Pas de hausse des salaires en 2023/2024 : vers une prime spéciale type "corona" pour sortir de l’impasse ?

C’est une des raisons de la grève de ce 9 novembre : hors indexation, il n’y aura pas de marge à négocier pour augmenter les salaires ces deux prochaines années (voire plus). Pour tenter d’y remédier, le gouvernement envisagerait d’octroyer, comme en 2021, une prime spéciale aux travailleurs de certains secteurs.

Les syndicats réclament notamment la modification de la loi de 1996 sur la norme salariale
Les syndicats réclament notamment la modification de la loi de 1996 sur la norme salariale @BELGAIMAGE

Transports en commun, aéroports, entreprises, hôpitaux, prisons… comme prévu, la Belgique tourne au ralenti ce mercredi, en raison d’une journée d’actions et de grève générale organisées par le front commun syndical (CSC, FGTB, CGSLB). Qui met en avant deux grandes revendications : "D’une part, l’amélioration des salaires, au-delà de l’indexation. Et aussi, le blocage des prix de l’énergie", expliquait ce week-end Thierry Bodson, le président de la centrale socialiste.

Une seule thématique, donc : l’amélioration du pouvoir d’achat, alors que le mécanisme d’indexation automatique, censé ajuster les salaires à l’inflation, intervient pour beaucoup avec un effet retard (en effet, l’inflation tourne depuis trois mois autour de 10%, mais de nombreux Belges vont devoir attendre janvier pour bénéficier de l’indexation correspondante).

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Rien à se mettre sous la dent en 2023-2024

Ce qui rebute particulièrement les représentants des travailleurs, c’est la perspective de n’avoir aucune marge salariale à négocier au-delà de l’indexation, lors du prochain Accord interprofessionnel (AIP) pour 2023-2024. La loi de 1996, durcie en 2017 sous le gouvernement Michel, prévoit en effet une marge maximale à fixer au-delà de laquelle les salaires du secteur privé ne peuvent augmenter. Basée sur l’évolution des salaires en Belgique par rapport à la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, elle doit éviter un trop grand écart salarial avec ces trois pays.

Le but affiché : ne pas affaiblir la compétitivité de nos entreprises. Or, selon les calculs du Conseil central de l’économie, la marge maximale pour ne pas agrandir cet écart serait de 0%… Donc aucune hausse de salaire à se mettre sous la dent pour les deux prochaines années. Voire même pour les quatre prochaines, selon les prévisions les plus pessimistes.

D’où la demande syndicale, réitérée maintenant depuis plusieurs années, de revoir la loi de 1996, qui rend ce plafond salarial indépassable. Sous la pression des syndicats et du PTB, le côté gauche de la Vivaldi, PS en tête, a fait mine plusieurs fois de vouloir revenir sur la loi. Problème : l’accord de gouvernement ne le permet pas. Et le reste de la Vivaldi n’en veut pas, à moins d’obtenir une contrepartie d’envergure, comme la remise en cause du mécanisme d’indexation.

Le torchon n’en finit plus de brûler entre patrons et syndicats

Pour sortir de l’impasse, la coalition gouvernementale pourrait être tentée de rejouer la carte d’une prime spéciale, sous le modèle de la prime Corona. En 2021, la norme salariale était déjà jugée trop juste par le banc syndical ; un bonus de 500 euros maximum avait pu être négocié dans certaines entreprises ayant enregistré de bons résultats, malgré la crise sanitaire. Selon Le Soir, la Vivaldi réfléchirait à cette option.

Reste à voir la marge de manœuvre exacte des travailleurs, qui seraient obligés de négocier au cas par cas une prime laissée à la bonne volonté de l’entreprise. Selon Le Vif, en moyenne, le chèque supplémentaire octroyé en 2021 s’élevait à 280 euros. Mieux que rien, certes, mais rapporté à l’inflation actuelle, sans doute très insuffisant pour enrayer la baisse du pouvoir d’achat.

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À voir également si, vu le contexte économique, les employeurs soient enclins à suivre le mouvement… "En dépit de la crise économique et sociale alarmante, les syndicats continuent d’exiger que les employeurs débloquent encore plus d’argent pour des primes supplémentaires, alors que chacun sait qu’on ne demande pas aux pompiers d’éteindre un incendie avec de l’essence", déclarait en tout cas mercredi la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), en réaction à la grève générale.

 

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