Grève sur le rail ce mardi 29 novembre : ce qui est reproché à la SNCB

Le ministre Écolo de la Mobilité affiche des projets ambitieux pour le rail. En attendant, les grèves se succèdent à la SNCB. Décryptage d’une grosse pagaille.

grève sur le rail ce mardi
© Photonews

Depuis qu’il est ministre, Georges Gilkinet siffle le départ du train. Depuis le quai de gare du gouvernement fédéral, il annonce que le rail va devenir la colonne vertébrale de la mobilité de notre pays. Sauf que les grèves se succèdent à haute cadence à la SNCB. En comptant cette semaine et la grève générale, c’est la quatrième fois que les trains sont à l’arrêt. Dans les rangs des cheminots, on fulmine. Pour eux, les décisions annoncées par le gouvernement, c’est riquiqui, queues de cerise et poudre de perlimpinpin. Les décisions budgétaires prises en octobre dernier, avec à peine 115 millions dégagés en 2023 et 100 millions en 2024, ne rencontrent pas les ambitions annoncées par le ministre Gilkinet. Par ailleurs, pour transformer le train en un outil vraiment efficace dans les dix années à venir, “il aurait fallu pas moins de 4 milliards pour réaliser les investissements et il n’y a plus que 1,9 milliard qui est annoncé. Résultat: les objectifs sont restés les mêmes avec moitié moins. De surcroît, cela engage le futur gouvernement issu des prochaines élections. C’est donc de la politique-fiction”, s’insurge Pierre Lejeune, président national de la CGSP cheminots.

Le plan de transport, qui devait entrer en vigueur le 11 novembre dernier, a été postposé. “Ce sera probablement pour juillet parce qu’à l’heure actuelle il n’y a pas assez de personnel ni de moyens financiers”, souligne Grégory Heuchamps, permanent national des cheminots à la CSC. Aujourd’hui, les conditions de travail sont déjà compliquées alors que la formation d’un conducteur de train prend entre 12 et 15 mois. “Nous demandons de pouvoir recruter du personnel ainsi qu’un protocole d’accord social. On demande de gros efforts aux cheminots à cause de ces pénuries alors que comme tout le monde on a du mal à payer ses factures.” Pierre Lejeune renchérit: “On réclame un contrat social avec Infrabel sur l’évolution du recrutement et de l’emploi et une amélioration du pouvoir d’achat”.

À lire aussi : Georges Gilkinet sur la grève du rail : "A l’heure où on investit comme jamais, cette action est paradoxale"

Faisant valoir “un travail de dingue” et deux milliards investis ces deux dernières années alors que plus rien n’avait été fait depuis 2012, le ministre déclare son incompréhension de la situation. Navetteur assidu lui-même, il estime que “les voyageurs méritent mieux que ce qui est en train de se passer”. Mais l’Écolo doit bien reconnaître quelques soucis. L’argent investi est intervenu alors qu’il fallait compenser les coûts de l’énergie et des baisses de rentrée dues au Covid sans compter des problèmes du passé qu’il a fallu solder. Et puis, Alstom a deux ans de retard dans la livraison de matériel, ce qui oblige l’emploi de vieux matériel. En revanche, malgré la déconvenue arrivée par rapport à l’arrêt du nucléaire, Georges Gilkinet assure que les promesses d’investissements seront coulées dans les contrats de gestion et les engagements inscrits dans un arrêté royal. “Ce ne sera pas évident de les défaire et les Écolos, s’ils sont toujours au pouvoir, ne laisseront pas faire cela. Ce n’est pas une promesse en l’air. De toute façon, avec le prix de l’énergie, c’est vraiment l’heure du train. Et le changement est en marche”, assure le ministre.

les trains en grève

© BelgaImage

Malaise

Le premier jour de grève de cette semaine (le mardi 29 novembre) concerne l’ensemble des 28.000 cheminots. Mais les mercredi et jeudi, il s’agit d’un mouvement emmené par les seuls conducteurs de train et leur syndicat, le SACT. Les conducteurs sont alarmés par les conditions de sécurité alors que le premier semestre a été marqué par une augmentation de 83 % des dépassements de signaux. Ils font aussi valoir des conditions de travail dégradées avec une hausse de productivité et une fatigue excessive. Sans compter la fameuse commission Buizingen qui a été mise en pause. Cette prolongation de la grève ne plaît guère aux syndicats “traditionnels” pour qui “un conducteur est un maillon de la chaîne, à côté des accompagnateurs de train, des agents pour entretenir les voies, des ouvriers pour la sécurité… Un train n’est pas un autobus. Un conducteur ne peut pas assumer tout tout seul”, explique Pierre Lejeune.

À lire aussi : Retards, problèmes techniques et manque d'accompagnement : un passager raconte l'angoisse de son voyage en train de nuit

Dégradation

La ponctualité des trains chute. Chaque jour, 38.000 trains circulent et en octobre 3.900 trains ont été supprimés. C’est 4 % de l’offre de trains. Il y a des problèmes de matériel, parfois des avaries au niveau de l’infrastructure. 15 % des suppressions de train proviennent d’un manque de personnel. “Il manque actuellement, tant pour la SNCB qu’Infrabel, 2.000 agents. Je ne parle pas de ceux qui manquent en cas de croissance de l’offre, calcule Pierre Lejeune. 20.000 jours de congé de compensation ne sont plus octroyés au personnel. Le taux d’absentéisme explose, allant jusqu’à 29 % à certains endroits.

Fréquentation

Les navetteurs ont retrouvé le chemin du rail, la SNCB enregistrant aujourd’hui 93 % de sa fréquentation d’avant-Covid. Mais les navetteurs abonnés, en particulier, sont toujours en forte baisse (-16 %) par rapport à 2019. La patronne de la SNCB l’explique notamment par l’instauration du télétravail. Une note positive cependant: les ventes de billets à l’unité ont fortement augmenté (+ 7 %) par rapport à la période pré-Covid.

Le chiffre

Le pourcentage de satisfaction des clients est passé d’un taux record de 77 % en 2021 à 71,1 % cette année.

Sur le même sujet
Plus d'actualité