Comment la Belgique produit et consomme son électricité, en 3 graphiques

Plusieurs facteurs vont faire augmenter les prix de l'électricité en décembre 2022, ce qui s'explique très bien grâce à quelques graphiques.

Centrale électrique de Drogenbos
La centrale électrique de Drogenbos, avec ses turbines à gaz et à vapeur, le 8 décembre 2022 ©BelgaImage

Cette semaine, les prix de l'électricité vont bondir. Déjà ce lundi à l'aube, le MWh atteint des pics à 750€, contre 500€ en milieu de semaine passée et 200€ les semaines précédentes. Des montants qui pourraient encore grimper en fin de journée ces prochaines jours. «Nous attendons, surtout en soirée, un pic des prix de l’électricité», confie Elia, le gestionnaire du réseau haute tension, à l'agence Belga. Pour en comprendre les raisons, cette entreprise met à disposition du public une série de graphiques mis à jour en temps réel. Une façon de constater simplement pourquoi il faut débourser encore plus.

L'électricité que la Belgique produit

Premier graphique instructif: celui de la production d'électricité selon le type de source énergétique. Ce 12 décembre, elle devrait atteindre un total de près de 8.500-9.000 MW (mégawatts). Comparé aux derniers mois, c'est une plutôt proche de la moyenne journalière, mais il y a un hic. Le nucléaire ne compte plus que pour 4.000 MW du total. Jusque début décembre, ce chiffre tournait plutôt autour de 4.800 MW et atteignait même 5.500 MW mi-septembre. Cette baisse non négligeable de la part du nucléaire est la conséquence directe de l'arrêt du réacteur Tihange 1 suite à un problème concernant l’une de ses deux turbines à vapeur, dans la partie non-nucléaire de la centrale. Son redémarrage, prévu le 14 décembre à l'origine, a été reporté au 19-20 décembre.

À lire: Les prix de l’électricité risquent d’exploser : «Ce sera la semaine la plus difficile de l’année»

Si la Belgique produit malgré tout une quantité louable d'électricité, c'est grâce au gaz naturel. Ce lundi, il devrait représenter 3.700 MW, soit presque autant que le nucléaire. Durant une bonne partie du mois novembre, celui-ci ne comptait que pour moins de 1.000 MW, voire seulement 437 MW le 6 novembre. Puisque cette énergie est plus chère, cela fait monter logiquement le prix final, selon la loi de la dernière unité produite.

Production d'électricité selon le type de source énergétique. Vert: nucléaire ; bleu: gaz naturel ; bordeaux: éolien ; jaune: hydraulique ; vert clair: autres ©Elia

À côté de cela, l'énergie hydraulique et éolienne ne comptent pas pour grand-chose aujourd'hui, avec 182 MW pour la première et 282 MW pour la deuxième. En novembre, l'éolien pouvait compter certains jours pour plus de 2.000 MW, ce qui faisait chuter le coût de l'électricité. C'est ici la conséquence du peu de vent qu'il y a en Belgique cette semaine, avec à peine 5 km/h ce lundi selon l'IRM. Il devrait en être de même jusque vendredi avant que n'arrive un vent un peu plus puissant, sans atteindre pour autant une grande vitesse (jusque 20 km/h en début de semaine prochaine).

L'électricité que la Belgique pourrait produire

Qu'est-ce que cela donnerait si la production électrique tournait au maximum? Pour le savoir, Elia a établit un autre graphique répertoriant toutes les unités de production qu'elle exploite en Belgique. Il en ressort que l'on pourrait théoriquement atteindre plus de 17.000 MH, soit presque 10.000 de plus que ce qui est effectivement produit ce lundi. Il faudrait pour cela que l'éolien tourne au maximum, ce qui donnerait près de 2.750 MW. L'hydraulique peut représenter 1.400 MHW et le fuel liquide 180 MW. Mais c'est surtout du côté du nucléaire et du gaz naturel qu'il y a des ressources. Ils peuvent respectivement produire 6.000 MW et 5.900 MW.

Potentiel de production d'électricité en Belgique. Bordeaux: éolien ; jaune: hydraulique ; vert clair: autres ; vert: nucléaire ; bleu: gaz naturel ; orange clair: fuel liquide ; orange foncé: charbon ©Elia

En d'autres termes, le nucléaire produisait mi-septembre quasiment son niveau maximum d'électricité. Le gaz naturel peut participer encore plus qu'aujourd'hui mais pour cela, il faudra payer cher. Quand à l'hydraulique et l'éolien, leur participation peut être bien plus élevée que ces derniers jours mais il faut que les conditions soient remplies pour que cela soit possible. Les données d'Elia permettent d'ailleurs de remarquer que le potentiel de l'éolien n'a cessé d'augmenter ces dernières années, puisqu'il n'était que de 860 MW en 2015.

Un paramètre n'apparaît pas dans ce tableau: l'énergie photovoltaïque. Elia possède des données mais ne les donne qu'à part. On constate ainsi qu'hier, en milieu de journée, la production photovoltaïque pouvait compter jusqu'à 680 MW, mais très brièvement. Les journées étant courtes en décembre et les nuages étant très présents la semaine dernière, on est loin de la capacité totale, c'est-à-dire 6.430 MWp. La semaine qui arrive devrait être plus encourageante de ce point de vue, avec des pics à plus de 1.900 MW.

Une demande dans les clous de l'offre?

La question maintenant, c'est de savoir si cette production suffit. En théorie oui et ce pour une raison simple: selon les données d'Elia, la charge totale d'électricité sur le réseau belge ne dépasse jamais les 12.000 MW. Elle peut atteindre des pics élevés, comme le 6 décembre dernier avec 11.410 MW, mais aussi rester à des niveaux très modérés, comme entre 8.000 et 9.000 MW de juillet à novembre 2022. Ce 11 décembre, la Belgique a eu besoin de 8.662 MW.

Niveau de charge électrique totale en Belgique, en MW ©Elia

Maintenant, en fonction de la disponibilité des différentes sources énergétiques, la Belgique pourrait éventuellement se retrouver à court d'options. Si c'était le cas, il faudrait se rabattre sur des solutions alternatives. Il y a notamment l'importation. Le souci, c'est que la Belgique devrait déjà aider la France, cette dernière n'arrivant pas à faire fonctionner son très important parc nucléaire à plein régime. Fin novembre, notre pays exportait près de 900 MW mais ces prochaines semaines, il faudra voir s'il sera toujours en capacité de faire de même. Si ce n'est pas que le cas et qu'il faut au contraire combler des manques, il serait nécessaire de se tourner vers d'autres pays, comme l'Allemagne qui produit une bonne partie de son électricité au charbon, en espérant que ceux-ci ne se retrouvent pas dans la même situation.

Autre solution en cas de pépin: faire baisser tout simplement la consommation d'électricité en Belgique. Cela est déjà une réalité, puisqu'elle a diminué en novembre de 11%, même si les températures clémentes du mois dernier ont pu aider. En décembre, la demande va augmenter à cause d'une météo bien plus froide. Est-ce que malgré tout, celle-ci sera en baisse par rapport aux autres années? C'est la question. La hausse des prix pourrait inciter à la sobriété énergétique mais son effet reste à vérifier. Si un équilibre n'est pas trouvé, il faudrait s'en remettre au plan de délestage qui prévoit des coupures partielles de courant.

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