Peut-on être membre de l’Académie royale et véhiculer des théories racistes ?

Laurent Minguet, membre de l'Académie royale de Belgique, véhicule des théories racistes sur Twitter. Doit-il être destitué?

Peut-on être membre de l’Académie royale et véhiculer des théories racistes ?
Belga

C’est une théorie venue d’un autre âge, mais qui est réapparue récemment dans un tweet : " En moyenne le QI des noirs est inférieur au QI des blancs inférieurs à celui des Asiatiques. En moyenne ! Et les causes sont génétiques ET environnementales ". Son auteur est l’ingénieur et homme d’affaires liégeois Laurent Minguet, par ailleurs membre de l’Académie royale de Belgique. Ce message date d’il y a trois ans, mais a été exhumé cette semaine par Emmanuel André, ancien porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid, qui s’est insurgé et appelle à la destitution de Laurent Minguet.

Si Laurent Minguet n’a pas réagi, il ne cache pas non plus une certaine proximité avec une certaine droite décomplexée. C’est son droit. Mais il ne contredit pas non plus ces propos sur le QI. Au contraire. Dans un tweet daté du 22 octobre, depuis effacé, mais relevé par Le Soir, il écrivait: "Je sais bien que ces faits sur le QI bouleversent les schémas de pensée mais me traiter de facho, raciste, sexiste n’y changera rien. Je ne porterai pas plainte pour ces calomnies car je compatis à votre émotion face à la vérité".

De son côté, l’Académie royale de Belgique a réagi en signalant qu’elle "condamne toute forme de racisme et de discrimination", que ses membres "s’expriment en leur nom propre" et que "ces propos sont en opposition totale aux valeurs défendues par l’Académie".

L’Académie royale, c’est qui? C’est quoi?

La question n’est pas tant de savoir si Laurent Minguet a le droit de véhiculer ces théories racistes. Et racistes, elles le sont, selon la définition " idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, autrefois appelés “races” ". Mais tant qu’il n’appelle pas à la haine, il a le droit de donner son opinion. Et c’est à la justice, si une plainte a été déposée, de trancher. Mais le fait qu’il soit membre de l’Académie royale de Belgique pose question.

De quoi parle-t-on? Fondée en 1772, l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, a pour mission de promouvoir les travaux scientifiques et artistiques. Elle a une activité de publication et d’aide à la recherche, qui s’exprime notamment par des prix, des concours, des colloques, des fondations et des subventions. En somme, les membres de l’Académie sont la crème de la crème des intellectuels du Royaume. L’un d’eux peut-il dès lors véhiculer des thèses d’un autre âge, qui ont été abandonnées et répudiées depuis longtemps, en les faisant passer pour de la science exacte? Telle est la question.

Didier Viviers, le secrétaire perpétuel de l’institution, a indiqué au Soir un début de réponse: " La règle, c’est que chaque académicien est libre d’exprimer ses convictions, mais pour autant que les principes de la science et les valeurs essentielles des droits de l’homme ne soient pas remis en question et, évidemment, que les propos ne soient pas répréhensibles par la loi (…) Nous allons demander à M. Minguet de s’expliquer. Nous allons également réfléchir à l’élaboration d’une charte définissant certains principes d’engagement par rapport à l’Académie. "

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