«Insatisfaisant», «Inacceptable» : les réactions à l'accord du gouvernement sur les salaires

Le gouvernement s'est entendu lundi en comité restreint sur une proposition de conciliation permettant de sauver les négociations salariales entre les syndicats et les employeurs.

Les réactions à l'accord salarial
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Une partie de l'enveloppe bien-être sera utilisée pour augmenter le salaire minimum. Cette dernière sera versée à 100 %. Normalement, cet argent est consacré à diverses allocations, mais cette fois, une petite partie sera réservée aux travailleurs. Les allocations de chômage les plus basses augmenteront de 1,3 %, ce qui est inférieur au maximum de 3,5 %. L'argent ainsi dégagé servira à augmenter le salaire minimum afin d'éviter au maximum les pièges à l'emploi. Une première, selon le cabinet du Premier ministre.

Comme prévu, l'indexation automatique sera conservée mais la marge salariale sera nulle durant les deux prochaines années, quel que soit l'indice. Les entreprises qui s'en sortent bien pourront toutefois accorder une prime allant jusqu'à 500 euros à leurs salariés, à condition qu'un accord sectoriel soit conclu à cet effet. Une clause échappatoire est également prévue pour les entreprises qui ne disposent pas de ces moyens financiers. Enfin, les entreprises aux bénéfices exceptionnellement élevés pourront octroyer jusqu'à 750 euros à leurs travailleurs.

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Concrètement, les pensions ainsi que les allocations sociales connaîtront plusieurs hausses en 2023 et 2024 à la suite de cet accord. Les pensions minimales augmenteront ainsi de 2% au 1er juillet 2023. Ce sera également le cas des pensions qui ont pris cours en 2018 tandis que celles entrées en vigueur avant 2008 progresseront de 1,2% à la même date. On notera encore une hausse de 2% du montant du plafond salarial le 1er janvier 2024 et de 3,8% du pécule de vacances des pensionnés le 1er mai 2023 (et + 2,55% le 1er mai 2024). Enfin, le revenu d'intégration et l'allocation de remplacement de revenus ainsi que la Grapa (Garantie de revenu aux personnes âgées) augmenteront de 2% à partir du 1er juillet 2023.

Insatisfaisant, selon la FEB

L'accord salarial sur lequel le conseil des ministres restreint du gouvernement fédéral s'est mis d'accord lundi apporte une réponse insatisfaisante aux véritables défis, estime la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) dans une première réaction.

"Fixer la norme salariale à 0% est déjà un signal important. Cela permet d'éviter une augmentation générale des coûts salariaux pour l'économie", estime le patron de l'organisation patronale, Pieter Timmermans. Mais les primes uniques auxquelles le kern a abouti envoient un mauvais signal, tacle la FEB. "Apparemment, plus la crise de compétitivité est profonde, plus les primes autorisées sont élevées. Nous traversons en effet la crise de compétitivité la plus sévère depuis des décennies, qui affectera inéluctablement la création d'emplois, et le montant des primes uniques est relevé", déplore-t-elle.

La FGTB pas très enthousiaste

La FGTB n'est "pas très enthousiaste" vis-à-vis de l'accord salarial proposé lundi par le gouvernement fédéral. Celui-ci contient cependant également des points positifs, a reconnu Miranda Ulens, secrétaire générale du syndicat socialiste.

"Nous ne sommes, en fait, pas favorables aux chèques", développe la FGTB à propos de cette proposition de prime. "Il ne s'agit pas d'une augmentation structurelle des salaires. En outre, elle ne compte pas pour l'accumulation de la pension. Des personnes n'arrivent déjà pas maintenant à joindre les deux bouts avec leur pension."

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Les syndicats préféreraient en outre que la norme salariale soit indicative, afin que les syndicats et les employeurs puissent toujours négocier des augmentations de salaire, répète Miranda Ulens. Il n'y a en effet, légalement, pas de marge pour une augmentation des salaires, en dehors de l'indexation automatique, pour ces deux prochaines années.

La secrétaire générale du syndicat socialiste se félicite, par contre, que la proposition du gouvernement ouvre la porte à des négociations au niveau sectoriel. Elle pense d'ailleurs que de nombreux secteurs recourront à cette prime. "J'entends qu'il y a des employeurs qui veulent donner de la reconnaissance à leur personnel", confie-t-elle. "Grâce à cela, on peut encore prendre en compte les entreprises en difficulté."

