Panneaux solaires: les Wallons pourront en mettre deux fois plus, mais le secteur peut-il suivre?

En doublant leur nombre maximum de panneaux solaires, les Wallons sont plus incités que jamais à en placer, mais le secteur peine à suivre la cadence.

Panneaux solaires
Le Premier ministre Alexander De Croo lors de la pose de panneaux photovoltaïques à Meerbeke (Ninove) le 19 octobre 2022 ©BelgaImage

Ce jeudi, le gouvernement wallon a annoncé via la Libre vouloir doper l’installation de panneaux photovoltaïques, et ce en pleine inflation des prix de l’énergie. L’idée: permettre aux particuliers d’avoir une capacité maximale de 20 kilowatts, contre 10 aujourd’hui (soit un passage de 25 à 40 panneaux de 400 watts). La décision pourrait être effective dès le début de l’année 2023. De quoi doper des carnets de commandes déjà bien remplis, ainsi que l’émergence d’initiatives intéressantes. Mais cela pose également un problème de taille: comment le secteur va-t-il pouvoir à la fois poser autant de panneaux solaires mais aussi absorber l’énergie ainsi produite?

Des installateurs qui ont du mal à satisfaire une demande dopée par plusieurs incitants

Pour le ministre wallon de l’Énergie, Philippe Henry (Écolo), l’enjeu est de pouvoir répondre à un accroissement des besoins lié à l’augmentation du nombre de voitures électriques et de pompes à chaleur. Un objectif auquel le photovoltaïque permet de répondre tout en réduisant au maximum l’impact environnemental. En réhaussant la limite préexistante en panneaux, les autorités veulent notamment encourager les Wallons déjà convaincus par cette ressource en énergie à en installer encore plus.

À lire: Tout savoir sur les panneaux photovoltaïques: rentabilité, aides, etc.

Si cette volonté se concrétise dans les faits, les commandes vont encore s’accroître. Or déjà aujourd’hui, un particulier qui achète aujourd’hui des panneaux photovoltaïques ne les recevra vraiment qu’en été 2023, selon l’Écho. Pour ne rien arranger, la Wallonie mettra fin à son mécanisme intéressant de compteur qui tourne à l’envers le 31 décembre 2023. Ajoutons à cela le fait que le prix des installations ne cesse de grimper. Autrement dit, les particuliers vont être très incités à adopter le photovoltaïque et ce le plus vite possible, afin d’avoir une chance de bénéficier d’un maximum d’avantages.

Fin septembre, L’Avenir faisait savoir qu’il ne restait déjà de la place que pour 10.000 à 15.000 installations photovoltaïques avant fin 2023. Dans ce contexte, certains innovent, comme la société EnergyVision qui propose une installation gratuite de panneaux solaires pour les familles ne pouvant prendre en charge ce coût, après approbation du dossier.

2023, l’année où le réseau risque la surcharge

Mais le plus gros défi, cela reste la vétusté du réseau. Pour absorber la quantité phénoménale d’électricité qui devrait être produite, des travaux de grande ampleur vont devoir être menés. Sans cela, il risque d’y avoir des saturations et donc des surtensions. Et c’est sans compter un autre souci: les pertes causées aux fournisseurs par les prosumers (ces producteurs particuliers d’électricité qui utilisent le réseau de distribution, souvent à cause d’une autoconsommation trop faible). Or si le nombre de panneaux solaires s’accroît, ces surcoûts pourraient eux aussi augmenter.

Pour résoudre ces deux problèmes, des mesures sont prévues. D’une part, les gestionnaires de réseaux ont déjà prévu de renforcer leurs réseaux. C’est le cas d’Ores, qui compte mettre à niveau 15.000 km sur 55.000 en Wallonie. D’autre part, il y a la fin du compteur à l’envers. Lorsque ce système sera supprimé, les prosumers seront incités à optimiser leur autoconsommation pour éviter de dépenser trop d’argent. Cela devrait à la fois soulager les fournisseurs mais aussi les réseaux, puisque l’électricité sera plus souvent utilisée directement après sa production.

D’ici à ce que le compteur à l’envers disparaisse, 2023 devrait donc être une année cruciale. La production d’électricité via les panneaux solaires devrait faire un grand bond et en même temps, le secteur n’aura pas tous les outils pour absorber cette tendance. Un véritable challenge. Interrogé par La Libre, le gouvernement wallon "reconnaît que le risque de surtension locale peut être augmenté par cette mesure, mais il précise que ceux qui souhaitent investir dans une grosse installation devront prévenir préalablement leur gestionnaire de réseau" afin qu’il puisse s’organiser efficacement.

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