Sécurité routière : le permis à points est-il la solution ?

Le nombre d’accidents de la route atteint des records et les fêtes de fin d’année font craindre le pire. Le gouvernement cherche des solutions durables. Il mise sur… le permis à points. Une bonne idée?

un accident mortel sur les routes à cause de l'alcool
Quelque 34.000 personnes ont été blessées ou tuées sur les routes belges en 2022. © BelgaImage

Entre janvier et septembre 2022, 326 personnes sont décédées dans un accident de la route. C’est plus que l’an dernier (+ 16 %). Avec un bilan de 34.000 vic­times, le nombre de blessés a également explosé (+ 11 %). Ces chiffres publiés la semaine dernière par le Vias Institute sont alarmants, d’autant que la fin de l’année est traditionnellement la plus à risque. 42 % des accidents avec tués ou blessés impliquant un piéton ont lieu en effet pendant la période s’étalant d’octobre à ­janvier. Les études démontrent qu’en Wallonie, alors que l’alcool est mêlé à 1 accident corporel sur 6 en moyenne, cette proportion passe à 1 sur 5 à Noël pour culminer à 1 sur 3 le jour de l’an.

Mais l’alcool n’est pas la seule explication de ces chiffres. Selon l’Institut Vias, d’autres causes existent comme la vitesse excessive, l’usage du GSM au volant ou encore le style de conduite agressif et la distraction. En l’occurrence, cette augmentation des accidents en automne est principalement liée à la visibilité, nettement plus faible, particulièrement durant les heures de pointe du matin et du soir. La moitié des accidents ont lieu pendant celles-ci, sur le chemin du boulot. L’Agence ­wallonne pour la Sécurité routière a ainsi lancé sa campagne pour la fin de l’année: “Soirée à la maison? Pensez au retour”. Matches de foot, Saint- Nicolas, Noël, nouvelle année, les occasions de faire la fête entre collègues, amis ou en famille vont se multiplier dans les prochaines semaines. “L’alcool, souvent présent lors de ces moments festifs, nous expose au risque. Les solutions ­existent et ne demandent qu’à être activées. Pour se préserver d’un accident, le mieux est d’anticiper sa soirée et surtout son retour, en prévoyant des boissons non alcoolisées pour ceux qui reprendront le volant ou une solution pour ne pas ­conduire”, nous explique l’AWSR.

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Mais les campagnes contre l’alcool au volant, pourtant nécessaires, semblent insuffisantes. C’est pourquoi le gouvernement se penche sur une solution plus durable pour diminuer le nombre de victimes de la route: le permis à points. Un paquet législatif devrait être introduit par la coalition De Croo au premier semestre 2023 pour une application avant la fin de la législature. Le système belge devrait être différent du français.

Chez nous, chaque conducteur débuterait avec zéro et accumulerait les points au fil des infractions. 12 points devraient équivaloir à un retrait de permis. Tout un chacun pourra quand bon lui semble suivre des formations sur les comportements dangereux pour récupérer son permis ou des points sur ce dernier. Ce permis s’ajouterait évidemment aux amendes actuellement d’application ainsi qu’à tout le dispositif légal en matière de sécurité routière existant. Le gouvernement a par ailleurs annoncé son intention d’augmenter le nombre de contrôles de police sur les routes dès l’année prochaine.

L’heure du bilan français

Le permis à points belge ne sera pas iden­tique au français. Néanmoins, il s’en inspire, et le système de nos voisins est arrivé, après 30 ans d’existence, à l’heure du bilan. A-t-on dès lors raison de suivre leur voie? En 1992, 9.000 automobilistes avaient perdu la vie sur les routes de l’Hexagone, contre moins de 3.000 l’an dernier. Évidemment, ce n’est pas seulement lié au permis à points, mais ce dernier fait partie du contexte. D’autres ­chiffres sont révélateurs: le nombre de ­suspensions de permis de plus de six mois a été divisé par 2, et ceux de moins d’un semestre, par 5. Les automobilistes prendraient moins de risques désormais. Précisons que certains pays comme la Suisse n’ont pas de permis à points mais affichent de bons résultats de sécurité routière.

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Des Belges prévoyants

Une enquête de l’AWSR révèle que la plupart des Wallons prévoient au moins “parfois” un plan pour rentrer en sécurité lors d’une soirée. Être ramené par un conducteur qui n’a pas bu est la solution la plus souvent citée (56 %). Vient ensuite le fait de limiter sa ­consommation d’alcool à un verre ou deux pour ne pas dépasser la limite (48 %). Dormir sur place rencontre moins de succès (32 %), mais s’avère plus populaire chez les jeunes (40 % des 18-34 ans). Enfin, 16 % prévoient de rentrer en transport en commun ou en taxi. Précisons que près de 60 % des Wallons disent ne pas boire d’alcool s’ils conduisent.

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Pays sous radars

Selon une enquête européenne, si on ramène le nombre de radars à la superficie du territoire, la Belgique est l’un des pays les plus ­contrôlés, avec en moyenne 60 radars pour 1.000 km2. À titre de comparaison, la France, 18 fois plus vaste, en compte 5 à 6. Malte, pays le moins contrôlé en chiffres absolus, est équipé de 21 radars pour un territoire de 316 km2, c’est tout de même proportionnellement plus que la Belgique. Cela explique pourquoi selon une enquête publiée cet automne par l’AWSR, pour 1 Wallon sur 3, le risque de croiser un radar est élevé. Malgré cela, de nombreux usagers dépassent encore les limitations de vitesse, notamment dans les zones 30 où plus d’un conducteur wallon sur deux estime qu’elles sont “difficiles” à respecter.

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L’anecdote

4 Wallons sur 6 tentent d’éviter les contrôles de police sur les routes grâce aux réseaux sociaux ou une application qui recense les radars et lieux de contrôle. C’est 2,5 fois plus qu’en 2018.

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