Agoria mécontente

La fédération des entreprises technologiques Agoria est pour le moins mécontente de l'accord salarial présenté lundi par le gouvernement fédéral. "Le gouvernement joue à Saint-Nicolas et les entreprises se voient offrir le Père Fouettard", réagit, sans mâcher ses mots, le CEO Bart Steukers.

"Il m'est difficile d'expliquer cela à nos dirigeants d'entreprises", souligne M. Steukers. "Nos salaires augmentent 5,7% plus vite que chez nos partenaires commerciaux et notre compétitivité se détériore chaque jour", déplore-t-il. "Si cette proposition de conciliation devait devenir la décision finale, nous nous assoirons, en tant qu'organisation sectorielle constructive, avec les partenaires sociaux et nous examinerions comment nous pouvons limiter le plus possible les dommages potentiels à notre tissu économique", prévient le CEO d'Agoria.

Inacceptable pour le PTB

Le PTB a qualifié d'inacceptable l'accord salarial proposé lundi par le gouvernement fédéral. "Le gouvernement prive l'ensemble de la classe travailleuse de toute liberté de négocier sa légitime part du gâteau. Et pourtant, les 5.000 plus grandes entreprises de Belgique ont vu leurs bénéfices doubler pour atteindre 36 milliards d'euros. Bloquer tous les salaires à 0,0 % est donc non seulement injuste, mais aussi complètement irresponsable en cette période de crise du pouvoir d'achat", a réagi le président du PTB, Raoul Hedebouw, par voie de communiqué.

Celui-ci a jugé les chèques à la consommation promis "totalement insuffisants". "Le gouvernement espère pouvoir endormir la mobilisation grâce à des mini-chèques uniques, une aumône. Des chèques dont on n'est même pas sûrs de voir la couleur, d'ailleurs, car l'an dernier, seule la moitié des salariés en ont reçus. Et pour un montant de moins de 11 euros par mois. Alors que l'on sait que les grandes entreprises engendrent des bénéfices plus élevés que jamais", a ajouté le leader de la formation d'extrême gauche.

Pour le PTB, le gouvernement ferait mieux d'inverser la vapeur et de bloquer les prix de l'énergie, plutôt que les salaires. Il demande au ministre fédéral de l'Emploi, Pierre-Yves Dermagne (PS), de ne pas signer l'arrêté royal qui bloque les salaires.

Les syndicats de police déçus

Les syndicats de police espéraient une concession du gouvernement sur l'accord salarial et le dispositif  NAPAP - non activité préalable à la pension-, le régime d'aménagement de fin de carrière propre aux policiers, qui doit être supprimé après 2022, mais ils ont échoué.

"Les gens ne veulent même pas parler de notre statut. Ils maintiennent la réduction accélérée de la NAPAP et ne veulent pas rappeler le phasage de l'accord salarial. C'est une déception", a commenté Joery Dehaes, délégué ACV (CSC) alors que 10.000 policiers ont manifesté lundi à Bruxelles pour exiger davantage de respect de la part du gouvernement fédéral.

Carlo Medo, président du Syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS), espérait davantage de ces entrevues. "On a beaucoup parlé, mais je pense qu'on ne s'est pas bien compris. Ils sont prêts à parler de la violence contre la police, mais sur les autres sujets, c'est triste. Je suis très déçu, car aujourd'hui nous avons vu un signal fort de la part des policiers eux-mêmes", a-t-il déclaré.

Le nouveau chèque consommation, sous forme de prime allant de 500 à 750 euros, proposé par le gouvernement prouve que la loi sur les salaires atteint ses limites, estime lundi le président de la CSC, Marc Leemans, via Twitter, dans une première réaction à l'accord fédéral sur les salaires.

« La loi salariale se heurte à ses propres limites »

Pour la CSC, ce nouveau chèque consommation est "bienvenu". "Mais cela prouve pour la deuxième fois que la loi salariale inapplicable se heurte à ses propres limites", lance le président du syndicat chrétien, Marc Leemans.

Les syndicats plaident depuis longtemps en faveur d'une norme salariale "indicative", qui laisserait une marge de manœuvre aux négociations entre syndicats et employeurs sur les majorations salariales. Ce dont ne veulent absolument pas entendre parler les patrons.

Maintenant que le gouvernement s'est prononcé sur l’enveloppe bien-être, Marc Leemans souhaite que l'argent aille le plus rapidement possible aux personnes dont les pensions ou les allocations sont les plus faibles.

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