi, Céline Rémy expose que si les besoins sont grands – particulièrement cette année – les bonnes volontés auraient tendance à s’amenuiser. “On le sent depuis le mois de septembre: les bénévoles se font plus discrets. De même, nous avons lancé un appel aux dons il y a cinq jours, et sur cette période nous avons récolté trois fois moins d’argent que l’année dernière… Mais, c’est peut-être un peu tôt pour en conclure une tendance générale…”. Quoi qu’il en soit, les repas intergénérationnels offerts par Bras dessus, bras dessous auront lieu et c’est un boucher retraité solidaire qui préparera des carbonades flamandes paraît-il succulentes…

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Des lutins qui abandonnent

L’objectif de l’opération Papa Noël, c’est que tous les enfants qui ont été parrainés reçoivent un cadeau”, explique Aurielle, la porte-parole de l’initiative. Celle-ci a vu le jour à la Saint Nicolas en 2015, lorsqu’Anaïs et Nicolas, un couple résidant à Manage, constatèrent à quel point leurs jeunes enfants étaient gâtés. Et décidèrent de publier un post Facebook pour partager les 5kg de friandises reçues par leurs bambins.

Le principe est né de ce coup de tête. D’un côté des lutins offrant un cadeau d’une valeur oscillant entre 15 et 25 euros, de l’autre des enfants vivant en famille d’accueil, en centre d’hébergement ou au sein d’une famille économiquement démunie. Un succès immédiat qui se propage dans toute la Belgique francophone. “Mais, il y a des abandons de certains lutins. L’année passée on a eu 600 abandons. On complète grâce aux “cadeaux suspendus” que l’on peut acheter sur notre site et que nous nous chargeons de livrer aux enfants dont le lutin a fait faux bond… Si jusqu’en 2021, le nombre d’enfants parrainés s’accroissait d’année en année de façon exponentielle jusqu’à atteindre 12.000, ce qui se passe actuellement semble accréditer un tassement du nombre de lutins donc d’enfants parrainés”. Effectivement, Anaïs, la co-initiatrice nous confirmera que si en 2021, 17.000 lutins se battaient pour parrainer 12.000 enfants, cette période de fêtes 2022 aura ramené 11.250 lutins pour 11.250 enfants et parmi les lutins, 750 abandons que l’ASBL suppléera avec des cadeaux de secours.

passer les fêtes avec des plus démunis

La Fondation Roi Baudouin a débloqué 3 millions d’euros destinés aux associations chargées des plus démunis. © PhotoNews

Moins de boîtes à chaussures

Une autre initiative active sur toute la Belgique francophone inclut des enfants mais pas comme destinataires de la solidarité de Noël. L’opération Shoe-Box est organisée, depuis 1999, par l’ASBL Les Samaritains, et vise à récolter des boîtes à destination des sans-abri et des démunis de Belgique. Les boîtes à chaussures rassemblent ainsi aliments et boissons non alcoolisés, faciles à ouvrir et prêts à consommer. On peut y ajouter des articles d’hygiène, une écharpe, des gants, un bonnet et une petite carte de vœux. Elles sont ensuite emballées comme des cadeaux de Noël. Et déposées dans des centres de réception partout en Belgique (liste consultable sur shoe-box.be).

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Les shoe-box sont ensuite distribuées par les Restos du Cœur, le SAMU Social, La Fontaine, Chez Nous/Bij Ons, la Mission espagnole, la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés… Les trois sources des shoe-box sont les particuliers, les entreprises et les établissements scolaires. En 2019, il y avait 47.094 shoe-box. Le Covid a presque divisé ce chiffre par deux. En 2021, la situation s’était redressée à 27.396 shoe-box. “Cette année sera difficile”, indique Pascaline, responsable bénévole des Samaritains. “J’ai déjà eu plusieurs instituteurs d’écoles bruxelloises, même d’Uccle, qui disent avoir beaucoup moins de boîtes. Ou pour me dire qu’ils ne participent pas parce que les parents sont trop “justes ”et ne peuvent pas se permettre d’y participer.” Les petits cadeaux à l’attention des sans-abri seront, cette année, moins nombreux. Au contraire, apparemment de ceux-ci…

Un Thermos pour tous?

Depuis l’ouverture de la nouvelle saison, ce 1er novembre, le responsable de l’équipe de bénévoles de l’ASBL Thermos, active tous les soirs dans la station Botanique, entre la rue Royale et le boulevard Pacheco à Bruxelles, affirme que tous ceux qui en besoin seront aidés. Il est à peine 19h dans ce couloir de métro où la température atteint à peine 10°C (mais c’est déjà bien mieux que les - 2°C à l’extérieur) et les files s’organisent déjà. Alors que la distribution des repas chauds commencera à 20 heures. “À cause de la crise de l’accueil, des milliers de personnes, dont un nombre impressionnant de mineurs, ne sont pas pris en charge par Fédasil et se retrouvent à dormir dehors. Un certain nombre d’entre eux vient ici. Et donc, les gens arrivent de plus en plus tôt pour être certain d’obtenir un repas. Mais, il n’y en a pas pour tout le monde. D’ailleurs, cette année, nous avons dû installer une grille à l’entrée du couloir. Une fois qu’on a atteint notre quota de repas (200), on ferme cette grille. Pour limiter les risques d’incident…” Et pour le traditionnel réveillon de fin d’année organisé depuis plus de 20 ans par Thermos, l’édition 2022 sera festive mais “un tout petit peu”. En raison de la situation financière de l’ASBL, nous dit-on.

Un constat général

Les impressions recueillies sur le terrain auprès d’autres ASBL actives auprès de migrants, de SDF et de prisonniers vibrent des mêmes constats. Cette vision partielle de la réalité est malheureusement corroborée par le baromètre 2022 des associations réalisé par la Fondation Roi Baudouin. “L’enquête porte sur un échantillon de 700 associations dans différents secteurs (social, santé, culture, environnement, bien-être animal, coopération au développement) qui ont répondu entre début septembre et début octobre”, précise Cathy Verbyst, responsable de la communication de la Fondation.

Si le secteur associatif résiste tant bien que mal aux crises successives, c’est notamment grâce au soutien des pouvoirs publics qui, via les subsides, offrent une assise financière relativement stable aux associations: 74 % d’entre elles ont bénéficié de subsides en 2022. Mais, 40 % des associations ont, tout de même, vu leur situation financière se dégrader.” En cause, entre autres, l’inflation. Les charges ont augmenté ce qui n’a pas été le cas des subsides. Ce n’est pas l’unique raison. “Ainsi, 40 % des associations constatent une diminution des dons de particuliers en 2022. Toutefois, les associations sont résilientes et font preuve de créativité: elles ont diversifié leurs sources de revenus depuis la crise du Covid. Une partie non négligeable d’entre elles ont augmenté les revenus issus de la part des cotisations de leurs membres, de leurs recettes commerciales (vente de gaufres, organisation d’événements…). Par ailleurs, le volontariat a été frappé de plein fouet par la crise du Covid. Et, en 2022, 30 % des associations constatent que les bénévoles actifs au sein de leur structure sont toujours moins nombreux qu’avant la pandémie.” La Fondation Roi Baudouin, consciente de la situation, a débloqué une aide urgente de près de 3 millions d’euros pour, ainsi, permettre à environ 500 organisations de lutte contre la pauvreté de “passer l’hiver”. Et maintenir ainsi les offres de services au bénéfice des plus vulnérables…

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