Voici les chiffres effrayants des violences faites aux femmes en Belgique

Bien qu'incomplets, les chiffres sur les violences sexuelles en Belgique restent à un haut niveau, même si les autorités multiplient leurs actions de lutte.

Voici les chiffres effrayants des violences faites aux femmes en Belgique
Manifestation contre les violences faites aux femmes, à Rennes le 27 novembre 2021 ©BelgaImage

Ce vendredi, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une thématique large puisqu’elle regroupe différents types d’agressions: physique, psychologique, économique, etc. Pour mieux se rendre compte de l’ampleur de ces phénomènes, les autorités et des associations ont mené des relevés en Belgique. En découlent des chiffres effrayants, mais parfois encore flous à cause du manque de données.

De nombreuses victimes et l’importance des préjugés

Parmi les chiffres les plus récents, on trouve ceux d’Amnesty International, issus d’un sondage réalisé en 2020. L’un des sujets abordés était celui du viol. Il en ressort qu’une femme sur cinq en a déjà subi un. Chez les jeunes, cela monte même à une personne sur quatre. En outre, 23% des femmes ont subi des relations sexuelles forcées par leur partenaire et 48% des victimes d’agression sexuelle l’ont été pour la première fois avant leurs 19 ans.

Des résultats à mettre en parallèle avec des préjugés coriaces. Un homme sur deux estime ainsi qu’une victime peut être en partie responsable de son agression. Près de 20% des jeunes pense qu’il ne peut pas être accusé de viol au sein du couple et ils sont également un sur trois à estimer que si une personne ne dit pas explicitement "non", cela ne peut pas être un viol. Enfin, 48% des Belges ont été exposés à la violence sexuelle.

Des statistiques incertaines

Ces chiffres reflètent-ils exactement la réalité du terrain? Difficile de le certifier. Il n’y a pas de statistiques officielles et la définition de violences sexuelles peut faire débat. L’association SOS Viol comptabilise de son côté 3.455 viols en 2018, la dernière année pour laquelle on a des données, soit 9,5 plaintes par jour (un chiffre en légère augmentation par rapport à 2014, où on en comptait 8,7 par jour). L’asbl a également répertorié 140 viols conjugaux, 216 viols collectifs et 3.706 attentats à la pudeur pour 2018. Quant à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, il estime en 2017 que 33,7% des femmes et 14,9% des hommes ont subi des violences conjugales.

Puis il faut prendre en compte le nombre de personnes qui ne portent jamais plainte. A priori, ce phénomène pourrait être massif, au vu des obstacles à franchir pour obtenir gain de cause. Amnesty note que 77 % des sondés pensent que la Justice n’est pas efficace pour retrouver l’auteur et que cela peut également être un frein pour les victimes. De manière plus objective, 53 % des affaires de viol sont classées sans suite, et très peu des dossiers poursuivis aboutissent à une condamnation effective. Le tout sans compter la peur de ne pas être vraiment écouté(e) lors d’une déposition de plainte. Autant de facteurs qui encourageraient les victimes à rester silencieuses.

À lire: Statistiques sur les violences sexuelles : la Belgique dans le brouillard

L’incertitude règne aussi pour ce qui est des féminicides. Un projet de loi gouvernemental devrait rendre cette notion officielle afin de pouvoir établir des statistiques qui font pour l’instant encore défaut. En attendant, il faut se référer aux chiffres de l’association Stop Féminicide. Selon celle-ci, il y a eu pour l’instant en 2022 au moins 20 féminicides. En 2021, il y en avait eu 22, un résultat en baisse par rapport aux années précédentes (43 féminicides ont été recensés en 2017). Mais là encore, la définition de féminicide fait l’objet de discussions. En janvier 2022, l’Espagne s’est par exemple distinguée en adoptant une comptabilisation particulièrement large, en reprenant les féminicides qualifiés de familiaux, sexuels ou encore sociaux.

Comment se classe la Belgique en Europe?

Ces subtilités font qu’il est difficile de faire des comparaisons au niveau européen. Cela se voit avec le nombre de viols enregistrés par Eurostat, où les différences sont trop grandes entre États pour qu’elles paraissent refléter la réalité du phénomène. L’Allemagne, qui a longtemps eu une définition très restrictive du viol, ne comptait officiellement en 2017 que 10 viols par centaine de milliers d’habitants, contre 92 pour l’Angleterre et le Pays de Galles (Irlande du Nord et Écosse exclus donc). Autre bizarrerie: le Monténégro n’aurait recensé en 2016 qu’un total de deux cas de viols sur son territoire, soit autant que le Liechtenstein!

Pour mieux appréhender les différences entre pays européens, SOS Viol a préféré mettre en évidence les réponses données lors d’un baromètre européen de 2016. Les sondés devaient notamment dire s’ils était d’accord ou pas avec l’affirmation suivante: la violence à l’égard des femmes est-elle souvent provoquée par la victime? Il en ressort qu’il y a une séparation claire entre les anciens blocs de l’Ouest et de l’Est, ceux de l’Est tendant beaucoup plus à être en accord avec cette assertion (tout comme des îles comme Malte et Chypre).

@SOS Viol

Encore des efforts à faire en Belgique

Au vu de tous ces éléments, que doit faire la Belgique pour lutter contre les violences faites aux femmes? C’est la question que se sont posés le mouvement féministe Soralia et la fédération des centres de planning familial du réseau Solidaris, Sofélia. Dans un communiqué, ils saluent d’abord, au-delà des efforts pour reconnaître la notion de féminicide, "la volonté du monde politique à mettre à l’agenda la lutte contre les violences faites aux femmes, et ce notamment au travers de l’adoption de différents plans comme le plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre 2021-2025, le plan intra-francophone de lutte contre les violences faites aux femmes 2020-2024 ou encore le plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes 2020-2024". Une réforme du code pénal sexuel est également d’application depuis le 1er juin 2022.

Soralia et Sofélia regrettent néanmoins qu’un total de "70% de ces plaintes sont classées sans suite" et que la nouvelle "définition du consentement explique tout ce qui n’est pas un consentement, plutôt que ce qui en est un". Autre problème pointé du doigt: la nouvelle réforme du code pénal sexuel "présente uniquement des mesures ‘curatives’ aux violences basées sur le genre". "Pourtant, nous savons que la prévention est primordiale, c’est pour cela que nous plaidons pour une éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) généralisée dans l’enseignement dès le plus jeune âge et tous les ans", déclare leur communiqué. Enfin, Soralia et Sofélia dénoncent la sous-évaluation de violences spécifiques, comme celles commises "aux femmes porteuses d’un handicap, aux femmes âgées, aux femmes (identifiées comme) lesbiennes et bisexuelles, aux femmes ‘racisées’ ou encore aux femmes (identifiées comme) migrantes".

Pour palier à ces difficultés, le communiqué suggère plusieurs pistes de solutions supplémentaires. Il y a "la récolte de données fiables et détaillées sur les violences", la sensibilisation des intervenants en première ligne (personnel médical, corps judiciaires, aides sociales…), ou encore "la mise en place d’un corpus de bonnes pratiques, afin d’accueillir, d’accompagner et d’orienter ces femmes aux parcours souvent atypiques". Dans cette perspective, une campagne "Ruban blanc" sera organisée du 25 novembre au 6 décembre pour sensibiliser et informer le public.

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