"Good Move": pourquoi tant de tensions autour du plan bruxellois?

Après les protestations de cette semaine, le plan Good Move est au cœur du débat afin de pointer les raisons d'une telle opposition au projet.

Opposition à Good Move
Panneau d’une rue cyclable décroché à Schaerbeek, le 25 octobre 2022 ©BelgaImage

Scènes de violence, panneaux arrachés, deux policiers et un pompier blessés, etc.: le spectacle était triste cette semaine à Schaerbeek. Pour les protestataires, il s’agissait de faire connaître leur mécontentement contre le nouveau plan de mobilité bruxellois "Good Move". Le 16 août dernier, ce dernier a été appliqué à Bruxelles-Ville et il devait en parallèle s’appliquer à d’autres communes de la région. Un lot de changements qui rencontre une certaine opposition, échaudée par ces modifications de sens des rues et ces zones d’accès limité. Mais qui sont vraiment ces opposants? "Good Move" est-il vraiment un projet critiquable? Ou est-ce que le mécontentement est plus simplement lié au concept du changement?

Une opposition locale mais aussi importée

La première question, c’est l’identité de ces protestataires. Ce mardi, le média bruxellois néerlandophone Bruzz a mené l’enquête pour faire la clarté sur le sujet. Il en ressort qu’une partie de la résistance est effectivement menée par des résidents locaux, mais pas seulement. Il existe également des militants venus d’autres communes. Ces personnes, très actives dans le milieu anti-Good Move, exportent leur mouvement dans toute la région. Bruzz cite le cas d’un Anderlechtois qui a lancé la résistance à Cureghem et qui a manifesté à Schaerbeek cette semaine. L’exemple le plus connu est celui d’un Ucclois devenu célèbre pour ses déclarations du style "Un bon cycliste est un cycliste qui prend le bus et qui ferme sa gueule". Au sein d’une pétition contre Good Move, le média bruxellois a également repéré qu’une bonne partie des signataires venaient de l’étranger, surtout de France.

Évidemment, il n’existe pas que ces militants "importés" mais ils servent de moteurs à la mobilisation anti-Good Move, par exemple sur Facebook. Bruzz montre également que des militants PTB coordonnent également le mouvement, le député bruxellois Youssef Handichi étant par exemple présent lundi à Schaerbeek. Ce dernier ne s’en cache d’ailleurs pas. "Nous nous réunissons avec les groupes locaux et leur apportons notre contribution, oui. Mais en fin de compte, nous voulons ramener Good Move au niveau bruxellois, pour y mener le débat", explique-t-il.

À lire: Plan Good Move à Bruxelles : Le MR et le PTB ont attisé la violence, selon Rajae Maouane

Un plan avec des qualités et des défauts

Face à une telle opposition, le gouvernement régional est déstabilisé. Ce jeudi, le secrétaire d’État à l’Urbanisme Pascal Smet, un des initiateurs du projet lorsqu’il était à la Mobilité, a fait connaître sa tristesse lors d’une interview à La Libre. Pour lui, ce plan est essentiel pour réguler le trafic "et, ainsi, améliorer la qualité de vie dans les quartiers". Car de fait, une mobilité plus douce réduit la pollution (y compris sonore) d’où des habitants en meilleure santé.

Mais il le concède, Good Move a des défauts. "Il se présente aujourd’hui comme un plan de mobilité pur et simple. Or, de mon expérience comme ministre bruxellois de la Mobilité, j’ai appris que, pour réussir, cela ne peut jamais être seulement un plan de mobilité. Cela doit être conçu comme un plan d’amélioration de la vie dans les quartiers. […] À Cureghem ou à Schaerbeek, les gens ont dû changer leur mobilité, ils ont vu apparaître des blocs de béton. Mais on ne leur a pas donné le rêve d’un quartier plus agréable à vivre".

L’urbaniste Benoit Moritz, professeur à l’ULB, fait la même analyse. C’est entre autres ce qui différencie Good Move des "super-îlots" de Barcelone, pointe-il (sans oublier la physionomie très différente de la capitale catalane, avec un plan très quadrillé). Ailleurs en Europe, "on voit qu’il y vraiment une réflexion sur l’emplacement des équipements et la façon de les desservir à pied, en voiture, en transports publics, etc. Cette logique-là, il faut la retrouver". L’universitaire pointe un autre défaut: le fait que Good Move soit composé de 50 mailles, alors que selon le "Monitoring des quartiers", il existe 150 quartiers à Bruxelles. "Je pense que ces mailles sont trop grandes et qu’il faudrait les réduire à l’échelle des quartiers".

Le rôle du social

Au-delà de ces critiques, il est aussi question d’une confrontation entre la volonté de réformer rapidement la mobilité bruxelloise, et des habitudes qui ne sont plus adaptées à ce nouveau milieu. "De manière générale, on a tendance à considérer que l’espace public est immuable, qu’il a toujours été comme ça. En fait, c’est toujours l’objet de controverses, c’est toujours en discussion, ça n’arrête pas d’évoluer, et donc c’est tout à fait normal et c’est plutôt sain qu’il y ait des débats sur l’occupation de l’espace public", explique à la RTBF Claire Pelgrims, postdoctorante professeure spécialiste en urbanisme et mobilité à l’ULB. Pour elle, avec tous ces changements, le citoyen a difficile de se projeter. Les "super-îlots" de Barcelone avaient d’ailleurs eux aussi leurs détracteurs. À Bruxelles, le Covid n’a rien arrangé, en limitant les opportunités pour la région de consulter les citoyens lors de la mise en place de Good Move.

À lire: Un plan Good Move ou un bad timing?

Il était donc prévisible que Good Move crée des tensions. Olivier Luminet, professeur de psychologie de la santé à l’UCLouvain, craint pour sa part que le débat ne verse dans la polarisation, notamment si les changements sont trop rapides. "Des gens qui n’étaient pas trop favorables à ces changements deviennent tout d’un coup des adversaires totaux de ce genre de changement et ils se radicalisent. Les politiques doivent accepter l’idée qu’il faut parfois un peu plus de temps", déclare-t-il. Pour lui, pour apaiser le débat, il faut aussi rappeler les intérêts du projet. "Je pense qu’on a besoin de montrer dans les études scientifiques qu’avec des changements du plan de circulation, limitations de vitesse et moins de véhicules, l’impact sur la qualité de l’air, et donc sur la santé des gens".

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