La classe moyenne inférieure va-t-elle se retrouver à la rue ? Les abris de nuit pour SDF le craignent

La crise continue à faire des dégâts. Au point que certaines personnes se retrouvent aux portes de la rue, même avec un emploi. Une crainte majeure pour les abris.

sans abri
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Le froid n’est pas encore totalement tombé. Mais depuis plusieurs semaines, les quinze abris de nuit wallons se démènent pour être prêts pour le jour où le mercure chutera. À Arlon, la literie est prête. Les sanitaires sont récurés. Les dernières chaises sont assemblées. Mais avant même l’ouverture, les craintes sont nombreuses. "Nos murs ne sont pas extensibles. Nous pouvons accueillir chaque nuit seize hommes et six femmes. Déjà en temps normal ce n’est pas simple. Mais avec cette crise, nous craignons devoir accueillir un nouveau public. Des personnes qui travaillent, de la classe moyenne inférieure, mais qui ne s’en sortent plus", remarque la directrice Hélène Kergenmeyer.

Au cœur des services sociaux, les naufragés du raz-de-marée énergétique s’échouent déjà. "On vient en me disant qu’on réclame à certains 1.100 euros de provisions pour le gaz et l’électricité. Mais même en travaillant ce n’est plus possible ! Lorsque vous touchez 1.600 ou 1.700 euros par mois, que voulez-vous faire ? Ces personnes se retrouvent dans des situations terribles", constate la directrice. Et la situation peut rapidement déraper pour dégénérer. Un loyer impayé, puis un deuxième, et c’est déjà l’odeur du pavé qui remonte.

Une paupérisation des classes moyennes inférieures

"Cette paupérisation est une réalité que l’on constate aux quatre coins du territoire. Nos réseaux sont déjà saturés avec la population traditionnelle que l’on connaît. Si nous devons en plus absorber une nouvelle frange de la population qui vient à perdre son logement, cela va devenir très problématique", confie Antoine Farchakh, chargé de projets pour la Fédération des maisons d’accueil et d’aide aux sans-abri. Les petits ménages, les parents solos et les jeunes sont les premiers concernés par cette dégringolade annoncée. D’après une récente étude publiée par la Fondation roi Baudoin, un adulte en errance sur cinq est âgé entre 18 et 25 ans.

Au sein de la structure d’urgence Pierre d’Angle à Bruxelles, l’hiver n’est pas encore tombé que la situation est déjà tendue. Les 48 lits disponibles sont complets. "Aujourd’hui nous n’accueillons encore que des personnes qui ont un long vécu en rue. Il s’agit pour l’essentiel d’hommes, un public que l’on pourrait qualifier de classique, souligne Anita Jambers, membre de la direction. Mais depuis deux semaines, notre téléphone sonne de plus en plus de part des CPAS afin de voir si l’on a des places disponibles. Nous n’avons pas à l’entrée de dossier à remplir, nous ne connaissons pas l’histoire des uns et des autres. Mais le fait d’avoir ces appels du CPAS est un signal."

De tristes records battus

Sophie Capez, directrice de la structure Comme chez soi à Charleroi remarque : "En octobre de cette année, nous avons déjà dépassé le plafond du nombre de personnes accueillies l’an dernier. Ce sont plus de 1.100 personnes qui sont passées par notre structure. Pour beaucoup, il s’agit d’individus fragilisés que les crises successives ont enfoncés. On reçoit des gens qui travaillent, parfois dans l’économie grise, mais qui ne parviennent plus à chauffer leur eau ou leur domicile. Nous devons en accueillir de plus en plus pour quelques heures. Ils prennent une douche, se réchauffent avant de repartir. Les difficultés de la classe moyenne inférieure, pour l’instant, elles se ressentent surtout au niveau des colis alimentaires où l’on remarque là une grande pression."

Et si pour l’instant ce sont près de cent personnes que peut aider quotidiennement le centre, cela pourrait ne plus être le cas dans les prochaines semaines : "La crise frappe tout le monde. Y compris nos structures. Avec l’augmentation de la fréquentation et de l’utilisation des infrastructures conjuguée à l’explosion des prix des énergies, nous sommes à plus de 30.000 euros de déficit. Nous n’allons pas avoir d’autres choix que de nous passer d’un équivalent temps plein. Cela va réduire notre marge d’action. Aujourd’hui, la météo fait que nous sommes encore en capacité de gérer l’afflux. Mais le répit ne sera pas éternel…"

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Comprenez que moins de sans-abri pourront bénéficier d’aides alors qu’ils seront plus nombreux. "Il faut faire de la prévention. Il faut éviter à tout prix que les gens perdent leur logement. Se retrouver à la rue, c’est se retrouver couper de nombreux droits. Pour les réhabiliter, il faut s’investir dans des formalités administratives qui peuvent être lourdes et longues", assène encore Sophie Capez.

À Arlon, on en est déjà convaincu : "Nous n’allons pas pouvoir aider tout le monde. D’autres communes vont devoir prendre leurs responsabilités pour ouvrir des structures d’urgence. De nombreux contacts existent déjà avec des associations. Mais cela s’annonce difficile."

En Wallonie et à Bruxelles, un recensement très parcellaire remontait plus de 10.000 sans-abri. Il existe à Bruxelles 1.400 places d’urgence pour accueillir les SDF. Elles ne sont au maximum que de 400 en Wallonie. À ces chiffres, il faut ajouter les capacités offertes par la vingtaine de centres d’accueil de jour en Wallonie et des 13 bruxellois.

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