Fête de Toussaint : le chrysanthème, roi des cimetières mais plus des fleuristes

D'ici quelques jours, les cimetières se garniront de chrysanthèmes. Si la période était auparavant faste pour les fleuristes, ce n'est plus le cas.

Chrysanthèmes
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Une dernière rose coupée, effeuillée et plantée dans un coeur fleuri. Depuis l’arrière boutique, elle traverse la longue allée bordée de pétales de toutes les couleurs. Arrivée à l’entrée de sa boutique, elle dépose presque religieusement sa dernière création sur un petit meuble. " Aujourd’hui, c’est ce qui nous permet de conserver notre rôle de fleuriste. Notre inventivité, personne ne peut la remplacer ", confie presque dépitée Pascale Desablens fleuriste depuis près de quatre décennies à Tournai.

Le Chrysanthème, pour dépanner les clients

Depuis qu’elle a ouvert son échoppe, des Toussaint, elle en a vu défiler. " À l’époque, je commandais jusqu’à 1.000 chrysanthèmes. Aujourd’hui, si j’en vends 50, c’est très bien. J’en prends encore pour dépanner le client mais ce n’est plus là-dessus que l’on gagne notre vie. " Au pied de sa devanture, la fleuriste a placé ses plus beaux spécimens. Pour un chrysanthème, comptez six euros. Deux fois plus que dans certaines grandes surfaces. " Mais chez nous c’est de la qualité. Ça je peux vous le garantir. Nous ne pouvons rivaliser que comme cela. Les grandes enseignes, ce n’est pas leur boulot. Vous allez vous retrouver avec des fleurs assoiffées qui sur la durée ne tiendront pas, assène-t-elle. Et si vous regardez, cela fait deux mois que leurs étales proposent déjà des chrysanthèmes. Pourquoi ne laissent-ils pas les professionnels faire ? Les fleuristes doivent gagner leur croûte…"

Si la Fête des mères ou la Pâques restent des périodes fastes pour les marchands de fleurs, la Toussaint a perdu de son attractivité. " On vend toujours. Mais il faut se réinventer. Les créations, c’est sur cela que nous pouvons faire un peu de marge."

Un coeur en fleurs à trente euros, deux croix pour quarante euros chacune… Les symboles choisis pour la fête des morts ont le don d’être sans manière. Mais elle le remarque, si la concurrence est grandissante, l’intérêt est en chute libre. " Les jeunes générations se déplacent moins pour fleurir les tombes. Avant, nous avions des commandes pour dix – quinze sépultures. Aujourd’hui, les budgets sont minimalistes et derrière cela, toutes les charges augmentent. Ce n’est pas simple."

Des budgets toujours plus serrés

L’époque où les clients sortaient cent euros pour une fleur, c’est terminé. " Certains ne comptent pas. 50-60-70 euros… Cela arrive encore. Mais de plus en plus on nous demande des montages ou des bouquets pour 15-20 euros. À ce prix-là, ce n’est plus jouable. Nous devons servir ces demandes évidemment. Mais ce que l’on propose est minimaliste."

Alors pour se démarquer et tenter de gagner en attractivité, elle propose de se rendre elle-même dans les cimetières pour livrer les fleurs. " Le cimetière ici est immense. Je peux vous assurer que j’ai déjà tourné pour trouver certaines tombes. À l’époque, j’en fleurissais des dizaines. Aujourd’hui, si j’en ai une ou deux, je suis contente."

Comme les fleurs passent avec les saisons, les traditions se fanent elles aussi avec le temps. Aujourd’hui, les fleuristes voient la Toussaint passer comme passe le vent dans les feuilles d’un arbre.

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