Des températures hautes fin octobre : quelles conséquences pour la biodiversité ?

Les températures ne parviennent pas à retomber. Mais cela va-t-il avoir une répercussion sur la faune et la flore ? Réponse avec Grégory Mahy, professeur à Gembloux et spécialiste de la biodiversité.

Abeille et coccinelle
©Belgaimage

Les températures de cette fin octobre sont particulièrement clémentes. La barre des vingt degrés est régulièrement franchie. Et l’heure de sortir les bonnets, les écharpes et les grosses vestes ne semble pas encore être venue. D’apparence agréable, cette météo intrigue. Faut-il s’en inquiéter ?

" Il y a quinze jours, j’expliquais qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Les étés indiens où l’on dépasse les 20 degrés, ce n’est pas exceptionnel en soi. Le siècle passé, nous avons parfois dépassé la barre des 25 degrés à cette période. L’événement que l’on connaît aujourd’hui, à lui seul, ne doit pas inquiéter outre mesure ", remarque Grégory Mahy, professeur à Gembloux et spécialiste de la biodiversité.

Vers une dérégulation ? 

Après cette analyse primaire, il pousse la réflexion : " Pour comprendre l’effet de ces températures sur la faune et la flore, il faut comprendre leur fonctionnement. Les deux répondent à des stimuli. Par exemple, les feuilles des arbres tombent parce que le cycle de la lumière se raccourcit. Les végétaux ne réagissent pas seulement aux températures. Alors vous allez peut être voir votre jardin en fleurs quelques semaines de plus. Il faudra peut-être tondre une dernière fois. Mais si les températures chutent dans les prochaines semaines, les conséquences en resteront-là. "

Et si cela venait à perdurer encore durant le mois de novembre ? La boîte aux scénarios devrait alors s’ouvrir. " Il y a une base scientifique sur laquelle tout le monde est d’accord. Le dérèglement climatique. Des différences moins marquées entre les saisons. La plus grande récurrence des phénomènes extrêmes. La communauté scientifique se rejoint là-dessus. Puis nous avons des modèles qui essayent d’anticiper chacun des scénarios. Alors un automne et un hiver à 20 degrés, de grandes lignes se dessinent mais de nombreuses incertitudes persistent. "

Allons pour les grandes lignes. Un été jouant les prolongations au-delà de novembre, cela augmentera le cycle de certains insectes. " Mais une abeille qui reste plus longtemps en activité pourrait ne pas avoir assez de nourriture disponible que pour faire ses réserves pour passer l’hiver. La répercussion sur les populations pourrait être importante ! "

Des pollinisateurs perturbés 

Plus encore. La nature s’est harmonisée sur des millénaires pour que l’interdépendance des uns et des autres puisse être régulée. " Pour reprendre l’exemple de l’abeille. Au printemps, elle se met en activité juste avant la floraison. Cela lui permet de rapidement pouvoir s’alimenter. Que va-t-il se passer si le cycle de l’abeille se termine plus tard, ou s’il commence plus tôt ? Sans nourriture, elle ne survivra pas. Et lorsque les bourgeons seront en fleur, les pollinisateurs pourraient être moins nombreux. C’est toute la chaîne qui se retrouve en équilibre instable. "

C’est là que les scénarios peuvent partir dans toutes les directions et que les incertitudes scientifiques pointent le jour. " À quel point l’interaction entre les organismes va-t-elle être modifiée ? C’est la grande question. Et c’est là que réside l’inquiétude. Tous les signaux, les stimuli pourraient être perturbés et il est difficile de comprendre comment chacun s’adaptera ou pas à la situation. "

S’il ne faut donc pas se préoccuper par les températures actuelles, l’inquiétude va grandir à mesure que le mercure ne retombe pas. " Il faut bien comprendre que les végétaux sont à la base de tout. Ils captent l’énergie solaire, l’énergie des sol, pour les transformer en fibres. Et ce sont ces fibres qui nourrissent la planète ", remarque le spécialiste de la biodiversité.

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