Le gouvernement flamand instrumentalise l’histoire de Flandre, dénoncent des académiciens

Des universitaires ont critiqué l'utilisation faite de l'histoire de Flandre par le gouvernement régional en vue d'une réforme de l'enseignement.

Drapeau flamand
Drapeau flamand à l’hôtel Errera, résidence de fonction du ministre-président de la Région flamande à Bruxelles, le 11 juillet 2020 ©BelgaImage

Trois historiens appuyés par des collègues de toutes les universités flamandes ont dénoncé avec force, dans un virulent pamphlet, l’initiative de l’actuel gouvernement flamand d’établir un "canon flamand" listant les principales dates, événements et figures qui ont marqué l’histoire de la Flandre, rapporte jeudi le quotidien De Standaard.

Un "canon" en vue de mener un "combat anti-Belge"

Ce canon flamand est censé être intégré à l’enseignement obligatoire et vise à forger l’identité flamande de citoyens vivant sur son sol ou désirant y vivre: son apprentissage serait également obligatoire pour les candidats au parcours d’intégration citoyenne. L’initiative a été annoncée dans l’accord du gouvernement flamand scellé en 2019 et elle est portée par le ministre N-VA de l’Enseignement Ben Weyts. Elle fait actuellement l’objet de travaux préparatoires dans une commission ad hoc.

Soutenus par de nombreux académiciens de toutes les universités flamandes, les professeurs Jo Tollebeek (KU Leuven), Marc Boone (université de Gand) et Karel Van Nieuwenhuyse (KU Leuven) ont dénoncé avec force cette initiative dans laquelle ils voient un instrument pour les nationalistes flamands au service du "combat anti-Belge". Il s’agirait d’amener en douceur une politique permettant d’élargir l’identification à la Flandre et de saper l’attachement à la Belgique. À les entendre, le projet viserait également à "préserver" la culture flamande de "toute forme de cosmopolitisme".

À lire: Le spectre du Bye Bye Belgium a-t-il disparu?

Prise de bec entre les universitaires et le gouvernement flamand

D’emblée, les universités flamandes se sont montrées critiques vis-à-vis d’une idée qui renvoie au récit historique nationaliste du 19e siècle. Ces critiques répétées font à présent l’objet d’un pamphlet virulent de l’académie royale flamande de Belgique pour les sciences et les arts. Elle voit dans ce canon une "instrumentalisation politique de l’histoire". Selon l’académie, l’agenda de la N-VA est limpide: "flamandiser encore plus le Flamand". Il s’agit "d’un instrument tout droit sorti de la boîte à outils du psychiatre", poursuit-elle, "une thérapie de la libération permettant de devenir un Flamand décomplexé". Pour le candidat à l’intégration citoyenne, le parcours serait "à sens unique"; sous le joug de la culture dominante, le canon flamand doit "homogénéiser la société".

Le ministre de l’Enseignement Ben Weyts a réuni une commission en vue de préparer ce futur canon flamand. Seuls deux historiens figurent dans cette commission qui compte neuf membres: le président Emmanuel Gerard et Jan Dumolyn. Ceux-ci ne sont pas épargnés par les critiques de leurs confrères alors que bon nombre d’entre eux ont refusé l’invitation qui leur avait été faite de participer aux travaux. Le pamphlet n’hésite pas à parler de "commission des collaborateurs".

À lire: François De Smet: "La N-VA et le Belang forment ensemble une masse vociférante"

Ces critiques ne sont pas du goût du ministre de l’Enseignement Ben Weyts. "Il est triste de voir certains académiciens mépriser la communauté flamande et son histoire", a-t-il réagi. "Il est encore plus triste de les voir juger de façon dévastatrice des collègues académiciens. Les brocarder en les qualifiant comme les membres d’une commission de collaborateurs est impardonnable. On est censé attendre d’historiens qu’ils appréhendent avec plus de sérieux la page la plus sombre de notre histoire. Tout cela ne témoigne pas d’un très haut niveau, ni comme académique, ni comme humain", a ajouté le ministre N-VA.

Sur le même sujet
Plus d'actualité