Énergie: De Croo assure que «la lumière et le chauffage ne s'éteindront pas»

Le Premier ministre a tenu à rassurer sur les capacités énergétiques de la Belgique, sans éviter que des critiques n'émergent depuis la Chambre.

Alexander De Croo
Le Premier ministre Alexander De Croo, le 8 décembre 2022 à la Chambre des représentants, à Bruxelles ©BelgaImage

«Ce gouvernement assure la sécurité d'approvisionnement dans des temps incertains alors que, dans d'autres pays, on s'inquiète de la situation pour l'hiver actuel». Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) a défendu jeudi, en séance plénière de la Chambre, la décision prise la veille en conseil des ministres restreint («kern») d'analyser d'ici janvier toutes les options afin d'assurer l'indépendance énergétique de la Belgique pour l'hiver 2025-2026. Il a en outre confirmé le maintien du 31 décembre comme date limite pour un accord avec Engie sur la prolongation des réacteurs nucléaires de Doel 4 et Tihange 3 jusqu'en 2036.

«Nous avons une politique énergétique solide»

Au vu des nouveaux éléments dégradant la situation énergétique en Europe (guerre en Ukraine qui se poursuit, parc nucléaire français au ralenti), Elia et Fluxys, pour le volet gazier, ont recommandé mercredi soir de renforcer les capacités de production à hauteur de 900 à 1.200 MW pour l'hiver 2025-2026 et un buffer supplémentaire de 1.600 MW pour l'hiver 2026-2027. Les hivers 2022-2023, 2023-2024, 2024-2025 sont par contre couverts avec les capacités actuelles et les investissements déjà prévus et validés.

Interrogé par pas moins de onze députés, Alexander De Croo a estimé qu'il s'agissait là d'un travail sur le long terme et basé sur «le pire du plus pire scénario». «La discussion qui est menée est tout à fait différente que dans d'autres pays d'Europe où l'on parle de plan de délestage pour cet hiver-ci. Chez nous, la lumière et le chauffage ne s'éteindront pas», a-t-il indiqué, citant la France, la Suisse et l'Allemagne. «Et ces pays n'ont aucun black-out grâce à qui ? À la Belgique, car nous avons une politique énergétique solide».

Également interrogée, la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) a indiqué que tous les scénarios étaient envisagés. «Vous pouvez appliquer la politique de l'autruche et croire que le problème que connait la France se résorbera tout seul. Ou il existe une autre option: prévoir une sécurité supplémentaire». Un briefing technique pour la presse est prévu à 16h30 à son cabinet.

Vif débat sur le nucléaire

Sur les bancs de la majorité, des divergences sont apparues quant aux scénarios à envisager. «La moitié du parc nucléaire français est à l'arrêt. Pourquoi une telle musculation politique sur une énergie du passé ?», a lancé Kris Verduyckt (Vooruit), dans une intervention largement applaudie par les écologistes. «Tous les rapports d'ingénieurs vont dans le sens de la transition énergétique. Et ici, nous sommes en train de discuter d'une source d'énergie du passé...». «Pourquoi cette génération de politiques s'entête-t-elle à vouloir se profiler ainsi ?», a renchéri Kim Buyst (Groen).

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«Ce n'est pas une énergie du passé, mais de l'avenir», a contesté Benoît Piedboeuf (MR), faisant référence aux petits réacteurs modulaires (SMR). «Elle nous permet de fonctionner maintenant, d'approvisionner la France et nous offre une autonomie». Ce point de vue a été partagé par Bert Wollants (N-VA, opposition). «Si nous n'avons pas de problèmes, c'est parce que nous avons encore des centrales nucléaires. Ce que vous devez faire, c'est avoir un maximum de réacteurs nucléaires en activité en 2025-2026. Décidez la prolongation !», a-t-il exhorté. «C'est le gaz, le charbon et le pétrole qui sont des énergies du passé», a aussi estimé François De Smet (DéFI). De leur côté, Catherine Fonck (Les Engagés) a dénoncé un gouvernement «obnubilé par le gaz» tandis que Sofie Merckx (PTB) a appelé à une nationalisation d'Engie.

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